Porc bio / : Philippe Lafarge, naisseur et fafeur dans l’Allier

Témoignage d’éleveur

“J’ai plus d’affinités avec le naissage, techniquement plus intéressant”, confie Philippe Lafarge. Naisseur à Marcenat dans l’Allier, il vise aussi un maximum d’autonomie avec 80 ha de cultures diversifiées. Il produit notamment du tournesol et du colza transformés en huiles dont il récupère les tourteaux.“Je suis autosuffisant 4 années sur 5”, précise-t-il. Il fabrique lui-même 90 à 100 tonnes d’aliments pour ses 60 truies. Pour lui, c’est sûr, la faf sécurise également la santé de ses animaux, ce qui a déclenché son choix en 2014. “Avant j’achetais l’aliment, mais il y a eu un problème de qualité et la moitié d’une bande de 14 truies a avorté, explique-t-il. Il s’ensuivit des chaleurs anarchiques qu’il a fallu un an pour rattraper”. Depuis qu’il fabrique, le problème n’est pas réapparu, en tout cas pas à ce niveau. “Mes truies se sont adaptées à une même source de protéines, assure-t-il. Et j’ai gagné en productivité”. Sur 12 porcelets vivants par portée, il en sèvre en moyenne neuf. Depuis 2011, sur les conseils de son vétérinaire, l’éleveur protège ses porcelets des diarrhées néonatales en vaccinant les truies 15 jours avant mise-bas pour un “colostrum renforcé”. La 1re semaine pendant 3 à 4 jours, les porcelets sont aussi renforcés en fer avec un mélange de sulfate ferreux et de tourbe. À partir du 5e jour, ils commencent à “chiner un peu d’aliment gestante au sol” et plus petit à petit. Éleveur en porc depuis 1993, Philippe Lafarge a démarré en bio en 2006 avec 25 truies en plein air intégral, puis en bâtiment. “En 2011 mon groupement Cirhyo manquait de naisseurs, relate-t-il. Je suis alors passé à 60 truies, mais en bâtiment. Aujourd’hui j’ai 53 ans et je ne regrette pas. J’aurai dû le faire dix ans plus tôt car je n’ai pas de terres portantes, mais je manquais de moyens”. Ses truies (Naïma) donnent vie à près de 1 000 porcelets/an dans deux maternités. Les ¾ sont livrés à un engraisseur du groupement à 20 km de là. Les autres sont vendus à des petits éleveurs. La majorité des porcelets partent au sevrage à 42 jours à 12 kg, les autres à 45 jours entre 15 et 18 kg selon les demandes. Philippe Lafarge s’en sort aujourd’hui avec un prix moyen satisfaisant à 86 euros/porcelet et une marge brute de près de 550 euros/truie. Mais avec les gros projets qu’il voit arriver en bio, il craint de la voir baisser.

Frédéric Ripoche

 

Dossier complet « Filière porcine bio » à lire dans le Biofil 119.
À lire (Nouveau) :“Fabrication d’aliments à la ferme en élevage porcins conventionnel ou biologique” – chambre d’agriculture de Bretagne (Hervé roy) – Juin 2018, 40 pages.

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