Pays-de-la-Loire : enseigner la bio et répondre aux préjugés

Le 02/01/2011 à 14:37 par La Rédaction


Comment enseigner la bio ? Des réponses concrètes grâce à Marc Dufumier, Louis Michel, Stéphane Bellon, chercheur à l’Inra, et Joseph Pousset, agriculteur-expérimenteur.

Comment enseigner la bio ?

En planchant sur le contenu d’outils de formation à proposer aux professeurs des Établissements agricoles, en lien avec Formabio et les enseignants eux-mêmes, la Chambre régionale d’agriculture des Pays-de-la-Loire a pris conscience des freins exercés par les préjugés. “Les professeurs sont souvent démunis, confrontés à des objections de la part d’élèves issus du milieu agricole conventionnel qui se sentent vivement attaqués par les critiques sur leurs pratiques ”, explique Louis Michel, agriculteur bio mayennais depuis 1979, en charge du dossier à la Chambre régionale. “Il faut aussi savoir répondre aux jeunes  inconditionnels de la bio parfois en dehors de la réalité du terrain”, poursuit Yves Beaupère, producteur de lait bio, également élu à la chambre consulaire. “L’obligation d’enseigner la bio qui date 2008 doit s’adapter aux attentes des professeurs et aux nombreux questionnements des élèves. D’où la nécessité de créer des modules en prise avec la réalité”, complète Jean-Marie Morin, coordinateur de Formabio.

Manger bio n’est pas un luxe

Claude Colin, présidente d’Inter Bio Pays-de-la-Loire et administratrice du réseau Biocoop.

Preuve du besoin en informations sur la bio, plus de 170 participants, - une majorité de profs -,  ont assisté au grand débat sur la bio organisé le 19 novembre par le Chambre régionale. Sans tabous, les intervenants ont abordé les aspects fondamentaux de la bio, souvent pointés du doigt par ses détracteurs, comme par Familles Rurales par exemple qui a dénoncé, cet été,  des prix inaccessibles, notamment en fruits et légumes, parfois plus du double du conventionnel au kilo. Lylian Le Goff, médecin nutritionniste, a prouvé que, malgré les apparences, manger bio n'est pas un luxe. “Cela ne revient pas plus cher, à condition de choisir les ingrédients à cuisiner soi-même, locaux et de saison, en limitant les protéines animales, en respectant les règles de cuisson pour éviter d’altérer leurs propriétés nutritionnelles supérieures”, précise-t-il. “L’équilibre du budget passe par l’équilibre alimentaire.” Et de démontrer, au fil d’un long exposé largement étayé, les interférences positives de la bio sur la santé, l’énergie, l’environnement, la qualité de l’eau, le cohésion sociale…“Manger bio, c’est se faire plaisir sans nuire”, conclut-il, balayant également les préjugés sur la monotonie supposée de ce choix d’alimentation.

Ne pas brader la bio

Vous, enseignants, vous avez un rôle essentiel à jouer, insiste Claude Colin, présidente d’Interbio Pays-de-la-Loire et responsable d’une coopérative de consommation du réseau Biocoop. La recherche du confort matériel à tout prix a atteint ses limites. La part de la nourriture dans le budget des ménages n’a fait que se réduire, avec des prix de plus en plus bas, au détriment du revenu des agriculteurs qui disparaissent.” La voie de la bio, qui remet la production à sa juste place, peut sauver l’agriculture. “Notre réseau a été précurseur, il nous faut maintenant accroître les volumes, faire des économies d’échelle pour proposer des prix plus abordables, mais sans brader la bio et en rémunérant correctement ceux qui y travaillent. ” Pour Élisabeth Mercier, directrice de l’Agence bio, “comparer les prix entre la bio et le non-bio n’a pas de sens car il y a trop de variabilité selon les sources.” Le choix de référence, entre le hard-discount et les produits label par exemple, change les donnes, sans oublier tous les coûts externes supplémentaires induits par les modes de production polluants, non pris en compte dans le calcul.

L’agriculture agro-écologiquement intensive

A la question sur la capacité de la bio à nourrir le monde, les avis convergent. Certes, l’agriculteur-expérimentateur Joseph Pousset, après avoir refait les calculs suite à la rétractation du directeur de la FAO (1) sur ce sujet, est plus mitigé. Il estime en effet, qu’en France, cela paraît moins évident, si on se base sur le régime alimentaire moyen (qui n’est pas idéal), mais qu’à l’échelle de la planète, c’est concevable. De son côté, Marc Dufumier, agronome et professeur d’agriculture à AgroParisTech, en est convaincu. Bousculant les idées reçues et surprenant ainsi les enseignants présents, il se fait l’avocat des bénéfices, pour les pays du Sud, comme du Nord, de la généralisation de ce qu’il appelle “l’agriculture agro-écologiquement intensive”. “Il faut que l’agriculture revoie sa copie et opère un virage à quatre-vingt-dix degrés”, répète-t-il. “En nourrissant la terre, donc le sol, avec le retour de l’agronomie, on peut nourrir la Terre, c'est-à-dire tous ses habitants, et ce n’est pas seulement une question de rendement”, complète Stéphane Bellon, directeur de recherche bio à l’Inra.

C.R-F

(1) Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture