Itab : plus de moyens, d’expertise, de sollicitations…

L’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (Itab) poursuit sa mission : fédérer les expertises et développer les techniques bio. Grâce à sa qualification en tant qu’Institut technique agricole obtenue fin 2012, il gagne en crédibilité. Sa dotation Casdar a été doublée entre 2012 et 2013 pour atteindre 1 006 805 €, pour un budget total de 1, 655 M€.

Thierry Mercier, président de l'Itab, producteur angevin en polyculture-élevage.

Thierry Mercier, président de l’Itab, producteur angevin en polyculture-élevage.

Gérée par les professionnels (7 collèges-75 adhérents (1), forte de 20 salariés répartis sur 4 antennes (Paris, Angers, Montpellier, Étoile du Rhône), et un réseau de 500 acteurs impliqués, l’association Itab travaille plus que jamais en synergie, afin de démultiplier son action. Son assemblée générale, le 10 avril 2014 à Paris, a démontré l’implication de son réseau, ancré au cœur de la production. Les responsables des commissions, professionnels de terrain engagés, défendent plus que jamais leur outil de développement technique, dont ils souhaitent conserver le pilotage.

Moyens d’ancrage de la bio sur le terrain, 9 plateformes expérimentales sont réparties sur le territoire français, liées par convention à l’Itab. Elles représentent les filières de productions, : la Pais en Bretagne (maraîchage), la Ferme de Thorigné d’Anjou (polyculture-élevage), le centre d’écodéveloppement de Villarceaux en Val d’Oise (grandes cultures et polyculture-élevage), la station d’Archigny en Poitou-Charentes (grandes cultures), le Grab d’Avignon (fruits, légumes, viticulture), le Creab Midi-Pyrénées (grandes cultures) et le Civam bio 66 en Pyrénées-Orientales (maraichage sous-abris). La Cirab en Bretagne (toutes productions) et le Pôle bio du Massif Central complètent ce dispositif. Le centre Invenio en Gironde (fruits et légumes) et la ferme des Bordes dans le Cher (polyculture-élevage) sont adhérents à l’Itab.

La reconnaissance, un propulseur

Krotoum Konaté, directrice de l'Itab.

Krotoum Konaté, directrice de l’Itab.

 Signe d’ouverture, le maillage formé par les réseaux de l’Itab − étroits et élargis − ne cesse de s’étendre à tous les acteurs de la recherche et expérimentation. La reconnaissance de l’Itab est un véritable propulseur de sa mission. Des conventions sont signées, celle avec l’Inra bien sûr, et aussi les Instituts agricoles, l’Institut technique du vin (ITV), Arvalis-Institut du végétal (grandes cultures), bientôt le CTIFL (fruits et légumes)… Des colloques et partenariats de recherche peuvent ainsi être menés conjointement, alors que dans les nouveaux contrats d’objectif des Instituts techniques, la bio n’est plus une obligation

Autre nouveauté 2013 dans le fonctionnement de l’Itab, la création d’un Comité Scientifique : sa composition est identique au Conseil Scientifique de l’agriculture biologique (présidé par Jean-Marc Meynard de l’Inra) mais leurs missions sont différenciées. Le Comité Scientifique conseille l’Itab dans sa stratégie. Celle-ci se base sur 4 métiers : traducteurs (questions de recherche), mobilisateur (synergie entre les partenaires), producteur (de connaissance), valorisateur (des résultats de recherche et d’expérimentation).

Plus de 50 projets en cours

Aujourd’hui à l’Itab, plus de 2 000 actions de recherche sont recensées, et 500 documents techniques sont mis en ligne, accessibles à tous les agriculteurs (2). Exemples récents, plus d’une quarantaine de fiches « espèces de couverts végétaux » sont téléchargeables sur son site, ainsi que 26 fiches variétales de blé. Un guide maraîchage est en finalisation de rédaction (sorti juin 2014). Une mine pour les professionnels. « Plus de 50 projets sont en cours, rappelle Thierry Mercier, le président de l’Itab, éleveur angevin (il a succédé l’an dernier à Alain Delebecq, à la tête de l’Institut pendant 7 ans). C’est énorme pour notre structure encore fragile, de plus en plus sollicitée pour son expertise et qu’il faut continuer à conforter. » Les enjeux sont d’importance : il s’agit d’accompagner l’essor de la bio, promu par Ambition bio, et le plan européen de la bio. « Paradoxalement, le débat engagé avec l’Inra autour du rapport controversé sur l’analyse des performances de l’agriculture biologique a renforcé nos relations, souligne Thierry Mercier. Il a permis d’engager un vrai dialogue sur l’élargissement des compétences via des expertises collectives pour pouvoir conduire des études de grande complexité et de grande importance destinées à orienter les politiques publiques et les programmes de recherche. »

Du national à l’international

Pour accentuer ses collaborations européennes et internationales, l’Itab a également créé en 2013 un département « Recherche et International », avec l’appui du Grab et d’IBB (Initiative bio Bretagne). Déjà, sa participation à différents programmes européens est importante (3). Exemple avec Solibam, projet sur 7 ans (résultats du 7 au 9 juillet 2014 à Nantes) : coordonné par l’Inra (Véronique Chable), ce programme vise à développer la qualité, la diversité et les performances des cultures en agriculture biologique ou à faibles intrants avec 22 partenaires en Europe. L’Itab y collabore notamment sur la comparaison des stratégies de sélection en tomates et brocolis. En tomates, une population a ainsi été créée à partir de variétés locales. Autre investissement européen avec Cobra : cette étude sur l’intérêt de la biodiversité cultivée, notamment l’association blé-légumineuses a généré un projet de sélection participative sur le blé, en co-sélection avec des légumineuses. Il en résulte la mise en évidence des différences sur la qualité des protéines et la sensibilité aux maladies. L’Itab commence à se positionner dans la nouvelle programmation européenne 2014-2020 et à renforcer ses liens avec les réseaux de veille français (Acta), européen (TP Organics) et internationaux (Tipi).

