Paysans boulangers : Des pains du monde entier

 
Paysans boulangers

chez les paysans boulangers engagés de longue date dans la démarche, le travail de sélection est aujourd’hui mûr.

Venus de tous les continents, des paysans boulangers se sont retrouvés en juin dernier à Port Sainte-Marie en Lot-et-Garonne.

Quatre jours pour échanger sur leurs pratiques et s’enquérir des dernières avancées réglementaires. Preuve que l’intérêt pour la production de variétés anciennes et de transformation directe sur l’exploitation ne cesse de grandir.

Il y a longtemps que Jean-François Berthellot prêche pour la boulange et c’est dans sa ferme des coteaux lot-et-garonnais qu’il a accueilli, fin juin, les rencontres européennes des paysans boulangers mises sur pied par le réseau Semences paysannes. Venus de tous les horizons de la planète, depuis le monde arabe, perse, l’Amérique du nord, les confins orientaux, comme la Géorgie, ils étaient plus de soixante à avoir posé leurs quartiers chez Jean-François Berthellot. Au menu de cette semaine, des échanges d’expérience, des ateliers collectifs de fabrication de pain et autres produits de céréales et l’actualité de la réglementation. “Les rencontres ont été très riches”, commente le paysan boulanger lot-et-garon nais. “Nous avons pu voir que les paysans qui cultivent des variétés anciennes participent pleinement à la conservation de ces variétés dans tous les pays du monde, par leurs pratiques agricoles et pas seulement par l’utilisation de centres de recherche comme on voudrait nous le faire croire ici. Il faut qu’on comprenne en France que les agriculteurs peuvent être les acteurs de la conservation mais aussi de la sélection. Nous avons aussi pu échanger sur nos propres pratiques de fabrication de pain, nous rendre compte que le levain avait été abandonné presque partout, même au Proche-Orient au profit des levures. De pouvoir discuter des levains a convaincu certains des participants de revenir vers ces pratiques dès leur retour chez eux.” Depuis le temps qu’il milite et expérimente dans ce vaste secteur de la production de variétés anciennes et de transformation directe sur l’exploitation, Jean-François Berthellot sent aujourd’hui que l’intérêt grandit, même en France : le succès des rencontres organisées chez lui en témoigne. “Nous sommes de plus en plus souvent consultés. Nous recevons des demandes d’ informations des producteurs de céréales-boulangers s’intéressant à ce sujet, mais aussi des producteurs exclusifs de céréales qui sont confrontés à la demande de leurs acheteurs. Ces derniers recherchent des grains et des farines différents. Nous avons eu des appels d’agriculteurs qui veulent semer une dizaine d’hectares d’un coup. De toute évidence, nous sommes aujourd’hui dans une deuxième phase, cela prouve que notre travail est reconnu”, indique-t-il. Reste l’os réglementaire qui, s’il évolue un peu, est encore loin du compte selon lui. “Le catalogue des variétés de conservation ne change rien au problème qui demeure celui de la réglementation générale : on ne rentrera pas dans les critères d’homologation imposés. Il faudrait pouvoir instaurer un autre système d’échange de semences et que les agriculteurs effectuent leur propre travail de sélection pour avoir des plantes adaptées à leur ferme et à leurs terres. L’objet de tout notre travail n’est pas de créer un nouveau marché des semences ; d’ailleurs, la majorité des agriculteurs n’envisagent pas la valorisation économique des semences par la vente. Nous sommes au coeur d’enjeux financiers énormes, on pourrait aisément faire évoluer la réglementation, pourquoi les semenciers ne veulent-ils pas nous laisser d’espace ? De quoi ont-ils peur ?”, se demande-t-il.

Le rôle de l’Europe

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