Biolait : « L’autonomie des élevages est un atout majeur en cette période de crise  »

Crise du coronavirus / INTERVIEW de Théophile Jouve, directeur général de Biolait

La poussée de l’herbe au printemps entraîne un pic de production, et la collecte s’organise pour se faire dans les meilleures conditions, sans prise de risques. ©Biolait

« Biolait est un collecteur, qui commercialise le lait de ses adhérents, rappelle Théophile Jouve, directeur général de la SAS. Donc, nous dépendons de nos clients transformateurs. Et pour l’instant, tous continuent à produire. L’important pour nous est d’organiser la logistique. » Les 1 350 fermes bio adhérentes sont collectées toutes les 72 heures (à l’exception de celles en conversion) : le ramassage du lait est réalisé par 38 chauffeurs, et 30 camions d’une capacité de 29 500 L maximum. « Organiser la collecte est un point de tension. Pour l’instant, cela fonctionne de façon normale, grâce à nos chauffeurs fidèles aux postes. Et ce, même si l’organisation est compliquée, liée à des arrêts de travail, notamment pour les gardes d’enfants. Si personne n’est atteint par le coronavirus, ni suspecté de l’être, et que tout est en place pour éviter les risques, il faut rester humble et prudent pour la suite », assure Théophile Jouve. Au siège social de Saffré en Loire-Atlantique, la cellule de crise est mobilisée plus que jamais.

 

Des élevages résilients

Chez Biolait où les 2 300 producteurs adhérents répartis dans 73 départements misent sur l’autonomie alimentaire, le printemps est toujours une période sensible : la poussée de l’herbe entraîne un pic de production, l’assurance d’un lait de très bonne qualité. « Ce pic démarre depuis quelques jours, avec une belle pousse abondante, et les animaux sortent pâturer. » Cette recherche d’autonomie maximale des fermes est un point fort : pas besoin pour les éleveurs de s’approvisionner en maïs-soja ou autres intrants. Et ainsi d’être soumis à d’éventuelles tensions ou ruptures de stocks. « Aucune de nos fermes adhérentes n’est dépendante de l’extérieur, souligne Théophile Jouve. Ces élevages basés sur les prairies et les fourrages, sont résilients, capables de s’adapter aux crises comme celle que nous traversons. Ce modèle économique sécurisé, porté par Biolait, confirme aujourd’hui son intérêt majeur. »

 

Des transformateurs solidaires

Biolait collecte 1 350 fermes bio adhérentes sur tout le territoire français. ©Biolait

« Notre second point de tension est la livraison chez nos clients, car nous ne stockons pas », rappelle Théophile Jouve. Regroupant un tiers de la production de lait bio nationale, Biolait écoule ses 310 millions de litres par an (prévision 2020, en hausse de 10 % vs 2019) auprès de 100 transformateurs français de toutes tailles. « Nous bénéficions en ce moment d’un vrai élan de solidarité de la filière. Nos clients jouent le jeu pour maintenir leur activité, malgré des effectifs de salariés en baisse, et des réductions de rythme de production. » Transformé, le lait possède des dates de péremption plutôt longues, selon les types de produits. « Tirée par une demande exponentielle dans les magasins, la semaine dernière a battu des records de volumes transformés. » L’objectif est de maintenir la meilleure valorisation possible du lait. « C’est un produit saisonnier. On l’oublie trop souvent. Nous lissons nos prix sur l’année en fonction de nos résultats, rappelle le directeur général. À ce stade, nous n’envisageons pas de conséquences négatives sur les prix. »

 

Des opportunités de la crise

« Si le contexte actuel est difficile, c’est l’occasion aussi de préparer l’avenir », relativise Théophile Jouve. Hormis ceux occupés par une logistique compliquée, les salariés (1) sont mis à contribution pour réfléchir sur des sujets transversaux, essentiels pour consolider encore la stratégie de l’entreprise au niveau de sa responsabilité sociétale : son bilan carbone, l’optimisation du pâturage, la biodiversité, etc. « Cette crise historique est une opportunité. Elle nous incite à accélérer nos démarches dans ce sens, et à faire progresser encore davantage notre alternative. » Les 13 conseillers techniques de terrain, à défaut d’aller de ferme en ferme accompagner les éleveurs, sont mobilisés en télétravail. « Ensemble, nous travaillons à conforter nos fondamentaux, et voulons montrer plus que jamais l’intérêt d’une agriculture bio équitable et solidaire. » L’assemblée générale de Biolait, prévue les 2 et 3 avril prochain, est forcément reportée, la date reste à définir.

 

Christine Rivry-Fournier

 

(1) L’effectif salarié de Biolait est de 92 personnes au total.

 

En savoir+ : Biolait.net

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