Les fruits, légumes et céréales bio plus riches en antioxydants : l’étude de Newcastle fait date

Philippe Nicot

Philippe Nicot, chercheur en pathologies végétales à l’unité de pathologie d’Avignon. Depuis 25 ans, il travaille sur le développement d’alternatives aux pesticides afin de lutter contre les maladies des fruits et des légumes.

L’alimentation bio moins polluée et plus riche en antioxydant ? On s’en doutait ! Désormais, c’est prouvé. L’université de Newcastle, Royaume-Uni, vient de publier une étude qui fait la synthèse de 343 publications sur les fruits, légumes et céréales bio. Philippe Nicot, chercheur à l’Inra, y a participé. Il nous guide dans les conclusions de ce travail.

 

Dès 2010, l’université de Newcastle a entamé une vaste recension des travaux publiés sur les végétaux bio, bruts ou transformés, d’un point de vue nutritionnel. Cette recension, réalisée par divers chercheurs, sert de socle à l’établissement de comparaisons afin de faire émerger des statistiques. Voici les conclusions de cette méta-analyse (1).

 

Newcastle_rutabagaMoins de…métaux lourds

Les produits bio sont moins pollués ; ils comportent moins de composés indésirables, moins de pesticides, moins de nitrates, moins de nitrites et moins de métaux toxiques. « Le métal toxique le plus emblématique, c’est le cadmium, précise Philippe Nicot. Il fait partie des trois métaux avec le plomb et le mercure pour lesquels l’Union Européenne a fixé des limites maximales de résidus dans les produits alimentaires. Cette étude montre que le cadmium se retrouve, en moyenne, en quantité 48 % inférieure dans les produits bio par rapport aux produits conventionnels ». En bio, on observe aussi des concentrations plus faibles de chrome (-59 %), de strontium (-26 %) mais aussi de manganèse (-8 %). En revanche, les concentrations de magnésium sont légèrement supérieures dans les cultures biologiques (+4 %). Quant à l’arsenic et au plomb, leur concentration ne diffère pas suivant le mode de cultures.

 

Nitrites et nitrates

Les fruits, légumes et céréales bio renferment aussi 87 % de nitrites en moins (2). Rappelons que les nitrites sont couramment employés comme agents de conservation, notamment des viandes, surtout le jambon et les salaisons. Pourtant, leur présence est considérée nuisible à la santé : « des teneurs alimentaires élevées en nitrites ont été décrites comme des facteurs de risques importants pour le cancer de l’estomac et d’autres maladies », rappelle l’étude de Newcastle. Quant aux nitrates, on en retrouve 30 % de moins dans les cultures bio puisque les doses d’azote apporté sous forme organique sont beaucoup moins importantes.

 

Moins d’acides aminés et moins de protéines

L’étude de Newcastle s’est intéressée aux protéines et acides aminés ; leur concentration s’avère plus faible dans les cultures et produits bio. « Les teneurs en azote étant plus basses en agriculture bio, environ 10 %, logiquement, on trouve moins de protéines car celles-ci sont composées d’acides aminés qui contiennent de l’azote », explique Philippe Nicot. Un point que les détracteurs de l’étude ont pointé du doigt.

 

Newcastle_myrtille4 fois plus de pesticides en conventionnel

Si l’on compare les résidus de pesticides, la différence est très nette entre culture bio ou pas. Ici, ce n’est pas la quantité qui a été relevée mais la fréquence de présence. En moyenne, on en trouve 4 fois plus souvent dans les fruits et légumes conventionnels et jusqu’à 7 fois plus souvent du côté des fruits seuls ! À l’inverse, le risque est donc 4 fois moins élevé de débusquer des résidus de pesticides dans les fruits et légumes bio. On peut être surpris de cette conclusion comme s’il s’agissait d’un scoop. N’est-ce pas une évidence ? L’agriculture biologique repose sur l’absence de produits chimiques, et par conséquent ne recourt à aucun pesticide de synthèse. Il paraît donc logique que ses produits n’en contiennent pas ou des quantités infimes, à moins qu’ils aient subi des contaminations fortuites aux champs, en stockage ou en transport « Jusqu’à peu, on disposait d’un nombre restreint de travaux menés en laboratoire et comparant aliments bio et conventionnel, explique Philippe Nicot. En plus, parmi ceux-ci, on notait une telle variabilité des méthodes et des sujets (3) qu’on ne pouvait pas conclure quant au taux inférieur des pesticides en bio. L’étude de Newcastle, elle, est basée sur une analyse statistique rigoureuse de sorte que le résultat est aujourd’hui incontestable

 

Fin de la controverse ?

