La bio passe le cap des 10 % de la SAU, mais le marché se tasse

Très attendue, la présentation annuelle des chiffres de l’évolution du secteur bio s’est déroulée le 10 juin dans la Drôme, département pionnier et leader de la bio française.

Loïc Guines, président de l’Agence Bio. (© Havas)

L’Agence Bio y a dévoilé les grandes tendances de 2021 : les surfaces cultivées en bio continuent à croître, en hausse de 9 % en un an, pour atteindre 2,78 millions d’hectares, faisant passer la France en tête des pays bio d’Europe, devant l’Espagne et l’Italie. Les terres en conversion restent stables, et celles en première année se maintiennent à 264 000 ha. Le cap symbolique des 10 % de bio dans la SAU française est franchi (10,34 %). Le nombre de fermes bio augmente aussi, de 10 % : fin 2021, les 58 413 exploitations bio représentent 13,4 % de l’ensemble des fermes françaises. « Contrairement aux rumeurs, nous n’observons pas de phénomènes de déconversions, annonce Laure Verdeau, directrice de l’Agence Bio. Les arrêts de certification se montent à 4,17 %, contre 4,02 % en 2020. Et ce sont pour la moitié des départs à la retraite et non des agriculteurs qui renoncent. »

 

Progressions variables selon les productions

Parmi les productions les plus en croissance, les plantes à parfum, aromatiques et médicinales continuent leur envol vers la bio, avec un bond de 27 % de leurs surfaces. Les fruits à coque aussi progressent de 14 %, couvrant près de 50 % des plantations françaises. Les légumes sont également en plein essor de 16 %, dépassant les 10 % des surfaces nationales. En vignes, les conversions enregistrent un boom de 21 %, faisant passer aux vignobles bio la barre des 20 % de la viticulture française et hissant la France au rang de leader mondial. Si les terres consacrées aux grandes cultures bio s’étalent de 10 %, couvrant 6,45 % de la SAU dans ce secteur, les conversions ralentissent de 16 % par rapport à 2020, totalisant 80 512 ha en C1. Côté élevage, malgré la suspension des conversions en bovins laitiers, destinée à absorber le marché, toutes les espèces progressent aussi, notamment les chèvres, les porcs charcutiers, les poules pondeuses, qui atteignent quant à elles, 23 % du cheptel national. « Vu le ralentissement du marché, on peut se demander s’il faut continuer à pousser la bio, souligne Loïc Guines, président de l’Agence Bio, producteur de lait bio, et président de la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine. Mais les jeunes sont attirés par ce mode de production, et plus de bio dans les territoires, c’est moins de traitements, et c’est bon pour la diversité. Il faut continuer à soutenir ceux qui ont pris la décision de se convertir quand la progression du marché était à deux chiffres. »

 

Un marché bio en recul, dans un contexte alimentaire morose

« Désormais, 80 % des produits bio sont d’origine française – hors produits tropicaux –, annonce Laure Verdeau. La bio est cœur de la souveraineté alimentaire ». Si l’Agence Bio enregistre, pour la première fois depuis l’essor de la bio, un coup de frein de 1,34 % en 2021 sur les ventes hors restauration, ce repli de 172 millions d’euros s’inscrit dans une tendance globale de recul des achats alimentaires de 2,3 %. Cette phase succède aussi à une année 2020 inédite lors de la crise sanitaire et de confinement, et une croissance significative à deux chiffres des ventes en magasins. Au total, en incluant la restauration hors domicile bio, la baisse du marché en 2021 est de 0,5 % (68 millions d’euros), se montant à 13,3 milliards d’euros. « Mais la part de la bio dans les courses alimentaires des Français reste stable à 6,63 % », rappelle l’Agence Bio. Si ce décrochage fait couler beaucoup d’encre et suscite de l’inquiétude au sein des filières, c’est que les chiffres publiés début 2022 concernaient surtout la grande distribution, qui réalise la moitié du chiffre d’affaires de la bio. « Mais ils ne reflètent pas l’ensemble du marché, tempère Laure Verdeau. La bio se vend dans une diversité de circuits, soit six débouchés, que nous avons regardés de près. »

 

Hausse de 8 % de la vente directe en ferme

Alors que les ventes en magasins spécialisés se contractent aussi, celles en vente directe en circuits courts, dans 26 000 fermes françaises, affichent une hausse de 8 %, avec une part de marché de 11 %. Celles chez les artisans-commerçants augmentent de 5,8 %, représentant 7 % des achats bio. La restauration hors domicile progresse de près de 21 %, elle ne compense pas le recul global du marché. « Malgré ce coup de frein sur la consommation, la bio démontre que le secteur reste résilient dans un contexte alimentaire bousculé, estime l’Agence Bio. Nous espérons dans l’application de la loi Egalim atteindre 20 % de bio dans les cantines. » Avec environ 80 000 cantines et 180 000 restaurants introduisant le bio en France, « la restauration demeure un relais de croissance majeur pour le développement du bio. Chaque restaurateur doit se mobiliser pour augmenter la part de produits bio dans les menus proposés aux clients ».

 

En savoir + : Agence Bio

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