La Violette de la Loire, une carotte paysanne sur les étals

Nicolas Oran a souhaité aller jusqu’au bout de cette aventure de sélection, mettant en culture 35 ares cette année, pour un rendement estimé à 25 t/ha (contre environ 30 t/ha pour la Nantaise).

Nicolas Oran a souhaité aller jusqu’au bout de cette aventure de sélection, mettant en culture 35 ares cette année, pour un rendement estimé à 25 t/ha (contre environ 30 t/ha pour la Nantaise).

C’est parti : après 9 ans de sélection participative réalisée par les agriculteurs de l’association Bio Loire Océan (BLO), la Violette de la Loire, variété population, fait son entrée sur les étals de Biocoop dans l’ouest de la France.

De couleur rouge-violette à l’extérieur et orangée à l’intérieur, croquante, au goût parfumé longue en bouche, cette carotte anthocyane est sélectionnée, multipliée et cultivée pour l’instant par Nicolas Oran. Adhérent de BLO, ce jeune maraîcher bio est installé à Corné dans le Maine-et-Loire. Son exploitation qu’il a créée en 2003, compte actuellement 20 ha, dont 15 ha de cultures légumières en plein champ et 5 000 m2 d’abris. Il y cultive déjà une cinquantaine d’espèces différentes.

Sélection participative

Baptisée La Violette de la Loire, cette carotte paysanne est issue du programme de recherche participative de l’association Bio Loire Océan, démarré en 2005 : « Cette initiative émane de la volonté et la curiosité de nos agriculteurs à se réapproprier la connaissance de la semence, un savoir-faire perdu depuis une quarantaine d’années », explique Cécile Morvan, coordinatrice de l’association. En carotte, le monopole du type Nantaise hybride longue, le plus souvent cultivée à partir de semences non traitées, restreint le choix des consommateurs. « Pour eux, la carotte reste un produit plutôt basique, avec un goût quelque peu standard, que seul le taux de sucre différencie », observe Nicolas Oran. Élargir et diversifier la gamme en couleur, en texture et en goût constitue un des objectifs de ce travail de sélection mené patiemment et passionnément. « Il s’agit aussi de chercher des variétés adaptées au terroir, aux conditions de cultures bio, donc plus résistantes. L’autre défi est de pouvoir produire aussi avec des variétés libres de droit », souligne le producteur.

Une histoire de partenariat

Les Violette de la Loire sont lavées avec un système à cylindre qui frotte les carottes entre elles pour ne pas abîmer l’épiderme fragile à cause du pigment.

Les Violette de la Loire sont lavées avec un système à cylindre qui frotte les carottes entre elles pour ne pas abîmer l’épiderme fragile à cause du pigment.

Ce projet a été mené avec l’aide de nombreux partenaires, dont Véronique Chable, chercheuse à l’Inra du Rheu et responsable du programme européen Solibam sur la sélection participative (lire Biofil 95), ainsi que le semencier Germinance. La Bretagne, investie dans cette démarche, sert d’exemple : l’organisation de producteurs BioBreizh commercialise déjà plusieurs variétés paysannes issues de sélection participative, dont l’oignon rosé de Roscoff, le chou de Lorient, le brocoli violet du Cap…

Au départ, l’Agrocampus de l’Ouest basé à Angers a fourni des graines issues de la collection de semences du réseau Carottes et autres Daucus : il a suffi de 2 grammes de graines de 80 variétés populations anciennes de carottes pour démarrer ! Mises en culture et testées agronomiquement chez les producteurs, elles ont été évaluées sur leur aspect, leur qualité gustative, leur faculté de conservation. Un travail collectif de longue haleine : « On ne savait pas trop ce que l’on cherchait au départ. On a tâtonné, observé. C’est une approche passionnante que de faire revivre ces variétés abandonnées car considérées comme pas assez productives », confie Nicolas Oran. Ce travail a été accompagné par Emmanuel Geoffriau, enseignant chercheur à Agrocampus Ouest et responsable du réseau Daucus.

 Un coup de cœur

Par sa sélection massale, le producteur, épaulé par Camille Sourdine, chargée du programme à BLO, cherche à obtenir un cœur le plus orangé possible et une robe rouge-violette éclatante…

Par sa sélection massale, le producteur, épaulé par Camille Sourdin, chargée du programme à BLO, cherche à obtenir un cœur le plus orangé possible et une robe rouge-violette éclatante…

Parmi les variétés testées, une a particulièrement tapé dans l’œil de Nicolas Oran : l’anthocyanée de type Chantenay, dont on ne connaît pas spécifiquement le bassin d’origine. « J’ai eu le coup de cœur pour sa couleur dégradée et son goût particulier, confirmés par les dégustations collectives », se souvient-il. Sa sélection et multiplication démarre en 2007, à partir de la racine de carotte. « C’est une bisannuelle, il faut deux ans pour avoir les graines, et comme on effectue une sélection massale pour ne conserver que les caractères les plus intéressants − orangé du cœur, calibre par trop gros, forme pas trop ronde, bonne conservation − cela prend du temps… Elle est évolutive, nous cherchons à l’améliorer, et à stabiliser ses caractères. »

Depuis deux ans, la Violette de la Loire est produite en petites quantités, et vendue avec succès sur les marchés alentour. Cette année pour la première fois, elle part en circuits plus longs, sur les plateformes de Biocoop. Pour débuter, 3 tonnes sont engagées d’ici janvier. « Ce partenariat vise à la faire connaître auprès du consommateur, et à la diffuser plus largement. »

La Violette de la Loire part  à la conquête des consommateurs. Ici Nicolas Oran, et une de ses salariés, Karine Vaslin.

La Violette de la Loire part à la conquête des consommateurs. Ici Nicolas Oran, et une de ses salariés, Karine Vaslin.

L’important est de faire savoir qu’elle est issue d’un travail de sélection participative et que ses semences sont libres de droit, autorisant les producteurs à les multiplier pour les ressemer, même s’il ne peut ni les vendre, ni les échanger, ni les donner : « La notion de semences paysannes reste un peu floue pour le consommateur qui est attiré par la biodiversité en fruits et légumes ; c’est pourquoi nous expliquons notre démarche dans un flyer fourni au moment de la vente », explique Cécile Morvan.

Un questionnaire est en ligne sur le site de l’association Bio Loire Océan pour qu’après dégustation, chacun puisse donner son avis… À terme, l’objectif serait de lancer un signe de reconnaissance sur les étals pour les variétés paysannes.

C.R-F

BLO : la sélection continue…

Créée en 1997, Bio Loire Océan (BLO) regroupe 50 fermes, et 70 producteurs en Pays-de-la-Loire. L’association qui commercialise 1 500 t de fruits et légumes bio par an, soit une centaine d’espèces, a la particularité de ne pas exiger l’apport total à ses adhérents. Son partenaire historique Biocoop écoule 80 % de ses volumes. Le reste est vendu via 1 300 paniers par semaine et en restauration collective sur le Saumurois notamment.

Soucieuse de travailler aussi en amont avec ses producteurs, d’autres programmes de sélection participative sont en cours, pilotés par Camille Sourdine de BLO : outre la carotte, des variétés population anciennes de tomate, panais, salade, oignon, sont multipliées et sélectionnées, avec en prévision, des nouveautés…paysannes.

Crue ou cuite, La Violette de la Loire est savoureuse : conserver sa peau pour la déguster lui confère un goût encore plus parfumé.

Crue ou cuite, La Violette de la Loire est savoureuse : conserver sa peau pour la déguster lui confère un goût encore plus parfumé.

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