Légumineuses sous couvert de tournesol

Des semis de légumineuses à la volée sous couvert de tournesol, testés par Terres Inovia pendant trois ans, n’apportent pas de bénéfice significatif ni sur l’oléagineux ni sur le blé qui suit. Une autre technique, avec légumineuse et tournesol implantés simultanément sur le rang, donne de meilleurs résultats.

 

Semis de luzerne sous couvert de tournesol.

Très présent en système céréalier bio en sec dans le Sud-Ouest, le tournesol est souvent suivi d’un blé tendre. Or, la plante ne restitue pas directement d’azote, d’où un rendement et un taux de protéines faibles pour le blé. Pour y pallier, l’idée est de recourir à un couvert de légumineuses, destiné à restituer de l’azote au blé. Or son implantation après la récolte du tournesol laisse trop peu de temps pour obtenir une biomasse suffisante avant le semis du blé, notamment lors des automnes secs. L’alternative consiste à implanter à la volée les légumineuses sous couvert de tournesol. L’essai, avec répétition, est mené par Terres Inovia de 2015 à 2017 sur le site d’En Crambade en Haute-Garonne, sur une parcelle en argilo-calcaire moyennement profonde conduite en sec. Trèfle, vesce et luzerne, sont semés seuls ou en mélange. La succession culturale est tournesol (plus couvert)-blé tendre.

 

Binage versus couvert

« Pour lutter contre les adventices du tournesol, l’effet du binage est bien meilleur que celui du couvert et ce, quelles que soient les espèces utilisées », résume Cécile Le Gall, responsable du programme bio chez Terres Inovia. C’est surtout vrai en cas de fort salissement. » En effet, le couvert n’a pas un développement suffisant pour étouffer les adventices. De plus, l’absence de binage favorise l’enherbement. Implanter le couvert en même temps que le tournesol ou peu après – plutôt qu’au dernier binage – est privilégié si l’on veut obtenir une biomasse correcte. Sur trois ans d’essais, la vesce est le couvert qui produit le plus de biomasse, devant la luzerne, et le mélange obtient un résultat intermédiaire. Quand au pouvoir concurrentiel vis-à-vis des adventices, la vesce et la luzerne sont au coude à coude, largement devant le mélange.

 

Le tournesol, pénalisé

Question rendement, la perte sur tournesol varie entre 7 et 15 q/ha – selon le stress hydrique – dans les modalités « couvert » par rapport à la conduite « binage ». Sur le blé qui suit, même en détruisant les couverts au plus près du semis afin d’obtenir le maximum de biomasse, « aucun effet bénéfique n’a été mis en évidence et ce, malgré la restitution par la légumineuse, de 15 à 45 kg d’azote par hectare ».

 

Associer fenugrec et tournesol sur le rang

Une autre voie consiste à semer la légumineuse sur le rang, en même temps que le tournesol. Parmi les espèces possibles figure le fenugrec car la plante n’entre pas en concurrence avec l’oléagineux. L’association est pratiquée depuis quatre ans par Antoine Henrion, céréalier bio à Secourt en Moselle, par ailleurs président de Terres Univia. Les graines de fenugrec sont mélangées à celles du tournesol et implantées avec un semoir Väderstad avec un inter-rang de 25 cm, à raison de 5 à 10 kg/ha, soit environ 30 à 60 g/m2. « Outre son intérêt pour limiter le salissement sur le rang et restituer de l’azote, le fenugrec facilite le guidage de la bineuse par la caméra lors du 1er passage car il lève plus rapidement que l’oléagineux », explique l’agrobiologiste. Par la suite, il est dominé par le tournesol mais continue son développement jusqu’à la récolte. »

Les deux plantes n’étant pas de la même hauteur, le ramassage se fait en deux temps, d’abord le tournesol puis le fenugrec. « Sauf en 2019 où la légumineuse n’a pratiquement rien donné, j’obtiens entre 2 et 4 q/ha de fenugrec, en plus des 18 à 20 q/ha de tournesol. » Après tri, le fenugrec est utilisé comme plante compagne pour le colza ou comme couvert hivernal. « L’autre intérêt de cette légumineuse est son probable effet répulsif sur les sangliers lorsqu’il est associé au tournesol », signale le céréalier.

 

Jean-Martial Poupeau

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