Révision du règlement européen AB : interview

Michel Reynaud, vice-président Ecocert (© C. Rivry-Fournier)

Questions à Michel Reynaud, vice-président d’Ecocert

Pourquoi instaurer des seuils de résidus de pesticides entraînant la décertification serait-il négatif pour la filière bio ?

L’agriculture biologique est un mode de production, ses produits sont les fruits de ce processus. Ils ne se définissent pas par une absence ou une teneur maximale de résidus de pesticides. Je rappelle qu’aucun texte fondamental de l’agriculture biologique la définit ainsi (voir cahier des charges Ifoam, Codex Alimentarius ). En excluant les pesticides de synthèse et en mettant en place des mesures pour éviter des contaminations, la présence de résidus se situe à des teneurs infiniment faibles dans les produits de l’agriculture biologique. Les analyses sont un outil complémentaire au contrôle annuel pour vérifier la conformité des produits bio. Ne sous estimons pas le rôle des analyses mais ne le surestimons pas. La décertification des produits résulte du non-respect des règles de l’agriculture bio ; l’analyse, comme le contrôle annuel, est un outil pour détecter le non-respect des règles.

D’où la nécessité du contrôle annuel ?

En fait, le projet de nouvelle réglementation retient une vérification annuelle de la conformité et un système de dérogation avec un contrôle tous les 24 mois pour les opérateurs n’ayant pas eu, les trois dernières années, “de non-conformités qui remettraient en cause l’intégrité biologique”. À noter que cette notion “d’intégrité biologique” n’est pas clairement définie dans le texte. Ces opérateurs n’auraient alors qu’un contrôle physique tous les 24 mois et un contrôle documentaire annuel.

Si on soutient l’approche analyse de risque, celle-ci ne doit pas jouer sur la fréquence des contrôles mais sur leur contenu. La confiance dans les produits bio par les consommateurs repose sur la qualité du contrôle. Réduire la fréquence tendrait à porter un coup à cette confiance alors qu’elle est affichée comme objectif principal dans le processus de révision. Et, un comble, l’agriculture bio se trouverait moins-disante en matière de fréquence de contrôle que des programmes de certification conventionnelle telle Globalgap, Utz…

En outre, la production agricole est basée sur des cycles annuels. Aussi une visite annuelle sur le terrain est indispensable pour vérifier la conformité et le respect des règles de l’agriculture biologique.

Cela risque-t-il d’affaiblir la filière bio ?

Bien sûr, d’autant plus que le projet de nouvelle réglementation veut la conformité en pays tiers, à qui cette mesure s’appliquerait aussi. L’Europe a des accords commerciaux avec d’autres pays (USA, Canada, Australie…). Ceux-ci, dans leur réglementation, ont une fréquence de contrôle physique annuel. Donc l’Union européenne se mettrait dans une position moins-disante et risquerait une remise en cause de ces accords. On peut se demander à quel point la Commission fait preuve de cohérence en proposant cette modification dans sa proposition de texte en 2014, alors qu’en 2013 cette dernière avait augmenté la fréquence des contrôles !

En cette période de tension sur les approvisionnements, et de fortes et lointaines importations, comment les contrôles et la traçabilité peuvent-ils être renforcés ?

Pour apporter et maintenir une garantie, les contrôles et la traçabilité jouent un rôle essentiel et ils sont renforcés sur les filières à risques. Toutefois, il me semble important qu’une coopération plus étroite soit mise en place par les importateurs/traders avec les producteurs des pays tiers fournissant les matières premières. Il y a un vrai besoin de coopération technique, d’organisation des filières et de payer au juste prix ces approvisionnements.

 

Propos recueillis par Christine Rivry-Fournier

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