La bio française poursuit sa croissance : + 9 % pour le marché, + 9 % pour la SAU certifiée

La bio française continue son essor : en 2013, les ventes de produits bio pour la consommation à domicile ont progressé de 9 % en valeur et 8 % en volumes, et les surfaces agricoles certifiées bio ont enregistré une hausse de 9% par rapport à 2012.

Lancement du Printemps Bio 2014 à la Villette par Jacques Martial, président du Parc et de la Grande Halle de la Villette, Etienne Gangneron, président de l'Agence Bio et Elisabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio

Lancement du Printemps Bio 2014 à la Villette par Jacques Martial, président du Parc et de la Grande Halle de la Villette, Etienne Gangneron, président de l’Agence Bio et Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio

Selon les dernières statistiques de l’Agence Bio, présentées le 28 mai lors du lancement du Printemps Bio à la Villette à Paris, le marché bio continue à grandir. Il atteint 4,56 milliards d’euros en 2013 : 4,38 Md € TTC (+ 9 %) issus de la consommation à domicile des ménages et 172 millions d’€ HT (+ 1,8 %) de la restauration collective. «La progression des achats bio se poursuit, grâce à une forte disponibilité de denrées bio de qualité et à la diversité des circuits de vente», analyse Elisabeth Mercier, directrice de l’Agence Bio.
Même si la bio n’atteint encore que 2,5 % du marché alimentaire total (contre 2,3 % en 2012), son évolution reflète une tendance de fond, «d’autant plus qu’un consommateur bio sur 4 a l’intention d’augmenter ses achats de produits bio», affirme l’Agence Bio. La marge de progression reste donc forte. Autre signe positif : la part des irréductibles fléchit. En 2013, 25 % des Français disaient ne jamais manger de bio contre 35 % en 2012.
La 11e édition du Baromètre Agence BIO/ CSA (1) le confirme donc : les Français n’ont jamais été si nombreux à opter pour des aliments bio. Désormais, près d’un sur 2 (49 %) mange bio au moins une fois par mois. Plus du quart des Français le fait chaque semaine et 9% tous les jours. Au total, les consommateurs réguliers (plus d’une fois par mois) et occasionnels (moins d’une fois par mois) représentent 75% de la population de plus de 18 ans. Ils disent choisir la bio d’abord pour « préserver leur santé » et pour « la qualité et le goût », ainsi que pour des questions de sécurité sanitaire et d’environnement.

La vente directe monte en puissance

Même si la part de la GSA (grandes surfaces alimentaires) perd du terrain par rapport aux autres circuits de distribution, elle reste néanmoins le 1er lieu de vente des produits bio : 46, 4 % du marché (2,035 Md € de CA et + 6,5 %) contre 48 % en 2012 et 49 % en 2011.
De leur côté, les magasins spécialisés renforcent leur présence, en réalisant 35,4 % de chiffre d’affaires bio (+ 8,8 %), renforçant encore leur position dans le monde de la distribution bio. Cette hausse concerne surtout les réseaux, au détriment des magasins indépendants dont le poids est en perte de vitesse. Quant aux artisans-commerçants, ils enregistrent aussi une poussée de leur CA de 14,5 %, due notamment à la percée des vins bio chez les cavistes.

La vente directe continue à monter en puissance.

La vente directe continue à monter en puissance.

« C’est la vente directe qui enregistre le taux de croissance le plus fort, en constante progression, passant de 16 % l’an dernier, à 17,2 %, avec une part de marché qui atteint 13,2 % contre 12 % en 2012», annonce Élisabeth Mercier. Un producteur bio sur deux vend en direct, et 10 % y trouvent la totalité de leur revenu. «L’innovation et la coopération entre acteurs engendrent des formes variées et innovantes de ventes directes, très stimulantes», décrit la directrice de l’Agence Bio. Ainsi, la création de magasins de producteurs ou de regroupements notamment via internet se multiplient pour répondre à tous les profils de consommateurs. « La recherche de la proximité est un facteur de plus en plus déterminant dans l’acte d’achat, analyse Élisabeth Mercier au regard des résultats du baromètre Agence Bio/CSA. Quant à l’argument prix, il perd du terrain. » En 2013, 66 % des consommateurs bio estimaient le prix être un frein pour leurs achats bio, contre 74 % en 2012.

Prix en faible hausse

La hausse en valeur de 9 % des achats bio par les ménages reflète, en moyenne, tous produits confondus, une progression des volumes de 8 %. « L’augmentation moyenne des prix n’a été que de 1 %, assure l’Agence Bio. Elle confirme une stabilité des prix de la bio depuis 2009, ce qui est attractif pour le consommateur, mais ne doit pas remettre en cause la rémunération du producteur, et la pérennité de son travail. » Certains produits sont même à la baisse : le lait (- 5 %), les produits laitiers (-1 %), les œufs (- 2 %), les boissons végétales (- 2 %), les jus de fruits et de légumes (- 2 %). D’autres au contraire affichent des hausses modérées : les volailles (+ 3 %), la viande bovine et ovine (+ 5 %), les fruits et légumes (+ 7 %)…

En 2013, ce sont les vins qui ont enregistré la plus forte croissance de leurs ventes, avoisinant + 22 %. En général, les boissons bio, dont les jus, sont très prisées (+ 17,1 %). Les produits de la mer progressent aussi de plus de 17 %, vendus surtout en GSA. Derrière la charcuterie-salaison (+ 9,6 %), suivent les fruits et légumes qui restent des produits phare en chiffre d’affaires avec une croissance en 2013 de + 9,2 %, l’épicerie salée (+ 9,1 %), l’épicerie sucrée (+ 8,6 %), le traiteur-surgelé (+ 7,4%)… En queue de peloton, après de très forts scores, le lait n’affiche plus que 1,6 % de croissance, en majorité vendu en GSA, et la viande d’agneau peine à développer son marché (+ 3 %).

