Le biocontrôle a le vent en poupe !

3 jours de rencontres, 260 participants et 17 nationalités représentées: le colloque « Natural products and biocontrol »,  tenu du  24 au 26 septembre  à Perpignan, a fait salle comble. L’objectif de ces rencontres est largement atteint !

biocontrole_tomate «L’idée était de rassembler une population d’universitaires, d’instituts techniques et d’industriels internationaux autour des problèmes que soulève aujourd’hui le biocontrôle chez les agriculteurs», rappelle Cédric Bertrand, maître de conférences à l’Université de Perpignan Via Domitia et président d’une association d’universitaires et d’agents d’organismes techniques qui s’intéressent aux Pesticides Organiques d’Origines Naturelles (PO²N). Co-organisateur de cette seconde édition avec l’association  des fabricants de produits de biocontrôle en France, IBMA (International Biocontrol Manufacturers  Association), ce spécialiste estime que « le problème, c’est qu’on a mis la charrue avant les bœufs ». Selon lui, « on a vendu des produits phytopharmaceutiques de biocontrôle sans toujours comprendre comment ils fonctionnaient, ce qui n’a pas favorisé l’adhésion de tous ».

Explorer de nouvelles pistes

Pour en savoir plus, 140 industriels (Bayer, BASF, Goëmar, Koppert, etc.), 80 chercheurs (CNRS, Cirad, etc.) et 40 instituts techniques (Itab, Grab, etc.) de France, Belgique, Algérie, Inde… ont échangé sur des thèmes aussi variés que l’utilisation de micro-doses de sucres sur le carpocapse du pommier, l’intérêt de l’utilisation des huiles essentielles sur la bruche du haricot ou sur l’abondance de pucerons d’agrumes, l’amélioration de la croissance des plantules de piments par prétraitement des graines par extraits aqueux d’algues, etc. (1). Autant de pistes pour améliorer la gestion des cultures sans recours aux molécules chimiques (pour les conventionnels) et en respectant l’environnement. Et pour les bio, en sécurisant davantage leurs itinéraires techniques.

En marge des 32 conférences, 290 rendez-vous en « B to B » (Business to Business) auront sans doute permis l’émergence de nouvelles collaborations entre chercheurs et développeurs de nouveaux produits. Car « si les produits de biocontrôle restent encore peu nombreux sur le marché avec un chiffre d’affaires annuel de 100 millions d’euros, soit moins de 5% des produits de protection des cultures », pour Denis Longevialle, président d’IBMA France, « notre ambition est d’atteindre 15% du marché d’ici 2020 ».

Repenser la relation plante-insecte

Selon lui, trois leviers doivent contribuer à l’essor du biocontrôle au sein de la filière agricole : une législation favorisante − IBMA attend beaucoup d’une part des décrets et ordonnances pour appliquer la Loi d’Avenir et, d’autre part, de la révision du plan Ecophyto ; une recherche et une innovation qui enrichissent la gamme de produits ;  un accompagnement des utilisateurs, prescripteurs et agriculteurs car « le biocontrôle nécessite de penser différemment la relation plante-insecte. On est au début d’une nouvelle approche de la protection des cultures, qui va largement se développer. Il ne s’agit pas d’éradiquer les populations de ravageurs comme en agriculture conventionnelle mais d’assurer une bonne gestion des équilibres afin d’être en-dessous du seuil de nuisibilité pour les cultures ».

(1)    Les actes sont disponibles sur demande à contact@biocontrol2014.com

Anna Dupleix

Pour plus d’informations, lire le dossier complet sur le Biocontrôle dans Biofil 90

« Le biocontrôle n’est pas forcément bio !»

La terminologie« biocontrôle » peut induire en erreur, comme le souligne Jean-Claude Malet, expert référent national en acquisition de références et usages orphelins auprès de la DGAL : « Il faut que les agriculteurs restent vigilants car tous les produits issus du biocontrôle ne sont pas forcément homologables en agriculture biologique. En effet, les molécules naturelles sont souvent complexes et il n’est pas étonnant que, d’un point de vue toxicologique, elles posent problème. C’est pour cela qu’une évaluation reste nécessaire. Il faut rester lucide sur le côté naturel des choses », précise-t-il. Une étude en apidologie corroborait ces propos en établissant un lien entre l’action du thymol − substance naturelle utilisée comme acaricide (anti-varroa) − et la perturbation des récepteurs olfactifs et visuels des abeilles, qui pourrait avoir une part de responsabilité dans l’effondrement du cheptel apicole.

Les lipopeptides, en cours d’homologation

Molécules produites par les bactéries Bacillus, les lipopeptides ont confirmé leurs propriétés « anti » (anti-protozoaire, anti-biotique, anti-microbiens, anti-nématode) très prometteuses – déjà remarquées par Biofil en décembre 2013 (1) – lors des derniers tests réalisés par l’équipe du Professeur Philippe Jacques du projet Phytobio :« Les derniers tests, positifs et reproductibles sur la septoriose du blé, en cours sur la fusariose du poireau et à venir sur la tavelure du pommier et le botrytis de la vigne, nous amènent vers l’homologation ».

(1)    Biofil en ligne daté du 16/12/2013

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