La bio, en route vers le monde d’après

[Édito du Biofil 129 – mai-juin 2020]

 

Que de bouleversements depuis le dernier numéro ! Mille excuses d’abord pour ce retard de parution, mais comme tout un chacun, nos vies ont été bouleversées depuis le 16 mars. Cette crise sanitaire mondiale exceptionnelle révèle notre fragilité, met en lumière les inégalités, titille nos peurs, remet en cause nos certitudes mais elle stimule aussi notre capacité d’adaptation, de rebond, de créativité et de solidarité… Merci à tous ceux, abonnés, partenaires, annonceurs, qui nous soutiennent !

En diffusant une newsletter spéciale chaque semaine dès le début du confinement, pour renforcer le lien avec nos lecteurs, Biofil tient à accompagner au mieux la filière bio. En cette période de crise, garder le fil en temps réel est indispensable. Et le numérique, quoi qu’on en dise, a joué un rôle stratégique.

Résiliente, la filière bio étonne par sa réactivité et son agilité à répondre de façon dynamique et positive à cette situation inédite. Dans les fermes, rien ne s’est arrêté : les animaux et les cultures, semis et récoltes, n’attentent pas. Au contraire. Réseaux et plateformes internet se sont mis en branle, initiatives facilitées grâce au maillage déjà très fort des organismes bio à travers les territoires. Agriculteurs et éleveurs, accompagnés des chambres d’agriculture, gab, frab, cab, civam, amap, coopératives, groupements de producteurs, magasins spécialisés, associations de consommateurs, tous se sont mobilisés pour nourrir tous les confinés.

Cette effervescence d’énergies sur le terrain, en réorientant les productions bio – légumes, fruits, viandes, charcuteries, farines, boissons, etc. – vers les particuliers via les drive, livraisons, marchés fermiers, points de vente de producteurs… a même dopé l’activité. Dans certains secteurs, en pains, farines en sachets, œufs, produits frais…, les croissances ont atteint des sommets.

Si d’autres filières, comme celles des viandes destinées à la restauration collective, commerciale ou scolaire, les fromages à pâte pressée ou le vin et la bière, ont beaucoup plus souffert, la solidarité reste de mise. La bio prouve encore et toujours qu’elle répond à un besoin profond de la société : la réassurance dans des produits sains, non polluants, locaux et éthiques. En visant la souveraineté alimentaire.

C’est une réalité : les crises sanitaires sont un tremplin pour la bio, et aussi pour renforcer la prise de conscience écologique. L’occasion aussi d’entendre une foule de vœux pieux sur “le temps est venu”, et autres messages d’espoirs. Tant mieux si cette épidémie fait progresser les mentalités. Mais n’oublions pas que depuis plus de trente ans, l’agriculture bio mène ce combat et s’organise, jour après jour, pour offrir des aliments respectueux de notre planète et de ses habitants. Dans une démarche de progrès. Les nouveaux labels bio et équitables qui fleurissent ce printemps, les débats pour une nouvelle Pac plus verte et une réglementation bio plus exigeante prouvent que rien n’est jamais acquis.

 

Christine Rivry-Fournier

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