75 % d’origine française

L’origine française reste un argument de taille pour la filière bio : les trois-quarts des produits bio sont issus des terroirs de l’Hexagone. Cela concerne les viandes bovine, porcine, ovine, la volaille, les œufs, le lait, les produits laitiers, les vins.
La valeur de la bio provenant de l’étranger a été évaluée à 25 %, au même niveau que l’an dernier. Il s’agit pour 44 % de produits exotiques non disponibles en France : thé, café, cacao, bananes, autres fruits…, sucre et spécialités étrangères. 22 % sont très peu disponibles sur notre territoire : riz, blé dur, produits aquacoles, agrumes, soja… «Pour pallier ces manques, des filières sont créées ou en cours de création, mais elles n’entrent en production que très progressivement », explique l’Agence Bio. 35 % des achats extérieurs concernent des compléments de gammes, en céréales ou fruits et légumes hors saison, ou jus de fruits et légumes…. « Le lait acheté hors frontière ne représentent plus que 1 % des volumes vendus, contre 8 % en 2012 et 25 % en 2010 », précise l’Agence Bio. En revanche, l’épicerie salée, sucrée, produits traiteur et surgelés restent encore très dépendants des achats extérieurs pour plus de la moitié de leurs chiffres d’affaires. Idem pour les produits de la mer-saurisserie-fumaison issus, pour plus de 80 %, d’autres pays de l’Union européenne et des Pays-Tiers.
Au total, le secteur bio affiche un déficit commercial de 300 M€, même si les exportations progressent (passant de 309 M€ en 2012 à 381 M€ en 2013), constituées pour 60 % de vins. « On devrait tendre vers l’équilibre ces prochaines années, notamment grâce aux vins bio qui ont le vent en poupe à l’étranger », souligne l’Agence Bio.

L’offre en phase avec la demande

En 2013, les surfaces certifiées bio ont augmenté de 9 % pour atteindre 931 675 ha, résultat de la vague de conversions de 2010. Fin 2013, les surfaces en conversion étaient de 129 892 ha, dont 66 000 ha en dernière année de conversion. Au total, ce sont 1 061 568 ha engagés en bio (+ 2,8 % vs 2012), soit 3,9 % de la SAU française. «En 2013, les capacités de production rejoignent les attentes du marché. Après une phase de conversion importante entre 2009 et 2011 qui a permis de réduire de manière substantielle les importations de produits bio, l’engagement en bio des surfaces et des animaux entre dans une phase de consolidation», estime l’Agence Bio.
Sur les 1000 producteurs qui ont stoppé leur activité en 2013, la moitié résulte de départs en retraite ou de regroupements de structure. Les autres sont des déconversions, liées à de multiples raisons, qui n’affectent pas l’élan global de la bio.
D’ailleurs, sur les quatre premiers mois de 2014, la tendance à un regain de conversions se dessine, avec 39 000 ha et 1 057 producteurs engagés supplémentaires, pour une surface totale bio et conversion de 1,1 millions d’hectares. La France confirme ainsi sa 3e place des pays bio dans l’Union européenne après l’Espagne et l’Italie, devant l’Allemagne.

Une construction sans rupture

Etienne Gangneron, président de l'Agence Bio et Elisabeth Mercier, directrice.

Étienne Gangneron, président de l’Agence Bio et Élisabeth Mercier, directrice.

« Cette évolution de la bio à la française assure une croissance sans rupture, qui prend son temps pour construire durablement les filières et répondre à la demande des consommateurs », commente Etienne Gangneron, président de l’Agence Bio au titre de l’APCA. Cet intérêt qu’ont les consommateurs nous encourage à poursuivre nos efforts. » En France, le dispositif d’aides, constant depuis 15 ans, assure une visibilité qui stimule le changement des pratiques. « Toute la profession se mobilise pour relancer les conversions ralenties par un manque de visibilité lié à la mise en place de la nouvelle Pac », poursuit le président. En effet, la période de transition entre l’ancien et le nouveau dispositif de la Pac pour des engagements en 2014 est plus rassurante, et favorise la reprise des conversions.

Défense de l’aide au maintien

Pourtant une ombre plane sur l’avenir de la bio : « Si le plan Ambition Bio 2017 conforte ce soutien à la bio grâce à une série de mesures positives, la situation reste préoccupante quant à la pérennité des aides au maintien », s’inquiète Étienne Gangneron. Ces aides au maintien, obtenues en 2010, constituent un soutien indispensable aux producteurs qui prennent des risques, car pionniers sur des pratiques poussées de protection de l’environnement et de la santé. Les aides à la bio, désormais incluses dans le 2e pilier de la Pac (Fonds européen agricole pour le développement rural-Feader), sont entre les mains des Régions. « Il serait incongru qu’il y ait une rupture dans la dynamique de la bio, en créant des discriminations entre producteurs et entre régions. »
Alors que les aides à la conversion sont acquises, cette inquiétude sur l’avenir des aides au maintien a fait l’objet d’un courrier commun signé par la Fnab, l’APCA et Coop de France, adressé fin avril au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, et au président de l’association des régions de France, Alain Rousset. Toutes les familles professionnelles de la bio se mobilisent au plan national et dans les Régions pour défendre la pérennité de ces aides. Le Printemps des Territoires qui se tient demain 3 juin à Paris, leur donne l’occasion de faire entendre leur voix pour trouver des solutions.

Christine Rivry-Fournier

(1) Le 11e baromètre s’appuie sur 2 études quantitatives : une face à face à domicile sur un échantillon de 1019 personnes représentatives de la population française, et une enquête online auprès de 1000 personnes.

 www.agencebio.org

 

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