L’alimentation en aviculture : les enjeux du 100 % bio obligatoire dès 2012

En janvier 2012, les monogastriques élevés en mode biologique devront recevoir une ration alimentaire élaborée à partir de matières premières végétales exclusivement bio. Pour l’heure, 5 % de produits conventionnels sont encore autorisés et la filière appréhende l’échéance.

L’échéance se rapproche pour la filière avicole bio européenne : le passage à 100 % de matières premières d’origine agricole bio dans les aliments est prévu pour 2012. “La solution la plus couramment envisagée est l’augmentation de la part de soja bio dans la ration, car c’est la matière première bio la plus riche en acides aminés essentiels, relève Pascale Magdelaine, de l’observatoire économique de l’Institut technique de l’ aviculture (Itavi), dans son rapport “Analyse comparée des dynamiques des filières avicoles biologiques au sein de l’Union européenne”. Pas si simple…

Un déséquilibre nutritionnel

Le recours au soja ne constitue pas la panacée. “Le risque est d’aboutir à un excès de soja et à un déséquilibre nutritionnel des formules, responsable de troubles gastriques et intestinaux, diarrhées, coccidioses, dérèglements hormonaux, etc., analyse Jean-Charles Cizeron, patron de la société Cizeron bio dont le site de production fabrique 18 000 t d’aliment, en majorité pour volailles. En réalité, avec cette échéance, nous avons deux problèmes majeurs à résoudre : l’équilibre des formules en acides aminés et la disponibilité des matières premières. Ce sont les fondamentaux de l’agriculture biologique.

Pour Carine Maret, responsable commerciale de l’Ufab, filiale de Le Gouessant, et son collègue Ludovic Bourdeau, formulateur-nutritionniste, “la protéine constitue le principal problème du passage au 100 % bio. Notre source privilégiée, d’origine conventionnelle, est le gluten de maïs qui titre 60 % de protéine. Mais il devra être remplacé. La matière première la plus concentrée en protéine est le soja : le tourteau en contient 43 %. Mais en bio, il est moins concentré qu’en conventionnel car le mode d’extraction n’est pas le même, et le recours aux acides aminés de synthèse est impossible. Nous devons apporter proportionnellement plus de tourteaux en tenant compte des équilibres nutritionnels.” L’Ufab mène actuellement des essais pour évaluer les impacts de ces changements, avec des résultats prévisibles : “Pour faire le même rendement en viande, il faudra plus de temps, donc plus de consommation : nous nous attendons à voir les indices se dégrader.

Un excès de soja risque en outre d’entraîner des troubles digestifs car “les acides aminés surnuméraires ne sont pas utilisés pour la croissance. Ils sont métabolisés en énergie, ce qui représente une dépense énergétique pour l’animal et constitue un substrat pour les fermentations indésirables dans le tube digestif”, précise Jean-Laurent Tusek, responsable du service formulation chez Sud Ouest Aliments – Nutricia, qui gère les outils de production mis en commun par Maïsadour, Vivadour et Gascoval.

Françoise Foucher

Retrouvez l’intégralité de l’article dans Biofil n°76

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