Fiscalité verte et bonheur

Révélatrice du décalage entre le discours et les actes, la taxe carbone met les esprits en ébullition. Si le montant prélevé de 17 € la tonne d’énergie émettrice de CO2 (pétrole, gaz, charbon) est considéré comme un manque de courage par les associations écologistes (qui regrettent aussi la non prise en compte de l’électricité), il effraie le monde des entreprises.

Gourmande en énergie fossile, l’agriculture, par la voix de la FNSEA, s’est donc insurgée immédiatement contre cette “taxe aveugle qui porterait atteinte à sa compétitivité, déjà mal en point.” De son côté, face à ce grave enjeu qu’est une lutte efficace contre le réchauffement climatique, l’agriculture bio ne peut qu’encourager cette mesure. Alors que les modalités ne sont pas encore votées, elle s’interroge pourtant sur la façon dont ses pratiques pourraient être prises en compte et valorisées. Car elle se heurte à un paradoxe : certes, elle exclut les produits chimiques de synthèse dont les procédés de fabrication sont très polluants. Mais ses pratiques de désherbage mécanique et de travail du sol sont gloutonnes en carburants. Doit-elle être taxée comme tout le monde ? Bien qu’il se justifie sur de petites surfaces de maraîchages ou de vignes, l’attelage animal n’est pas généralisable ! Et le tracteur solaire, en dépit d’un prototype en test (lire Biofil 65), n’est pas encore au point. Autre dilemme, l’atomisation des exploitations, de la transformation et des circuits de distribution : même avec la multiplication d’opérateurs bio et une volonté de relocalisation des approvisionnements, les coûts de transports restent élevés. Seule la massification de l’offre bio peut les réduire. Sans oublier le souci du bien-être animal, inscrit dans la réglementation qui limite les densités. Ces contraintes augmentent les dépenses d’énergie ramenées à la tête ou à l’oeuf produit. D’où la complexité de cette fiscalité verte, appliquée à la bio. C’est pourquoi des bilans écologiques s’imposent sur une échelle globale. Les nécessaires innovations dont on parle tant en bio doivent aussi passer par une approche complète de l’analyse du cycle de vie. Et ce, à l’image des préconisations de la commission Stiglitz dans la façon d’évaluer la richesse, c’est-à-dire le PIB (produit intérieur brut), en lui incluant le calcul du bien-être humain et animal, voire du bonheur procuré par un cadre de vie non pollué…

Christine Rivry-Fournier

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