Persévérance et marketing en Savoie : « Plus c’est transformé, mieux c’est valorisé »

Cette formule pourrait résumer le parcours des époux Vial, installés depuis 2001 en Pam dans le massif des Bauges. Un climat de montagne et des conditions âpres de travail ont nourri leur réflexion pour valoriser au mieux leur activité.  Aujourd’hui, bien que le revenu soit jugé encore faible, la satisfaction d’avoir progressé est là.

Située à plus de 1000 mètres d’altitude entre Albertville, Chambéry et Annecy, la ferme baptisée « Asinerie et Plantes du Cul du Bois » offre une vingtaine de plantes cultivées sur 5 000 m2 (hysope, mélisse, menthe, serpolet, sauge, achillée, mauve, guimauve, sarriette, verveine, millepertuis, souci, fenouil, origan) ou cueillies (aspérule, sureau, ortie, lotier, arnica, consoude, framboisier, prêle, origan, cynorrhodon, reine-des-prés, ail des ours). Soit un total de 180 kg sec par an.

Isabelle se consacre aux plantes – culture, cueillette, transformation et vente – tandis que son mari Jacques dédie la moitié de son temps à la location d’ânes.

Désherbage du serpolet grâce à la traction animale.

Désherbage du serpolet grâce à la traction animale.

Optimiser son temps

Bien que touristique, été comme hiver, la région ne permet pas des prix de vente à la hauteur des efforts fournis. Aussi les époux Vial mènent-ils une réflexion pour optimiser leur temps de travail et valoriser au maximum fleurs, feuilles et racines. Voici quelques évolutions qui ont changé leur quotidien. « Avant, on cultivait l’arnica chamissonis, une variété canadienne plus facile à produire que l’arnica montana, relate Isabelle Vial ; cela nous prenait plusieurs journées par an. Depuis que nous avons déniché un site important d’arnica sauvage, en une journée, les deux kilos de fleurs dont nous avons besoin sont engrangés ». Idem pour la consoude, qui est cueillie après avoir été produite sur place.

Parmi les postes chronophages, le désherbage n’est pas le dernier. Désormais, un trisoc est attelé à un âne, ce qui permet de biner entre les rangs. Seul le désherbage sur le rang se fait à la main. L’alternance légumes-plantes est également suivie à la lettre afin que le sol s’enherbe le moins possible et des engrais verts sont systématiquement semés sur les terres inoccupées.

Réduire la pénibilité

Les 2500 m2 de terrain en pente obligeaient les époux Vial à travailler « penchés, comme des dahuts », se remémore Isabelle. Depuis que le couple a transformé ces espaces en cinq terrasses, les conditions de travail ont changé du tout au tout. « Et finis le lessivage et l’érosion du sol, on peut maintenant apporter du compost en sachant qu’il va rester en place », se félicite Isabelle Vial.

D’autres changements ont fait progresser la ferme vers de meilleurs résultats. Du côté des aromatiques − hysope, sauge, serpolet −, la pratique a évolué vers la culture en butte qui procure un meilleur rendement. « Ces plantes ont besoin d’être au sec. Avec notre climat plutôt humide, la butte facilite l’écoulement de l’eau », explique l’agricultrice.

Vente en direct

La rationalisation du temps de travail va de pair avec la vente en circuit court. L’ensemble de la production est commercialisée en direct, à la ferme, sur les marchés, dans quatre magasins de producteurs et trois boutiques Biocoop. 12 % de la production, uniquement des plantes en vrac, est également cédée à un herboriste suisse. Là aussi, côté marketing, un remue-méninge a été payé de ses efforts. Les mélanges de plantes ont ainsi pris le pas sur les tisanes monoflores. « Pour obtenir 30 g sec de guimauve, il faut plus d’une demie-journée de travail ; c’est le contenu d’un sachet vendu 6 euros. Mélangée à d’autres plantes, cette petite fleur est bien mieux valorisée », argumente Isabelle qui note, en outre, la préférence de sa clientèle pour les associations de plantes.

Transformer pour valoriser

Les macérâts huileux sont passés de quatre à douze. Non seulement, ils requièrent des petites quantités de plantes mais, en plus, ils ne nécessitent pas le long travail de séchage des végétaux. Les plantes macèrent dans de l’huile d’olive, de noisette ou de carthame puis le liquide est filtré. Quand on y ajoute de la cire d’abeille, on obtient des baumes dont le prix de vente est intéressant.

La présentation peut aussi donner un bon coup de pouce. Depuis que les aromates sont passés d’un simple sachet à un joli bocal en verre avec bouchon fleuri, il s’en vend cinq fois plus, pour un coût de revient du contenant inférieur.

Les époux Vial ont mesuré l’importance de renouveler la gamme en faisant preuve d’inventivité : « On sort un produit nouveau tous les deux ans, cela crée une dynamique et incite les gens à revenir ». Des sirops vont d’ailleurs faire bientôt leur entrée. « A deux, nous ne pouvons pas augmenter notre production, mais nous pouvons encore mieux la valoriser », conclut la productrice qui ne changerait de métier pour rien au monde.

Gaëlle Poyade

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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