Plaidoyer contre la baisse des prix

Les produits bio sont-ils trop chers ? Comment les rendre accessibles à tous et assurer à l’agriculteur un prix rémunérateur, tenant compte des coûts de production ? Comment renforcer la coopération entre tous les acteurs de la filière en toute transparence ? Les Assises de la bio du 14 novembre 2019 ont planché sur ces questions sensibles.

 

La construction des prix : très complexe

Avis d’intervenants des Assises sur l’ambition de la loi Egalim.

  • Stéphanie Pageot, de la Fnab : “Il faut aller au-delà du cahier des charges européen, qui est le socle. Il faut être plus exigeants sur la RSE et l’environne- ment. Et les valoriser. La mise en place d’un fonds collectif est importante pour construire la bio de demain.”
  • Michel-Édouard Leclerc : “On est tous d’accord que produire bio, ça coûte plus cher. Mais les distributeurs ne doivent se servir du bio pour marger plus. Le prix du bio ne doit pas être un sujet tabou. On a le droit de dire que notre bio est moins chère pour la démocratiser, sans pour autant la brader”.
  • Benoît Soury, de Carrefour : “La chance du bio, c’est qu’on peut aller plus loin. En analysant mieux les coûts de production, et le montant payé aux producteurs, pour avoir des indicateurs déterminés par des tiers. Et aller vers des obligations de résultats sur les prix.”
  • Daniel Sauvaitre, d’Interfel : “En fruits et légumes, des indicateurs ont été définis pour construire les prix selon tous les paramètres de production. Mais difficile à partir de ça de se dégager de la loi de l’offre et de la demande.

 

 

Pour Claude Choux (à gauche), les coûts de production doivent prendre en compte les aléas climatiques, pour amortir les mauvaises
années.

Point de vu de Claude Choux, de Fermes Bio et Probiolor (1)

Pourquoi les prix baisseraient-ils alors que les producteurs arrivent enfin à vivre de leur métier ? Il faut changer de paradigmes, et arrêter de prendre en compte les importations. Aujourd’hui, on est rassuré sur la croissance de la demande en origine France et en local.

Le risque est de reproduire ce qu’on a fait en conventionnel. Il faut prendre en compte plusieurs aspects : le volet social est fondamental, on l’a oublié car c’est compliqué de parler du partage de la valeur.

Le dérèglement climatique est aussi inquiétant : les agriculteurs sont seuls face aux mauvaises récoltes et aux à-coups de production dus au dérèglement climatique. Si les prix baissent lorsque la récolte est bonne, la bio ne durera pas longtemps. D’où la nécessité de contractualiser pour lisser les prix, et encaisser les à-coups climatiques.

Pourquoi n’arrive-t-on pas à maintenir les prix ? La marque C’est qui le patron est super efficace. C’est un bon exemple de ce qu’on est capable de faire sur le revenu et la dignité des gens : leur farine conventionnelle est plus chère que la bio !

Attention à la notion de commerce équitable : elle doit aller du champ à l’assiette. Par exemple, on peut limiter les écarts de salaires sur tous les niveaux de la filière. C’est possible, on le fait déjà à Probiolor.

Pour l’instant, personne ne me parle de la loi Egalim, il faudrait qu’on contrôle si on contractualise.

La banalisation de l’offre bio ne me dérange pas, l’élitisme est insupportable mais on ne peut pas se limiter à l’équilibre de l’offre et la demande. Il faut inventer des outils de régulation.”

Pourquoi laisse-t-on se convertir des producteurs sans contrat de commercialisation ? Contractualiser est une façon efficace de réguler le marché.”

(1) Probiolor, coopérative spécialisée dans les métiers du grain du Grand-Est, dédiée à la bio. Fermes bio, structure collective de vente de Cocebi, Biocer et Probiolor.

 

Propos recueillis par C. Rivry-Fournier

 

En savoir + : tous les débats sont à visionner sur agencebio.org

 

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