Gestion du parasitisme : une étude sur les caprins dans la Drôme

Depuis le début de l’été 2014, un chercheur du FiBl (1) étudie avec le syndicat caprin de la Drôme l’intérêt de diverses plantes dans la gestion du parasitisme au sein de 5 élevages, dont 4 en bio.

PA _parasistime« Ces recherches interviennent dans le cadre d’un partenariat Biovallée/FiBl », précise Elina Harinck, animatrice au Syndicat Caprin de la Drôme. Ce dernier a mené une première étude en 2011 dans le cadre du Pep Caprin (2) dans 4 élevages, dont la moitié en bio. Le travail portait sur l’intérêt des huiles essentielles, notamment dans la gestion du parasitisme, tout en considérant le contexte et les pratiques globales de ces élevages. « Nous sommes partis de « formules » choisies par les éleveurs et avons procédé à des observations coprologiques sur des lots de chèvres, explique Elina Harinck. Nos conclusions ont été mitigées compte tenu d’une grande variabilité de baisses d’excrétions après traitements et la difficulté à en identifier les causes − traitements, gestion du pâturage, cycle des parasites. Malgré cela, certaines données nous ont encouragés à aller plus loin. »

Une nouvelle étude a été lancée en juin dernier pour une période de 6 mois exclusivement sur la question du parasitisme interne, ciblant les strongles gastro-intestinaux. Elle est suivie par un chercheur du FiBl, Félix Heckendorn, parasitologue vétérinaire, et Amélie Lèbre, étudiante en 5e année à l’école d’ingénieur Purpan à Toulouse.

Tester des mélanges complexes de plantes

Ces travaux partent d’enquêtes au sein des élevages qui ont répertorié les plantes administrées. « On a ressorti différents mélanges que les éleveurs utilisent traditionnellement. Ce ne sont donc pas des produits commerciaux, rappelle Félix Heckendorn. Nous testons scientifiquement des mélanges complexes de 5 à 6 plantes selon un protocole que nous avons mis en place. » Il s’agit d’un travail appliqué sur les fermes avec des groupes témoins et des groupes traités « Ici, les éleveurs utilisent des alcoolatures en préventif et des huiles essentielles en curatif, par exemple des mélanges de ronce, noyer et absinthe sous forme d’alcoolature en action préventive, origan, thym, girofle, boldo en traitement curatif d’huiles essentielles », explique le chercheur. Le point difficile est encore de déterminer comment les plantes interagissent entre elles. « Il y a aussi la question d’effets secondaires non désirés à considérer », rapporte Amélie Lèbre. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions.

Des études scientifiques nécessaires

« Il existe un certain nombre de mélanges commerciaux, mais dont souvent l’efficacité n’a pas été prouvée scientifiquement, constate Félix Heckendorn. Les éleveurs peuvent utiliser ces produits sur la base de croyance et l’observation de certains signes interprétables qui suffisent à les rassurer, comme du poil plus joli. En pratique et d’une manière générale, les éleveurs ont assez rapidement recours aux moyens allopathiques et finalement sur ce point, la différence n’est pas énorme entre bio et conventionnel ». Des études scientifiques sont menées de part le monde sur le parasitisme en petits ruminants, Afrique, Amérique du Sud, Pakistan, Inde, etc., mais peu en Europe, regrette le chercheur. Si le FiBl a déterminé des « candidats » dans la gestion des parasitoses gastro-intestinales, certaines études n’ont pas été prolongées faute de financement. C’est le cas de la fumeterre étudiée il y a dix ans, qui à l’époque a pourtant donné des résultats intéressants. L’objet des recherches, dont celle du syndicat caprin, est bien de permettre aux éleveurs de modérer au maximum l’utilisation des produits de synthèse, sur le principe qu’en bio, d’autres recours doivent être privilégiés.

 

Frédéric Ripoche

 

(1)Institut de recherche de l’agriculture biologique en Suisse.

(2)Pôle d’Expérimentation et de Progrès en Rhône-Alpes.

 

 

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