Noisette : Le casse-tête balanin

La quasi-totalité de la noisette biologique commercialisée en France provient de l’étranger : Turquie, Italie, Sicile. La production de l’Hexagone butte sur le problème balanin. Champignons antagonistes, nématodes sont pourtant des pistes de lutte intéressantes.

“Contre le balanin de la noisette, le cahier des charges AB n’a rien à proposer”, explique Jean-François Larrieu, référent arbo pour les chambres d’agriculture et l’Itab. Résultat : pas ou peu de producteurs de noisettes bio en France, à cause de ce coléoptère destructeur, capable de faire 80 % de dégâts dans un verger si rien n’est entrepris contre lui. Jacques Tournade, de la chambre d’agriculture de Dordogne, confirme : “Je ne connais aucun producteur de noisette bio dans le Sud-Ouest.” En revanche, à plusieurs reprises, il a été sollicité par des agriculteurs souhaitant démarrer un atelier noisettes bio. À chaque fois, le problème du balanin, “une grosse difficulté technique”, empêche la concrétisation de ces projets. C’est justement dans le Sud- Ouest que 98 % de la production de noisette française est réalisée, commercialisée par la coopérative Unicoque – 3 750 ha et 250 producteurs. Ont-ils pensé à la bio ? “Ce n’est pas qu’on ne veuille pas en faire, répond Christian Pezzini, le directeur. Mais pour la bio, le balanin, c’est rédhibitoire. Un passage en bio, ça voudrait dire qu’en cinq ans, la production passerait de 3 tonnes/hectare à 500 kg… Et après cinq ans, plus rien.” Le constat semble sans appel.

Des champignons antagonistes

Il y a bien, pourtant, quelques producteurs bio, en France, qui vivent avec le coléoptère dans leur verger de noisetiers et s’en accommodent, bon an mal an. Gérard Roch, installé dans la Drôme, cultive la noisette bio dans des haies qui entourent son verger de châtaigniers (le noisetier abrite par ailleurs de nombreux auxiliaires des cultures, hyménoptères, mirides, coccinelles…). Faute de solution, il ne fait rien contre le balanin. “On le supporte… Au final, on voit 25 % de dégâts au triage, indique-til, mais ce chiffre ne prend pas en compte les chutes prématurées, tous les fruits non récoltés.” Philippe Prot, agriculteur bio dans la Meuse, ne lutte pas non plus contre le balanin sur le demi-hectare qu’il cultive en noisetiers bio, conduits sur tronc unique. Lui aussi reconnaît qu’il “faut vivre avec”. Les bonnes années, le rendement de son verger approche tout de même les 1,5 tonne/hectare. Mais Philippe Prot n’a pas toujours laissé vivre le balanin et les pistes de lutte alternatives existent : en 1999, il a testé l’utilisation de champignons antagonistes avec le produit Terinsect. “L’essai a été positif, raconte l’agriculteur. J’ai traité au sol et sur l’arbre une première fois en juin, une deuxième fois en septembre. Les larves ont été parasitées par le champignon. L’année suivante, j’ai vu 30 à 60 % de dégâts en moins. Les effets du traitement se sont même faits encore sentir l’année d’après.” Malgré cela, il n’a pas renouvelé l’expérience : elle lui a coûté aux environs de 300 € pour un demi hectare. C’est la société Agriclean qui avait alors fourni le Terinsect à Philippe Prot dans le cadre d’essais : malgré des résultats intéressants, ils n’ont pas abouti à l’homologation d’un produit apte à lutter contre le balanin de la noisette. “Il y a d’abord la difficulté d’obtenir une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour des champignons antagonistes, explique Alessandro Natali, le gérant d’Agriclean. Au niveau réglementaire, on ne sait pas où situer ce type de micro-organismes qui ne sont pas directement des produits phytosanitaires mais qu’on ne peut pas non plus classer comme fertilisant.” Sans compter qu’une homologation coûte très cher et que “le marché, en France, est quasi-inexistant, poursuit Alessandro Natali. Mais c’est un peu le serpent qui se mord la queue : il n’y a pas de producteurs de noisettes bio parce qu’il n’y a aucune homologation contre le balanin et vice versa.” En Italie, où on produit beaucoup de noisettes bio, le Terinsect est, semble-t-il, utilisé avec succès.

Myriam Goulette

Retrouvez l’intégralité de l’article dans Biofil n°75

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