Œufs et volailles de chair : un marché français mature

L’aviculture bio fait montre d’une belle progression quand le secteur conventionnel bat de l’aile. Toutefois, la prudence s’impose car l’offre bio semble coïncider avec la demande.

La France est le 1er producteur de volailles de chair de l’Union Européenne. D’après l’Agence Bio, en 2009, on y dénombre 6 013 898 volailles de chair bio dans 508 exploitations. En 2009, le nombre de têtes a augmenté de 12,8 %, progression qui s’est accélérée en 2010 avec + 15 à 20 % d’après l’observatoire du Synalaf. Pour exemple, les Fermiers de Loué – 2e producteur de volailles bio après Gastronome – ont élevé, en 2010, 930 000 poulets bio, soit une croissance de 5,2 %.

Les Pays-de-la-Loire restent leader, totalisant un tiers des effectifs totaux avec 112 exploitations. Le deuxième tiers (39 %) se partage entre l’Aquitaine (60 élevages), Midi-Pyrénées (57 élevages) et Poitou-Charentes (52 élevages). Les Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes enregistraient une progression du nombre de volailles de chair de 20 % de 2008 à 2009.

Adéquation Offre/Demande

Rappelons que, selon l’Institut technique de l’aviculture (Itavi), la filière volaille de chair bio ne représente encore qu’à peine 0,5 % de la production totale en France. “La filière avicole bio est repartie en croissance dans une économie globale qui ne l’est pas. C’est donc bon signe”, estime Pierre Jamonneau, chargé de la bio au sein du groupe Maïsadour. Toutefois, l’offre bio a rattrapé la demande, ce qui fait dire à Marie Guyot, directrice adjointe du Synalaf, que la filière est arrivée “à l’équilibre du marché”.

Pondeuses : une progression aussi rapide

En 2009, sur les 44 373 000 poules pondeuses élevées en France, presque 5 % (4,43 %) l’est en bio, soit autour d’un 1 960 000 têtes. Pour 2010, le Synalaf fait part d’une progression de 14 %. Ce que confirment Les Fermiers de Loué qui, avec presque 47 millions d’œufs en 2010, font un bond de 15 %. En moyenne sur 5 ans, le taux de croissance de la filière œufs bio est de 5,8 %, soit trois fois plus que son concurrent Label Rouge.

Mais la création partout en France de nouveaux ateliers risque de fragiliser la filière. En effet, le marché, activé en partie artificiellement par des distributeurs qui ont réduit au maximum leurs marges, va-t-il être aussi porteur lorsque celles-ci redeviendront plus raisonnables ? Et si les hausses des coûts de production ne sont pas répercutées suffisamment à la vente, qui en fera les frais ? Aussi, même s’il est trop tôt pour parler d’engorgement, la filière reste sur ses gardes. “Prudents, les intervenants historiques sont conscients de ce phénomène, témoigne Marie Guyot. En revanche, ceux qui, par opportunisme, continuent de se développer font courir des risques à la filière.” D’autant que des conversions massives sont peut-être à prévoir du côté des éleveurs de poules pondeuses en raison de la norme européenne Bien-être qui impose l’agrandissement des cages. Face aux investissements à réaliser, ces agriculteurs risquent de se poser la question du bio.

Et l’export, peut-il s’intensifier ? “A ma connaissance,  cela ne fait pas partie des axes de travail des opérateurs français”, confie Maurice Renais, président de la commission bio pour le Synalaf.

Côté volaille de chair, avec des poulets abattus à 81 jours, les coûts de production français sont plus élevés que certains concurrents européens. Ils le seront encore plus avec une alimentation avicole 100 % bio rendue obligatoire par le règlement européen au 1er janvier 2012 et un lien au sol appliqué, en France, au sens strict.

Le prix de l’aliment

Les coûts de production sont fortement grevés par le prix de l’aliment. D’autant plus quand l’effort se porte sur un approvisionnement le plus local possible. “Cela pèse sur nos coûts de production, avec une hausse du prix de l’aliment bio de 35 à 40 euros la tonne, pourtant moins forte qu’en conventionnel, secteur vraiment sous pression avec un bond de l’aliment de 75 euros/t”, témoigne pour sa part Yves de la Fouchardière, directeur des Fermiers de Loué.

En volailles, l’important est de rester compétitif, sans céder aux approvisionnements douteux et à la réduction de l’âge d’abattage des volailles, pour ne pas faire moins bien que le Label. “Jusqu’à présent, la filière avicole bio française a respecté cette contrainte, indispensable à la crédibilité de la bio, et il est positif que ce consensus se maintienne”, insiste-t-il.

Gaëlle Poyade

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