Bretagne : conversions futures, quelles stratégies d’accueil ? (B69)

Le 23/04/2010 à 8:31 par La Rédaction


 L’assemblée générale de la Frab, qui s’est tenue le 16 mars à Trémuson, dans les Côtes d’Armor, a servi de cadre à une réflexion de fond sur l’avenir de la filière biologique bretonne.

Rappelons que l’année 2009 a été marquée par l’arrivée en masse de conversions ; fin 2008, on recensait 129 nouvelles exploitations bio en Bretagne. “De 2009 à 2011, la collecte de lait devrait augmenter de 40 %, celle de légumes de 30 % cette année”, appuie Ivan Sachet, chargé de mission Commercialisation à la Frab. S’il y a de quoi se réjouir, cette augmentation des volumes oblige à dénicher rapidement des débouchés supplémentaires. Pour débattre des moyens d’accueillir les nouveaux bio sans déstabiliser leur filière, les organisations de producteurs bio bretonnes ont fait part de leur mode de fonctionnement et de leurs sentiments en lait, légumes, pommes de terre, céréales, viande et œufs.

Ouvrir la porte aux expé conventionnels ?

L’Association des producteurs de fruits et légumes biologiques de Bretagne (APFLBB) est face à un choix éthique et stratégique de taille. Depuis toujours, elle travaille avec des expéditeurs 100 % bio. Or, comment accueillir les producteurs en passe d’adhérer à l’APFLBB – une dizaine représentant + 30 % des volumes – sachant que Pronatura et la SARL Poder confient un tassement de leur progression. Dans le même temps, des expéditeurs conventionnels, soucieux de proposer une gamme bio à leurs clients, sollicitent l’APFLBB. La question de la contractualisation et de la traçabilité se pose également. Même débat au sein d’Aval Douar Beo – OP Pommes de terre bio – comme le rapporte Cyrille Menier, président de la SCIC Douar Den. Pour éclairer leurs choix, un représentant de Biolait témoigne sur ce sujet de la mixité. “80 % des producteurs de lait bio sont collectés par des collecteurs mixtes, explique Christophe Baron, producteur de lait dans le Morbihan. De plus, on ne travaille qu’avec des transformateurs mixtes car les unités de transformations spécialisées en bio demeurent artisanales”.

La commercialisation dans le cadre d’une OP se heurte aussi à une autre difficulté, réglementaire cette fois. Pour l’heure, la loi limite à 5 % des volumes la vente depuis la ferme à un détaillant, à savoir une cantine, un expéditeur ou un magasin. Or, des demandes existent qui ne peuvent être honorées, confirme Laurent Le Mezel, légumier et céréalier dans le Finistère.

Préférence nationale

Ces expéditeurs mixtes ne cachent par leur intérêt pour la provenance française des marchandises, mais ils doivent s’aligner sur les valeurs des OP, à commencer par la contractualisation. Pratiquée dans nombre de filières, elle est très forte en lait : “50% de nos volumes sont contractualisés à 5 ans auprès des transformateurs”, déclare Christophe Baron, adhérent à Biolait. Cet engagement va de pair avec une planification de la production, point sur lequel travaille d’arrache-pied la Sica Bretagne Viande Bio qui prévoit de “planifier à 2 mois”, comme l’indique Daniel Bronsard, son président. Cet effort est d’autant plus aisé quand l’approvisionnement se relocalise. Exemple avec les Greniers bio d’Armorique (800 tonnes de céréales bio en 2009), une OP qui doit en partie sa naissance à la demande d’achalandage régional de la part de l’entreprise Céréco.

Accompagner les nouveaux arrivants

Cyril Meunier insiste sur la nécessité de “bien évaluer la demande en produits bio avant d’accepter de nouvelles conversions.” De son côté, Henri Thépaut, ancien président de la Fnab, rapporte que certaines chambres d’agriculture appâtent avec les primes afin de motiver les agriculteurs en difficulté financière à se convertir. “Cela va complètement destabiliser le marché”, prévoit-il. Sans parler des désillusions chez ces exploitants initiés trop rapidement aux principes de la bio. “On ne peut pas classer les futurs agriculteurs bio en bons ou mauvais candidats, réagissent certains. Chacun a ses raisons ;  les motifs économiques ne doivent pas être stigmatisés. A nous et aux structures compétentes d’accompagner étroitement tous les candidats potentiels”. En conclusion, l’un des participants rappelle l’objectif de 20 % de bio dans la restauration collective d’ici 2020. En Bretagne, seul 2 % des cantines sont dans les clous. L’horizon est donc loin d’être bouché pour les nouveaux arrivants.

Gaëlle Poyade