“Des années stratégiques pour la bio”

Bofil fête ses 20 ans / INTERVIEW : Jean-Marc Lévêque, co-fondateur de Biofil

Jean-Marc Lévêque, co-fondateur de Biofil en 1998. (crédit : JM Lévêque)

Promoteur de la bio depuis 38 ans, Jean-Marc Lévêque revient sur son parcours, celui de la bio et de Biofil, revue qu’il a contribué à lancer. C’était en 1998, année historique marquée par le plan Riquois, déclencheur de la montée en puissance de ce mode de production ambitieux.

Pourquoi avoir créé Biofil en 1998 ?

À l’époque, nous sommes en pleine transition entre les pionniers, précurseurs de la bio et notre génération, plus technique, soucieuse de faire encore mieux. Il y avait un besoin fort de partage des connaissances, des expériences empiriques mais très peu d’outils de communication accessibles par les producteurs en conversion. L’expérience de terrain de Jean-Luc Demas, co-fondateur, et la mienne nous confirment ces attentes en informations techniques spécifiques. Nous avions même imaginé un salon Tech&Bio, mais c’était trop tôt pour bénéficier de soutiens. Nous lançons le 1er numéro de Biofil en mars 1998. Toujours abonné depuis la création, c’est avec beaucoup de plaisir que je me lance dans la lecture de chaque numéro. Biofil a conservé fidèlement l’axe technique et je profite de cette prise de parole pour féliciter l’équipe. La revue a cru dans l’avenir de la bio et participé à son développement.

 

Quelles étaient vos convictions sur l’avenir de la bio ?

Si certains ministres de l’Agriculture furent visionnaires et courageux politiquement au regard du potentiel de l’agriculture bio, la grande machine institutionnelle était encore sous influence et le pied sur le frein. Le faible soutien institutionnel – pour ne pas dire l’opposition à la bio – et la non-structuration de notre profession au regard des enjeux furent les deux principaux freins à un développement accéléré.

 

Quels ont été les moments clés de la croissance de la bio française ?

J’ai le souvenir d’une période intense après les deux crises sanitaires en 1996 et 1998, liées à la vache folle. Les enseignes de la grande distribution, cherchant à rassurer leurs consommateurs, poussent fortement leurs fournisseurs à développer des filières. Cet élan s’est peu à peu estompé quand la guerre des prix a incité à privilégier les produits à forte rotation avec des budgets associés. Mais le réseau bio, stimulé par la concurrence, a su rebondir et développer son territoire, favorisant la dynamique.

 

Aujourd’hui, le changement d’échelle est enclenché… rien ne peut arrêter son essor ?

Je partage volontiers le travail prospectif d’Organic 3.0 réalisé par Ifoam qui conclut sur une moyenne européenne de 10 % de la SAU en 2025 et de la consommation alimentaire. C’est bientôt ! Les enjeux environnementaux et sanitaires méritent de poursuivre cette croissance, et la France a des atouts pour être à ce rendez-vous.

 

Comment voyez-vous la bio dans 10, 20 ans ?

La bio sera plurielle, avec de grandes productions collant à l’agrandissement des tailles d’exploitations et en parallèle, avec le développement d’une multitude de micro productions en lien avec des marchés de proximité.

 

La bio peut-elle devenir la norme ?

Si la fi lière bio telle que nous l’avons collectivement et modestement construite peut inspirer le modèle dominant, ce sera une satisfaction au regard d’une ambition plus globale. Nous devons encore faire le rêve d’une agriculture plus autonome, plus efficiente et plus humaine.

 

Selon vous, la bio pourra-t-elle nourrir le monde ?

Que cette question est énervante, car l’agriculture intensive et son arsenal chimique a juste développé des modèles “brésiliens” d’exportation. Heureusement qu’une grande partie de l’alimentation mondiale repose sur une agriculture paysanne économe en intrants et adaptée aux écosystèmes. Les principes agronomiques de l’agriculture bio ont plus de chance de nourrir durablement la population mondiale dans un contexte d’évolution climatique. Regardons les problèmes et les vraies responsabilités en face. Ce sont encore et toujours les conflits armés qui génèrent des famines en éloignant les populations de leurs terres.

 

Propos recueillis par Christine Rivry-Fournier

 

Bio bio de Jean-marc Lévêque :

  • 1978 : découverte de l’Afrique
  • 1980 : premiers pas chez Tante Hélène
  • 1985 : premiers pas chez Triballat
  • 1992-2013 : responsable de Setrabio
  • 1998 : création de Biofil
  • 2013 : retour chez Triballat, directeur du développement durable
  • 2015 : Président d’Ifoam France

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