L’eau, plus que jamais la priorité

[Édito – Biofil 125 – sept.-oct. 2019]

Sans eau, c’est le désert. Plus rien ne pousse. D’où des risques de conflits pour avoir accès à la nourriture venue d’ailleurs, et des vagues d’émigration humaine. Scénario catastrophique ? Vision anxiogène ? Élucubrations des adeptes de la théorie de l’effondrement ? Non, triste réalité à regarder plus que jamais en face : l’enjeu est crucial, et la nouvelle vague de sécheresse et de chaleur est une douloureuse piqûre de rappel. L’été 2019 nous alarme à nouveau et l’agriculture, donc l’alimentation, est au premier rang.

En France, les prairies jaunies, grillées… Les forêts mal en point, dans le Massif central et l’Est. Des arbres en souffrance… Des cultures poussives, même irriguées, en raison des fortes chaleurs. Des cycles végétatifs perturbés, des plantes brûlées… Partout, l’inquiétude enfle. Des incendies se multiplient, en France et ailleurs. Exemple ce mercredi 28 août, plus de 20 000 feux sont recensés dans le monde entier sur 24 heures par la Nasa, dont plus de la moitié en Afrique. Et le Congo, deuxième poumon vert de la planète, serait une des zones les plus touchées. La culture ancestrale du brûlis est aussi en cause.

En Sibérie, ce sont 13,1 millions d’hectares qui sont partis en fumée depuis le début de l’année selon Greenpeace. En Amazonie, les feux sont quatre fois plus nombreux que l’an dernier à la même période. Au Brésil, qui détient 60 % de la forêt, à fin août, on en dénombre 80 000 depuis le début de l’année. Du jamais vu depuis 2013 selon l’Agence spatiale européenne. Et ce n’est que le début de la saison sèche, qui d’après les scientifiques, est de plus en plus longue. Des milliers d’hectares sont déjà ravagés. Les écosystèmes complexes et la régulation du climat sont mis à mal… La planète entière est impactée. C’est un cercle vicieux très dangereux.

Incriminée, la déforestation en Amérique du Sud pointe du doigt l’agriculture intensive, le soja OGM, et forcément l’élevage conventionnel industriel européen et français. Selon Greenpeace, l’Hexagone importe chaque année entre 3,5 et 4,2 millions de tonnes de soja, dont 61 % proviennent du Brésil. Sur ce continent, 95 % de la production est issue de semences génétiquement modifiées. Le dernier rapport du Giec, publié début août, insiste : “Pour faire face à la crise climatique, il est impératif d’assurer la protection et la restauration des forêts et de transformer radicalement le système alimentaire mondial qui produit de la viande en quantités industrielles.”

La ressource en eau est victime du dérèglement climatique, lui-même généré par les activités humaines, dont agricoles. En cette fin d’été, la quasi-totalité du territoire français est touché par la sécheresse : 87 départements sont soumis à des restrictions d’eau et 41 sont en situation de crise. Face à cette situation exceptionnelle, le gouvernement va autoriser la mise en place d’une soixantaine de retenues d’eau entre 2019 et 2022 pour mieux gérer l’irrigation des terres agricoles. Mais n’est-ce pas une fausse solution à court terme ? N’est-il pas urgent de changer rapidement les pratiques agronomiques et d’élevage en développant plus vite la bio, en France, et partout sur la planète : favoriser la rétention de l’eau dans le sol, adapter les variétés et les techniques culturales, promouvoir des systèmes herbagers autonomes Et vite, mobiliser la recherche. Il est urgent d’être encore plus efficace et plus nombreux à y contribuer.

Christine Rivry-Fournier

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