Désherbage du maïs : initiation au mécanique par les bio

Après cinq années de recherche menées avec 80 agriculteurs bio et conventionnels, le réseau Gab/Frab a créé Opti’maïs, un outil d’aide à la décision sur le désherbage alterné du maïs.

Ce programme de recherche avait pour objectif de déterminer à partir de quelle densité les principales adventices du maïs devenaient concurrentielles et quelle était la baisse du rendement associée à cette compétition. À l’aide de ces résultats, l’objectif secondaire était d’optimiser le désherbage mécanique des parcelles de maïs”, explique Yann Jaffré, coordinateur d’Agrobio35, à l’origine de la recherche. “L’intérêt pour l’agriculture bio est triple : permettre à des agriculteurs qui ne sont pas encore prêts pour un changement total de mode de production de faire rentrer sereinement un outil mécanique dans la parcelle, diminuer les pollutions externes, augmenter le nombre et la diversité des outils mécaniques sur le terrain”, renchérit Gaëtan Johan, technicien en productions végétales à Agrobio35.

La bineuse d’abord

En février dernier, à Plérin, dans les Côtes d’Armor, le réseau Gab/Frab a lancé, en présence d’animateurs de bassins versants et de techniciens du réseau bio breton, une campagne de promotion du désherbage alterné. “La technique classique proposée aux agriculteurs conventionnels est de traiter leurs parcelles puis d’opérer des passages à l’aide de la bineuse, explique Charles Souillot, technicien en productions végétales au Groupement des agriculteurs bio des Côtes d’Armor. Avec Opti’maïs, la démarche est inverse, s’appuyant d’abord sur le désherbage mécanique. Le rattrapage chimique n’est alors qu’une béquille de dernier recours”. En pratique, Opti’maïs est composé de fi ches techniques qui reprennent les bases de l’agronomie (rotations, semis, etc.) et présente le machinisme disponible (houe rotative, herse étrille, bineuses, désherbeur thermique). Un carnet de notation permet à l’agriculteur de réaliser luimême ses observations sur les parcelles et de prendre la bonne décision d’intervention (ou non).

Et ça marche. Parmi les 80 agriculteurs qui ont participé aux recherches, une dizaine pratique aujourd’hui un désherbage 100 % mécanique “et certains ont même franchi le pas de la bio”, assure Yann Jaffré. “En 2008, nous avons constaté que 25 % des parcelles avaient été entièrement désherbées en mécanique sans perte économique”, ajoute-t-il. Tout au long de l’année, 2 000 guides vont être distribués gratuitement, en Bretagne, à des producteurs conventionnels ainsi qu’à des animateurs de bassins versants, et des formations leur seront proposées. Au-delà du transfert de compétences aux agriculteurs conventionnels, “cet outil est vraiment précurseur en bio”, affi rme Charles Souillot. “L’étude des seuils de nuisibilité des adventices va être menée sur d’autres cultures : la betterave, la carotte, les grandes cultures.”

Virginie Jourdan SymBIOse (Mensuel des agriculteurs bio de Bretagne)

Paru dans Biofil N° 70 – Mai-Juin 2010

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