Car, des contestations, il y en a eu, et pas plus tard qu’en 2012. Des médecins américains de l’université de Stanford, aux États-Unis, ont publié les résultats d’une méta-analyse selon laquelle les produits bio n’apportent pas de bénéfice sanitaire significatif comparé à ceux d’une agriculture conventionnelle – et sans autre distinction si ce n’est qu’elle utilise des intrants chimiques. En 2009, une étude commissionnée par l’Agence Britannique des Normes Alimentaires (FSA) avait elle aussi conclu à l’absence de différence statistique entre produits bio ou non. C’est pourquoi les résultats de l’étude de Newcastle sont d’autant plus percutants. Non seulement celle-ci affirme que les produits bio sont moins pollués mais en plus qu’ils sont plus riches en éléments sains : « Les méthodes de production de l’AB conduisent à des niveaux accrus de composés désirables », rapporte l’université de Newcastle. Depuis longtemps, l’agriculture bio se définit comme une agriculture sans ceci, sans cela (sans engrais chimique, sans pesticide, sans herbicide, sans fongicide, etc.). Aujourd’hui, c’est une nouveauté, elle peut se présenter comme une agriculture avec plus de…

 

Plus d’antioxydants

La concentration en antioxydants, et notamment en polyphénols, est supérieure dans les cultures et produits bio. Cela se vérifie avec les acides phénoliques (+19 %), les flavones et flavonols (familles des flavonoïdes), et les anthocyanes (+51 %). Le site de l’université de Newcastle apporte des compléments d’informations ; il indique que « la consommation de fruits, légumes et céréales bio, et d’aliments à base de ces produits, pourrait fournir un complément en antioxydants équivalent à une consommation supplémentaire de 1 à 2 portions de fruits et légumes par jour ». L’étude de Newcastle montre également un taux supérieur en caroténoïdes (+17 %) et en vitamine C (+6 %).

 

Bio et santé : l’évidence de demain ?

De là à penser que la bio nourrit mieux son homme, il n’y a qu’un pas. « Le lien que l’on fait dans notre tête, c’est que plus il y a d’antioxydants, mieux c’est pour notre santé », poursuit le chercheur de l’Inra. L’étude française Suvimax (SUppléments en VItamines et Minéraux AntioXydants), menée sur 13 000 individus de 1995 à 2003, a d’ailleurs établi que la consommation assidue de fruits et légumes, riches en antioxydants, prévient des maladies cardio-vasculaires, de l’obésité, de cancers. Ce lien mérite d’être à nouveau établi scientifiquement quant aux aliments bio. Notamment en comparant mangeurs bio et mangeurs non bio. C’est tout l’enjeu de Bio Nutrinet, la plus vaste étude sur la consommation bio et ses répercussions sur la santé. Lancée en février 2014, elle ambitionne d’analyser le comportement de 100 000 consommateurs sur 5 ans.

 

Gaëlle Poyade

 

L’étude de Newcastle en ligne : http://research.ncl.ac.uk/nefg/QOF/page.php?LAN=FR

 

(1)   Une méta-analyse est une étude réalisée par une équipe de chercheurs sur la base d’un très grand nombre de références scientifiques déjà publiées sur un sujet donné.

(2) En transformation bio, seul le nitrite de sodium (E250) est autorisé dans les produits carnés mais les doses d’incorporation sont plafonnées.

(3) Comparer des asperges bio et conventionnelles avec des pommes de terre bio et conventionnelles ne permet pas de conclure sur les avantages ou inconvénients des légumes bio.

Agriculture bio : les mêmes normes partout

Les 343 travaux sélectionnés pour l’étude de Newcastle proviennent de divers pays. Le plus grand nombre vient des États-Unis (40), mais aussi d’Italie, Espagne, Pologne, France (moins de 10). « La très grande variabilité des résultats dans chacun des travaux vient de l’absence de normes harmonisées au niveau mondial », précise Philippe Nicot. En effet, l’Europe a ses propres règles, les États-Unis les leurs, même la Suisse a son propre cahier des charges bio ! Certes, des « équivalences » sont concédées sur la base de règles communes. « L’un des messages de l’étude de Newcastle pourrait être aussi la nécessité d’une réglementation mondiale pour mieux mesurer les impacts de l’agriculture biologique ».

 

 

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