Inra de Mirecourt : 10 ans d’expérimentation en élevages laitiers bio et autonomes

Depuis 10 ans, l’Inra mène des recherches à Mirecourt (Vosges) sur deux systèmes de polyculture-élevage bovins laitiers conduits en agriculture biologique, dans une logique d’autonomie. Le bilan de cette expérimentation a été dévoilé fin novembre  2014 lors d’un événement rassemblant des acteurs du monde agricole, avec des visites organisées pour les agriculteurs et techniciens.

Depuis dix ans, l’équipe Inra Aster-Mirecourt gère les 240 hectares de son domaine expérimental en agriculture biologique.

Depuis dix ans, l’équipe Inra Aster-Mirecourt gère les 240 hectares de son domaine expérimental en agriculture biologique.

François Houllier, Pdg de l’Inra, a participé le 19 novembre au séminaire, qui présentait les acquis de ce dispositif au long cours, démarré en 2004. Ceux-ci démontrent que conduire des systèmes agricoles autonomes ayant très peu recours aux intrants et préservant la biodiversité est possible tout en maintenant une rentabilité économique élevée. Grâce aux échanges entre agriculteurs, techniciens et chercheurs et aux recueils d’expérience,chacun peut bénéficier de « cette pépinière d’idées en matière de gestion autonome des élevages« , commente un producteur en visite sur le site.

 

Une conception pas à pas

En cours depuis 2004, ce dispositif expérimental de l’unité de recherche Aster (Agro-Systèmes Territoires Ressources) du centre Inra de Nancy-Lorraine suit deux systèmes laitiers bio, l’un herbager et l’autre en polyculture-élevage. Il concerne 100 vaches laitières et leurs suites (140 génisses pour le renouvellement des troupeaux) menées sur 240 hectares en terres assolées et prairies permanentes. Les principes adoptés consistent à valoriser l’hétérogénéité du milieu, maximiser la surface cultivée pour l’alimentation humaine, limiter les pertes d’éléments et limiter le plus possible l’usage des intrants.

Unité INRA SAD ASTER Mirecourt - systèmes expérimentés

Pour cette expérimentation grandeur nature, les chercheurs de l’Inra ont adapté, au fur et à mesure du temps, la conduite des deux systèmes agricoles en intégrant progressivement de nouvelles ambitions sur la qualité de l’eau, de l’air, sur la préservation des diversités végétales, puis animales, etc.

Une autre sortie originale de ce travail est la mise à jour des ressources mobilisées par les techniciens expérimentateurs et leur capacité d’invention pour faire fonctionner les systèmes en réponse aux fluctuations locales de l’environnement et pour résoudre les problèmes rencontrés.

Maximum d’autonomie

Ces recherches  sont devenues une vitrine des pratiques innovantes pour une agriculture en autonomie extrême.

Ces recherches sont devenues une vitrine des pratiques innovantes pour une agriculture en autonomie extrême.

Cette expérimentation « système » a débouché sur des niveaux d’autonomie des systèmes agricoles très élevés concernant les engrais, pesticides, le fioul, l’alimentation du bétail…

Afin d’optimiser la production en fonction du potentiel des sols, une analyse préalable des territoires a permis de définir les zones dédiées aux cultures et celles aux prairies. Un suivi de populations de carabes et d’adventices a montré que la biodiversité est préservée et est mobilisée comme une ressource pour l’agriculture (services écosystémiques).

Les deux systèmes sont respectueux de l’environnement, les émissions des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et les pertes d’azote dans l’eau sont faibles.

Enfin, leur rentabilité économique  est plus élevée que lors des années où le domaine était en agriculture conventionnelle : le produit brut a augmenté (+25% sur 10 ans) et les charges opérationnelles ont été divisées par deux, notamment grâce à la réduction des achats d’intrants.

Une expérimentation proche du terrain

Plutôt vendre les vaches qu’acheter du fourrage, répondre aux besoins en paille et pouvoir produire du fumier, sont les maîtres mots pour gagner en autonomie.

Plutôt vendre les vaches qu’acheter du fourrage, répondre aux besoins en paille et pouvoir produire du fumier, sont les maîtres mots pour gagner en autonomie.

Plus que des chiffres et des références, ce sont les savoirs et savoir-faire construits par les expérimentateurs dans le processus de changement qui sont au cœur des échanges avec les agriculteurs intéressés par une transition vers des systèmes économes en intrants. « Produire à partir de ce que l’on a », tel est le fil conducteur de ces échanges focalisés sur les informations, observations, matériels, outils, essais,…

Depuis 2007, près de 800 agriculteurs, élèves et autres acteurs du monde agricole, sont venus visiter et participer à des ateliers d’échanges des connaissances et des savoirs sur le site de Mirecourt.

Les résultats illustrent aussi en quoi une telle expérience de conception de systèmes agricoles dans un site expérimental de l’Inra constitue un dispositif pertinent d’appui aux transitions des exploitations vers une agriculture durable.

Valoriser les ressources internes

Fondés sur la valorisation des ressources internes des exploitations, ces systèmes présentent plusieurs atouts. Au plan environnemental, ils favorisent le maintien de la fertilité des sols par l’introduction de plantes légumineuses dans les successions culturales et l’utilisation raisonnée des effluents d’élevage ; ils limitent également la consommation de pesticides par la diversification des successions culturales.

Au plan économique, ils permettent la mise en place d’économies de gamme dans les exploitations ; les engrais et aliments pour le bétail sont directement produits sur place. La diversification des produits vendus présente une diminution du risque face à la volatilité des prix.

Enfin au plan social, ces systèmes autonomes génèrent une valeur ajoutée supérieure dans les territoires ruraux, synonyme d’une création d’emplois localisés. Ces systèmes relèvent de l’agro-écologie sur le plan du fonctionnement agronomique et écologique.

Plus d’informations : Inra Aster-Mirecourt

 

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