Raisins de table : des variétés résistantes à l'essai

Le 10/02/2023 à 9:10 par La rédaction


Lors du Rendez-vous Tech&Bio Cultures méditerranéennes, un point a été fait sur les essais de variétés de raisin de table avec au moins deux gènes de résistance au mildiou et à l'oïdium. Sur la centaine étudiées, seule une a passé avec succès la première série de tests.

 

Sur la station La Tapy, « chaque année, une vingtaine de variétés rentrent » pour être testées, indique Benjamin Pierron, ingénieur CTIFL. (© Coisne M.)

Si des recherches sont menées pour développer des variétés de raisin de table avec au moins deux gènes de résistances avérés contre le mildiou et l'oïdum, leur commercialisation n'est pas pour demain. Mais le sujet avance : Benjamin Pierron, ingénieur d'expérimentation CTIFL à la station expérimentale La Tapy, à Carpentras (Vaucluse), fait le point sur les avancées, le 19 octobre à Avignon, lors du salon Tech&Bio Cultures méditerranéennes. Si des variétés tolérantes sont déjà disponibles, comme Palatina ou Katarina, « elles n'ont pas les deux gènes, rappelle Benjamin Pierron. Elles peuvent exprimer un peu de symptômes, mais elles restent moins sensibles » que des variétés classiques. « Aucune variété dans le monde n'est inscrite avec les deux gènes de résistance », appuie l'ingénieur. Les recherches sur la résistance sont conduites en amont par l'Inrae, l'IFV et l'école Montpellier Supagro. « Elles font une présélection sur celles qui sont bien porteuses des gènes », ajoute l'expert CTIFL. Ensuite, la partie évaluation au champ est réalisée à La Tapy.

 

Recalées en bouche

Depuis 2017, « chaque année, une vingtaine de variétés rentrent. Elles commencent à être nombreuses, mais sur l'ensemble, il n'y en a pas tant que ça d'intéressantes », fait part Benjamin Pierron. Parmi les caractéristiques rédhibitoires : trop de pépins, des arômes très prononcés, de l'astringence, des grappes pas très homogènes... D'autres variétés s'avèrent trop proches du raisin de cuve. En pratique, les candidates sont soumises à une première série de tests, avec différents critères : « Avoir des pépins et une peau les moins gênants possible, le sucre, les arômes », énumère Benjamin Pierron. Dans un second temps, si la variété s'avère intéressante, des essais sont menés sur trois ans sur d'autres critères, comme le rendement et la résistance.

 

Une variété blanche prometteuse

Pour l'instant, une seule, blanche, est arrivée à ce second niveau. « Une sur environ 110 testées », chiffre Benjamin Pierron, reconnaissant « que c'est assez compliqué. En général les variétés sont résistantes, le problème, c'est le goût ». Toutes celles testées sont conduites sans traitement contre le mildiou ou l'oïdium, « et depuis 2017, aucune n'a développé de symptômes de mildiou ou d'oïdium, même en années à plus fortes pressions », rapporte l'ingénieur CTIFL. Quant à la variété qui a réussi les premiers tests, il faudra encore attendre quelques années que les données ad hoc soient récoltées en vue d'une inscription, sans compter ensuite le délai de multiplication. « II n'y en aura pas une de disponible demain », reconnaît-il. Le black-rot fait aussi l'objet de travaux, et bonne nouvelle, la variété prometteuse n'a pour l'instant pas affiché non plus de symptômes de cette maladie. « C'est vrai qu'il n'y a pas vraiment eu de fortes pressions black-rot ces dernières années », nuance l'ingénieur CTIFL.

 

Marion Coisne

__________________________________________________________________________________

Palatina : faire de l’ombre au raisin de cuve

À Étoile-sur-Rhône (Drôme), la ferme expérimentale, dont la chambre d'agriculture est partenaire, travaille sur l'adaptation du vignoble au changement climatique. Dans ce cadre, ont été plantés en 2021 des pieds de Palatina, variété de raisin de table tolérante au mildiou et à l'oïdium, à côté de vignes pour du vin. Les ceps sont conduits en gable, sorte de lyre ouverte, avec deux objectifs. « Faire de l'ombre au raisin de cuve, et diversifier la production, car on imagine qu'à l'avenir, le raisin de table va se développer dans la Drôme », explique Mathilde Carra, conseillère spécialisée en viticulture à la chambre d'agriculture de ce département. Le vignoble est conduit en bio, et le choix s'est porté sur Palatina « car nous cherchions un cépage blanc tolérant », justifie Mathilde Carra. En 2022, année de faible pression maladie, un seul traitement à base de cuivre et de soufre a été réalisé. En 2021, campagne pluvieuse, deux passages de cuivre et soufre ont été fait, l'un à la fleur et l'autre post-floraison. « Ces pratiques ne sont pas forcément représentatives car ce sont des plantiers », rappelle la conseillère.