Contre le puceron vert du pêcher : une argile française homologuée

Le film de kaolin calciné crée une barrière minérale inerte à la surface du végétal qui gène et repousse les adultes de pucerons verts. Cette protection empêche la ponte ou la piqûre de l’insecte, agissant comme répulsif, et non comme insecticide.

Qu’est ce qu’une kaolinite ? Il en existe deux familles : le kaolin et l’argile kaolinitique. La différence entre les deux produits est essentiellement d’ordre géologique et concerne sa méthode de production.

Le kaolin d’origine bretonne

Le kaolin ou silicate d’aluminium de la Société Soka, à la base du Sokalciarbo est issu d’un gisement primaire situé en Bretagne dans les Côtes d’Armor (1). L’origine du gisement provient de l’altération sur place pendant 45 millions d’années de la roche mère (granite) par l’injection de fluides hydrothermaux, dont l’agressivité chimique a transformé les feldspaths de l’ensemble du granite en kaolinite. Les gisements de Soka sont reconnus pour leur pureté minéralogique, la richesse en alumine et l’étendue des gisements.

Pour obtenir un kaolin marchand, un lourd procédé de fabrication est nécessaire. La matière extraite est acheminée par des convoyeurs vers une usine de “lavage-purification”. Celle-ci, par un procédé en voie humide (délitage, classification, hydrocyclonage), élimine le quartz mais aussi supprime les particules de mica supérieures à 40 microns.

Le kaolin purifié est maintenant liquide. Il est tamisé, épaissi et mis en forme de granulés. Le produit est ensuite pulvérisé et séché afin d’obtenir de la poudre sèche, sans efficacité en tant que barrière minérale.

Homologué contre le puceron vert du pêcher, des extensions sont espérées rapidement pour ce kaolin extrait et transformé en France, d’où un avantage de proximité.

Pour une efficacité optimale, le kaolin en poudre doit encore subir une transformation spécifique à l’aide d’une calcination dans un grand four rotatif. Puis, il est broyé afin d’éliminer l’eau de structure de la kaolinite, d’étirer les feuillets de kaolin, d’en augmenter la blancheur et de rendre le produit amorphe. Cette étape donne au Sokalciarbo une excellente tenue au lessivage, une brillance, une inertie chimique et une couverture des plantes. Ce procédé est garant d’un produit régulier, en qualité et pureté.

Différences avec l’argile kaolinitique

L’argile kaolinitique, comme beaucoup d’autres argiles, est issue de déplacement d’alluvions ayant sédimenté. L’aspect de ces argiles à l’état brut interdit l’utilisation d’un procédé par voie humide, mais seulement par voie sèche (classification, sélection, broyage), qui n’élimine pas le quartz, mais l’affine par broyage.

Les teneurs en kaolinite, substance active, sont donc plus faibles et celles en quartz nettement plus élevées.

Comment ça marche ?

La spécialité Sokalciarbo WP offre une alternative intéressante pour la protection préventive contre les pucerons verts du pêcher. Le film de kaolin calciné crée une barrière minérale inerte à la surface du végétal qui gène et repousse les adultes. Cette protection empêche la ponte ou la piqûre de l’insecte, agissant comme répulsif, et non comme insecticide. L’action est d’ordre mécanique, elle gêne l’arrêt du parasite, la prise de nourriture, le dépôt des œufs…

Outre l’effet barrière minérale, cette couverture blanche uniforme peut également perturber le ravageur, en masquant la couleur du tissu végétal.

À signaler lors des essais, le kaolin calciné en mouillable a montré aussi une efficacité sur foyers installés en entraînant une mortalité.

On peut penser que ce film protecteur agit de même sur les maladies fongiques : il empêche les spores de cryptogames de déposer ou/et de se disperser et l’effet mouillant renforce l’action fongique. La calcination permet d’étirer ces feuillets d’argile et ainsi de diminuer leur surface spécifique (de 10 à 7 m2/gramme).

Le fait de calciner le kaolin augmente la capacité d’absorption d’huile ou d’eau et entraîne une amélioration au lessivage, à la résistance aux chocs thermiques (coups de soleil, gel…) et à la résistance aux Ultras Violets.

