Engrais verts, des pratiques très diversifiées

Différentes modalités sont testées à la station d’expérimentation de Pleumeur-Gautier : à gauche, l’engrais vert est exporté.

En Bretagne, les engrais verts servent à fertiliser les cultures maraîchères de plein champ, mais leur utilisation est rigoureusement encadrée. Ailleurs, les pratiques sont souvent plus intuitives.

Depuis 7 ans, nous menons chaque année 3 à 4 essais sur la thématique des engrais verts”, explique Jérôme Crenn, technicien d’expérimentation chargé des essais bio à la SECL, une station d’expérimentation en cultures légumières de plein champ, située à Pleumeur-Gautier, dans les Côtes-d’Armor. Les exploitations types de la région, et auxquelles le travail de la station s’adresse, cultivent 4 ou 5 espèces de légumes sur 25 à 30 ha : les rotations y sont peu intensives et assez longues. L’engrais vert peut occuper le terrain jusqu’à 10 mois voire plus. “Dans notre cas, inutile de choisir des espèces qui poussent vite.” Les crucifères sont d’emblée écartées, puisque les cultures phares dans la région sont choux-fleurs, choux brocoli, suivies des pommes de terre, artichauts, échalotes.

Les engrais verts peuvent jouer de nombreux rôles : amélioration de la structure du sol en surface et en profondeur, maîtrise des adventices, contrôle de certains ravageurs et maladies, enrichissement du sol en azote et modification du rapport C/N, ou encore stimulation de l’activité biologique du sol assurant une meilleure disponibilité des éléments fertilisants pour la culture suivante, meilleure gestion des rotations, protection du sol contre l’érosion et le lessivage… Selon les cas, les régions, les cultures de l’exploitation, l’attente diffère. À la SECL, “le but premier de l’engrais vert, et notamment des légumineuses, c’est de fournir des éléments minéraux, poursuit Jérôme Crenn. C’est la meilleure alternative à l’utilisation des engrais organiques, que nous voulons éviter pour plusieurs raisons : d’une part parce qu’économiquement, bien souvent, ce type d’achat est trop coûteux ; et aussi parce que, sur le plan éthique, leur utilisation massive peut poser question.

Semis interdits

La problématique est donc la suivante : produire des niveaux d’azote suffisant pour couvrir les besoins d’un chou fleur d’automne ou d’hiver… mais sans excès. “Dans notre région, les pluies d’automne lessivent les nitrates non prélevés par la plante. Avec les légumineuses, il faut être vigilant : le trèfle blanc par exemple, utilisé seul, apporte trop d’azote.” Méfiance, donc… D’autant plus que le cadre législatif, en Bretagne, est bien défini : comme le rappelle la SECL, le programme d’action de la directive nitrate rend obligatoire en zones vulnérables la couverture des sols pendant la période de lessivage, soit en automne hiver, jusqu’au 1er février. Et toutes les cultures récoltées avant le 31 octobre doivent être suivies d’un couvert végétal dans lequel les légumineuses sont interdites, que ce soit seules ou en mélange.

Si la SECL teste des itinéraires où des légumineuses sont semées à l’automne, c’est pour produire de nouvelles références techniques, car elles sont peu nombreuses, et aussi parce que la station se positionne “sur l’éventualité que la réglementation évolue pour les agriculteurs bio, analyse Jérôme Crenn. Nos essais pourraient alors prouver que, si les semis sont réalisés dans de bonnes conditions, au bon moment, en mélange avec les bonnes espèces, les cultures de légumineuses n’impactent pas l’environnement au niveau des fuites d’azote dans le sol.”

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Myriam Goulette

Retrouvez l’intégralité de cet article en lisant Biofil 80 daté mars-avril 2012.

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