PPAM : Arcadie met en marche une filière de production

Spécialisée en aromatisation bio, la société gardoise Arcadie organise tout un réseau de producteurs de plantes aromatiques et à parfum dans son fief. Pour cette entreprise en pleine croissance, il s’agit de sécuriser ses approvisionnements tout en développant des cultures de proximité et de qualité.

C’est pour assurer un approvisionnement de qualité que les dirigeants d’Arcadie, Bernard et Dominique Kimmel, se sont lancés dans la création d’une filière locale, en association avec Golgemma, opérateur en huile essentielle bio à destination des professionnels. “Lorsque nous avons tenté de développer une activité de plantes de garrigue, essentiellement des herbes de Provence, nous nous sommes heurtés à différents problèmes, à savoir une qualité irrégulière, surtout sur le thym, et parfois des résidus de pesticides. Ces difficultés, rencontrées en France comme ailleurs, nous les avons retrouvées aussi sur le fenouil, le cumin, l’anis…”, explique Bernard Kimmel. Dans chacune des gammes – épices ou plantes à tisanes – Arcadie propose près de 80 références, achetant au total quelque 300 tonnes de végétaux par an dont un petit tiers de plantes à tisanes. Qu’elles soient cueillies ou cultivées, ces dernières sont, pour 80 % d’entre elles, d’origine française. Cependant, en raison de quantités insuffisantes, le transformateur est amené à importer d’Espagne ou du Maroc thym, romarin, sarriette ou origan dont la qualité ne le satisfait pas tout à fait.

Or, l’entreprise est en plein essor, en moyenne de 15 % chaque année depuis plus de dix ans. Bien qu’elle commercialise 90 % de sa production en France, les débouchés à l’export – Belgique, Hollande…– sont prometteurs. En outre, Arcadie a créé la filiale Ambres SARL qui distribue une grande variété de produits bio en restauration gastronomique et collective. Dans ce contexte économique, il est donc indispensable de maîtriser l’approvisionnement en matière première.

Mise en place d’une ferme expérimentale

La première étape de cette filière commence par la création d’une ferme expérimentale de 13 hectares à Saint- Etienne-l’Olm, dans le Gard. “Cette ferme, en conversion, nous permet d’avoir une connaissance directe sur différentes techniques et mesure les coûts de production de certaines plantes, rapporte Bernard Kimmel ; elle sert aussi de base de démonstration à destination des producteurs intéressés”. L’enjeu est important : il s’agit de montrer, d’ici cinq ans, la supériorité qualitative des productions languedociennes, tant au point de vue du goût que de celui de la protection vis-à-vis des pesticides. “Nous allons nous concentrer sur les herbes de Provence, thym, romarin, sarriette, lavande et procéder à des essais sur les ombellifères comme la sauge”, poursuit le co-fondateur.

200 hectares à cultiver

Si à peine 30 hectares ont été mis en culture depuis le début du programme, lancé en 2010, Arcadie et Golgemma estiment leurs besoins à court terme à 200 hectares, à répartir entre les plantes de garrigue (thym, sarriette, romarin, hysope, origan…), le fenouil, la menthe et la verveine. Déjà, une dizaine de producteurs bio, céréaliers, viticulteurs notamment, se sont regroupés dans le Gard au sein d’une association, motivés par la culture des PPAM. Pour les accompagner, et en encourager d’autres, Arcadie a embauché une personne référente dont la mission est de tisser une relation privilégiée avec ces nouveaux-venus. Un patient travail de sensibilisation et de formation, notamment en multiplication, est donc engagé, en partenariat avec le Civam bio du Gard. En outre, dans le cadre d’un appel à projet Avenir Bio, cette filière naissante va bénéficier d’un financement alloué par l’Agence Bio. Car Arcadie est partie prenante du programme interrégional Sud Aroma Bio qui regroupe cinq entreprises ou groupements de producteurs en demande d’encadrement technique.

Local et solidaire

“Nous venons de signer un premier contrat de sept ans avec un producteur gardois en reconversion sur la culture de thym bio”, annonce Bernard Kimmel. C’est en effet autour de la solidarité qu’Arcadie entend structurer cette nouvelle filière. Ce qui suppose une juste rémunération et la pérennité de la relation commerciale. Pour ce faire, elle prévoit, sitôt que le groupement de producteurs aura pris davantage d’ampleur, d’appliquer le cahier des charges Bio Solidaire, mis en place par l’association Bio Équitable.

Gaëlle Poyade

Article paru dans Biofil n°76, Mai/juin 2011


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