L’application

Le premier passage est à réaliser à 50 kg/ha pour 1 000 litres vers le stade B (gonflement du bourgeon) allant vers C.

L’application est à renouveler 15 jours après à 30 kg/ha, toujours pour 1 000 l et, si besoin, effectuer un troisième passage toujours à 30 kg/ha.

Attention au lessivage : prévoir de retraiter à 20-25 mm pour une pluie normale.

Les essais du Grab (groupe de recherche en agriculture biologique d’Avignon) démontrent l’efficacité d’une application à l’automne, complémentaire aux traitements printaniers.

Un produit très écologique !

Aucun danger pour l’homme n’est à signaler. Le Sokalciarbo WP présente une innocuité pour l’arboriculteur lors de la préparation et de l’application (toutefois le port d’un masque est préférable) ; il n’est d’aucun risque également pour les promeneurs et enfants susceptibles de toucher les arbres traités. Après l’application, le kaolin calciné prend davantage la forme d’un badigeon que d’un produit poudreux. L’innocuité est totale également pour le consommateur, vu la rémanence de l’argile et son application très tôt en saison (avant la formation du fruit).

Pour les sols, aucune pollution, ni accumulation, ni toxicité aiguë : l’argile améliore la texture du sol et régule la faune microbienne. Sa dégradation est totale lors de la dissolution dans l’eau de pluie, présentant une rémanence nulle.

De plus, la technique ancestrale du badigeon a montré le bénéfice de l’argile qui agit comme une seconde peau, permettant la respiration du tronc des arbres.

Quant aux prédateurs, ils sont respectés : la faune prédatrice réagit comme le puceron, c’est-à-dire que le film protecteur déposé à la surface du végétal ne fait qu’empêcher le stationnement des prédateurs. Il ne peut donc y avoir mortalité.

De plus, la faune sauvage ou domestique susceptible de picorer, sucer, lécher l’argile peut ainsi également absorber des sels minéraux et réguler, selon les espèces, digestion et transit digestif.

Enfin, l’argile ne pollue pas les eaux : elle ne s’accumule pas dans l’écosystème terrestre, aérien et aquatique. Elle n’est donc pas toxique pour la faune et la flore locale.

Les extensions espérées

Devant le succès de l’homologation, la société Soka cherche à obtenir des extensions d’homologations. Des essais sont menés sur la mouche de l’olive, la cicadelle des agrumes, la cicadelle verte de la vigne, la mouche de la noix… Différentes stations d’expérimentation en pratiquent aussi sur le puceron cendré du pommier, le puceron mauve du poirier, le carpocapse des pommes…

En effet, cette méthode alternative peut être une réponse à la réduction des molécules chimiques et aussi des insecticides végétaux utilisés en agriculture biologique. Ce type de lutte permet de se passer de certains pesticides chimiques et naturels comme la roténone qui va disparaître.

Le kaolin calciné s’avère être une stratégie efficace, neutre et respectueuse de l’environnement pour aider les arboriculteurs à maîtriser les pucerons verts du pêcher.

Jean-Luc Petit

Le Chant Des Arbres

www.arbobio.com

(1) Informations fournies par Loïc Quéré de la société Soka.

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Tout sur Sokalciarbo WP

Nom commercial : Sokalciarbo WP

Matière active : kaolin

Produits Phytopharmaceutiques

N° AMM : 2100038

Renouvellement : 2020

Firme détentrice : Soka

Conditions d’emploi (l’avis de l’Afssa du 25 février 2010) : porter un masque de type FFP2 pendant la phase de mélange/chargement ; délai de rentrée : 6 heures ; pour protéger les abeilles et les autres insectes pollinisateurs, ne pas appliquer sur les cultures en période de floraison ; ne pas appliquer en présence d’abeilles ou d’autres insectes pollinisateurs ; ne pas pulvériser la préparation à proximité d’une culture sur le point d’être récoltée ; agiter la préparation durant l’application ; stocker la préparation dans un endroit sec.

Liste des usages rattachés : usage Pêcher, traitement des parties aériennes, pucerons du pêcher.

Dose d’emploi : 50 kg/ha au 1er passage et 30 kg/ha aux suivants.

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