Le virage bio n’est pas un mirage

[Edito du Biofil 138 – nov.-dec. 2021]

 

L’Agence Bio vient de fêter ses vingt ans. Elle sort tout juste de l’adolescence, alors que la France va passer le cap des 10 % de sa SAU en bio, une étape clé ! Créée en 2001, elle est le fruit de l’engagement de nombreux pionniers et visionnaires, conscients de la nécessité, pour l’avenir de la planète, de stopper les dégâts d’une agriculture de plus en plus intensive, polluante et déshumanisée. Cet anniversaire est l’occasion pour le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de renforcer ses moyens, avec une dotation en hausse de 10 % en 2022, une subvention exceptionnelle de 200 000 euros, et un fonds Avenir bio rallongé de 10 millions d’euros par an sur deux ans, via le plan de relance (1). Mais est-ce suffisant ?

Certes, ces coups de pouce sont bienvenus, car la bio atteint un palier, et vit une période délicate qui ressemble à une crise de croissance. Communiquer sur ses bienfaits est une priorité. N’en déplaise à ses détracteurs, qui se déchaînent plus que jamais, elle en a connu d’autres ! Depuis vingt ans, sa structuration se fait marche après marche, avec parfois des doutes et des ralentissements. Mais elle reprend son souffle et les courbes montrent que la progression s’accélère. Les filières bio doivent digérer les étapes, pour mieux s’adapter aux nouvelles donnes et aux évolutions du contexte. Face à ce changement d’échelle spectaculaire, elles ont besoin de plus en plus de repères et d’outils pour relever ces multiples défis.

Non, le virage bio n’est pas un mirage. La bio est en perpétuelle évolution. Sa nouvelle réglementation européenne 2018/848 en vigueur au 1er janvier 2022 impose de nouvelles règles, réclamant de grandes facultés d’adaptation. D’autres évolutions réglementaires, comme la loi Egalim 2, tout juste adoptée et source de nombreux questionnements, perturbent aussi les filières, qui travaillent sur leurs coûts de production, en fortes hausses actuellement. Les changements climatiques et les aléas météo bousculent également les certitudes et les acquis techniques ou économiques sans cesse remis en cause. Aux champs ou dans les prairies, dans les ateliers de transformation, la production doit désormais réduire son empreinte carbone. Un sacré challenge.

Sur leurs fermes, les agricultrices et les agriculteurs bio prennent de plus en plus de risques. Sans solidarité entre l’amont et l’aval, sans écoute et compréhension des contraintes et besoins de chacun, sans juste rémunération tout au long de la chaîne, sans prise en compte des externalités positives par les politiques publiques, la bio – plébiscitée par la société et moteur de la transition écologique – peinera à passer ce changement d’échelle. Tout va très vite. Sur certaines filières bio – viandes, lait, carottes –, des pics d’offres dus aux fortes conversions et à un pouvoir d’achat mis à mal, font vaciller les ventes. Pour éviter ces crises, les bio réclament des moyens, dont des études pointues par filières et une communication plus efficace. L’Agence Bio doit s’y atteler, ainsi que La Maison de la Bio, tout juste créée pour défendre une bio plus exigeante.

 

Christine Rivry-Fournier

(1) Lire aussi l’article « Les 20 ans de l’Agence Bio : un pari réussi mais des moyens et des missions à renforcer« .

 

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