Multiplication des projets

Dans le cadre des financements Casdar (Compte d’affectation spécial développement), l’Itab pilote de nombreux projets, en tant que chef de file et s’investit dans d’autres programmes, auprès de nombreux partenaires. Ces programmes concernent l’agronomie, les ressources génétiques, les cultures innovantes, l’agroforesterie, l’élevage, la qualité des produits…

Parmi eux, Reprobio cherche à optimiser la gestion de la reproduction dans les élevages ovins et caprins. Praicos se penche sur le conseil visant à renforcer la place des prairies dans les systèmes herbagers. Mélibio, porté par le Pôle bio du Massif Central, concerne la valorisation de la diversité des espèces et des fourrages. ProABiodiv planche sur la gestion collective de la biodiversité cultivée et fera l’objet d’un ouvrage en 2015. ProtéAB porte sur le développement des légumineuses à graines. Agneauxbio vise à acquérir et transférer des références notamment sur la performance environnementale.

Agneauxbio, un des nombreux projets Casdar en cours.

Agneauxbio, un des nombreux projets Casdar en cours.

Huiles Essentielles a pour but de tester 7 HE afin de les intégrer dans la stratégie de protection des cultures. En phase finale, Tutapi va valoriser ses résultats obtenus contre Tuta absoluta, ravageur sur tomate… Tous ces multiples programmes – et les autres –  sont à retrouver sur le site de l’Itab. Pour 2014-2020, l’Itab poursuit, affine et amplifie ses missions, « du champ à l’assiette, dans une approche systémique et transversale, et factorielle et analytique », résume le président Mercier. Forte de ces compétences, les sollicitations se multiplient : récemment le ministère de l’Agriculture a demandé une collecte de références technico-économiques pour l’établissement des aides bio.

Substances naturelles de base : parcours combattant

L’approbation des substances naturelles intéressantes pour l’agriculture biologique fait également partie des missions de l’Itab. Devenu acteur majeur européen sur ces dossiers, l’Itab – toujours en partenariat avec son réseau –  a réalisé 12 dossiers d’approbation conformes au règlement CE n°1107/2009. 5 substances ont été soumises à l’évaluation de l’Efsa (Autorité européenne de sécurité des aliments), et le vote d’approbation est prévu pour l’automne 2014 : prêle, vinaigre, saule blanc, rhubarbe officinale (comme fongicides) et sucre (insectifuge).

Bonne nouvelle : la prêle vient d’être approuvée en avant-première, mais hélas, elle n’a pas pu être incluse dans le nouveau règlement d’exécution 354/2014 de la Commission datant du 8 avril 2014, modifiant et rectifiant le règlement CE n°889/2008 (les annexes). Elle n’est donc pas encore utilisable en bio.

D’autres dossiers d’approbation ont également été déposés : ils concernent la tanaisie commune, l’absinthe, le quassia (insecticides), la bardane, l’armoise commune, la léthicine (fongicides), le talc (insecticide-fongicide), et le fructuose (insectifuge). « Certaines approbations sont urgentes, rappelle Gérard Michaud, responsable de la commission Grandes cultures de l’Itab. Du retard a été pris pour le vinaigre, alors que nous, producteurs, n’avons aucune solution contre la carie, car le seul produit homologué en bio n’est utilisable qu’en station de semences. En ferme, on laisse les paysans sans rien ! »

Autre sujet sensible, le cuivre est en alerte à l’Itab et à l’IFV, car les dossiers d’homologation des spécialités vont faire l’objet d’un réexamen fin mai 2014. L’inefficacité du cuivre à 4 kg/ha et par an non lissé sur 5 ans est démontrée dans un argumentaire poussé. L’objectif est de convaincre les autorités de ne pas décider cette restriction de dose qui nuirait à la filière bio, et viticole notamment.

La santé animale, une priorité

En élevage, dans une démarche de systèmes autonome et économe, l’Itab s’est donné 3 priorités : la santé animale, l’alimentation et les prairies. Outre les programmes déjà en cours et cités plus haut, deux nouveaux Casdar sont lancés : RFI Praiflo (développer un outil d’aide à la décision pour le choix des variétés à semer dans les prairies à flore variées) et PI Plassem (améliorer l’autonomie en zone de montage). L’Itab s’investit également dans PI Optialibio (optimisation de l’autonomie et la résistance aux aléas climatiques des systèmes alimentaires en bovins bio) au côté de l’Idele (chef de file du projet). En santé animale, l’usage de la phytothérapie par les éleveurs – jusqu’à présent considérée comme exercice illégal de la médecine vétérinaire –  bénéficie de plus de tolérance de la part des autorités (DGAL). « Nous avons reçu une écoute qui laisse présager une ouverture sur ces pratiques, résume André Le Du, responsable de la Commission Elevage. Nous allons pouvoir présenter nos méthodes indispensables à une démarche bio de santé animale, c’est une avancée énorme vers leur reconnaissance. »

Christine Rivry-Fournier

Itab. asso. fr

(1)    (1) Nouvel adhérent, Adabio Construction est devenu la Scic L’Atelier Paysan.

(2)    (2) Voir le Qui fait quoi (QFQ) qui recense toutes les actions de l’Itab sur itab.asso.fr

(3)   (3)  Solibam, Icopp-Core Organic, Cobra, CoFree-FP7, CanTogether FP7…

 

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de BIOFIL.