Filière laitière : contrats en discussion

Depuis le mois d’avril, chaque producteur de lait bio a reçu un contrat envoyé par sa laiterie. La filière souhaite bénéficier de contrats collectifs reconnaissant les spécificités bio.

La contractualisation, inscrite dans la loi de modernisation agricole (LMA), impose désormais des contrats de cinq ans. Chaque laiterie a envoyé le sien à ses apporteurs. Jeune productrice installée en Ile-et-Vilaine, Bénédicte Clermont en a reçu un. Elle regrette que ne soient pas reconnues les spécifi cités du bio. Membre d’une des associations de producteurs constituées l’an dernier par bassin de collecte, pour discuter avec les laiteries, elle ne l’a pas signé, tout comme ses collègues, pour se donner le temps de la réfl exion, et ce, au niveau national. Des accords sont espérés d’ici la prochaine campagne.

Des points en suspens

Bénédicte Clermont, productrice de lait bio.En Gaec avec ses parents (en bio depuis 1999) et un autre associé, situé à Noyal-Chatillon-sur- Seiche, près de Rennes, Bénédicte est installée depuis trois ans. Collectée par Lactalis, “la ferme des prés verts” – et son cheptel de 98 normandes sur 108 ha – mise sur le pâturage. Elle vend également son lait en direct à 70 familles et en restauration collective.

“Le contrat qui nous a été envoyé mentionne une prime bio de saison, de 65 à 125 euros, qui s’ajoute au prix de base conventionnel”, explique Bénédicte Clermont, collectée par Lactalis. Des données qui équivalent à un prix annuel de 430 euros/1 000 l. “En cas de force majeure, la laiterie peut ne pas collecter, mais le lait doit être payé et le contrat doit le stipuler, ajoute-t-elle. De plus, nous regrettons qu’il n’y ait pas mention de prime exceptionnelle en cas de baisse du prix conventionnel.” Si les relations sont plutôt bonnes avec Lactalis, reconnaît Bénédicte Clermont, les producteurs bio attendent des contrats spécifiques. “Ceux proposés sont parfois purement conventionnels, avec une annexe sur le bio, voire sans référence aucune, constate Claire Touret, chargée des filières à la Fnab. Nous travaillons sur un préambule pour faire reconnaître les spécificités bio”. Services rendus à l’environnement, surcoûts, lien plus marqués aux conditions pédoclimatiques : l’idée est que les contrats comportent des clauses, notamment sur les volumes et le prix. “Il s’agit de prendre en compte les coûts moyens réels de production”, ajoute François Dufour, éleveur en Basse- Normandie (lire aussi p. 17), qui considère qu’avec son collecteur Triballat, les “discussions sont respectables et constructives”.

Contrats collectifs

Loïc Dété, directeur de Biolait

Les producteurs veulent d’abord des contrats de base collectifs. “Ils doivent être acteurs de la filière, nous les encourageons à se regrouper”, précise Claire Touret. D’où la création d’une dizaine d’associations ou de syndicats de ventes depuis l’an dernier, bases de discussion avec les laiteries ; une démarche d’autant plus cohérente que la législation sur les organisations de producteurs (OP) est en cours. Le projet est d’aboutir à une gestion partenariale des volumes, dans un contexte de croissance et de fi n des quotas programmée. “Le prix est rémunérateur aujourd’hui, mais nous voulons garantir l’avenir”, ajoute Claire Touret. “Les producteurs ont intérêt à défendre un contrat collectif, surtout dans les bassins laitiers, renchérit François Dufour. Ce qu’il ne faut pas, c’est une mensualisation des livreurs. La vache n’est pas une machine.” Le texte législatif européen sur les OP, qui doit sortir en fi n d’année, pourrait faire avancer le débat.

Frédéric Ripoche
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