Aquitaine, Midi-Pyrénées : les nouvelles perspectives du soja “alimentation humaine”

Jean-James Garreau, fondateur de l’entreprise de transformation Le Sojami.

Symbole d’une filière soja bio dynamique, l’entreprise de transformation Le Sojami vient d’emménager dans un nouveau bâtiment, à Agen, en Lot-et-Garonne, sur le site de l’Agropôle.

Dit “pilote”, ce dernier est éco-durable, et bénéficie des dernières innovations environnementales. “Une telle usine, j’en rêvais, aux débuts du Sojami. Et maintenant, voilà que c’est fait”, se félicite Jean-James Garreau, le fondateur de l’entreprise qui, avec ce bâtiment de 1 000 m2 (contre 400 m2 auparavant), va devoir trouver une nouvelle rentabilité. Projet de 1,4 million d’euros, financé par la région Aquitaine et le département du Lot-et-Garonne à hauteur de 30 % du montant total, et par Agropole Entreprises pour les 70 % restants, il intègre des panneaux solaires photovoltaïques, un système de récupération des eaux pluviales, des bardages bois, une chaudière vapeur mixte gaz/biomasse, une gestion technique centralisée du froid, etc.

Les produits à base de soja lactofermenté du Sojami sont fabriqués dans un bâtiment « pilote », à la pointe des innovations environnementales.

Nous avons de bonnes perspectives pour l’avenir. Notre force, c’est notre produit qui est très innovant.” Les produits du Sojami sont uniques, car fabriqués à base de soja lactofermenté, une recette originale et brevetée par Jean-James Garreau. Les graines de soja proviennent à 100 % du sud-ouest… ou plutôt, le lait de soja, car l’entreprise ne dispose pas – pas encore ? – d’une unité pour transformer la graine en lait. “Un tel outil n’a rien d’évident, explique le responsable de l’entreprise. Il faut veiller à enlever l’amertume de la graine de soja que le consommateur français, contrairement à celui d’autres pays, n’aime pas du tout. Pour l’heure, nous n’avons pas ce savoir-faire.”

Une filière fragile

Le Sojami se fournit donc en lait de soja auprès de Nutrition et Nature, basée à Revel en Haute-Garonne. “Nous avons construit une filière soja bio de proximité dans le sud-ouest, relate Bernard Storup, son directeur. Notre producteur le plus éloigné est à 150 km de chez nous. Nous avons eu recours à l’importation de rares fois en 30 ans, lorsque la production nationale n’était pas suffisante. Mais depuis 12 ans, nous n’avons rien importé.”

Même si Bernard Storup n’entrevoit pas actuellement de difficultés au niveau du marché, il reconnaît que “la progression est moins importante qu’avant”. En cause notamment, la concurrence étrangère, qui “est très forte maintenant, notamment sur le lait de soja à base de graines d’importation de Chine ou d’Amérique du Sud : cela donne une grosse pression sur les prix. Il faut se démarquer, rien n’est acquis et la filière reste fragile.” Aujourd’hui, Nutrition et Nature écoule 4 000 tonnes de soja par an (pour les produits Nutrition et Nature). “Notre développement a été régulier mais la culture du soja est mise en concurrence avec d’autres cultures, certaines années, selon les prix. Ceci dit, le soja reste un incontournable dans les assolements.

Du côté d’Agribio Union, en 2011, le soja a concerné 230 producteurs. “Jusqu’à maintenant, nos surfaces en soja bio ne bougeaient pas, raconte Nicolas Lecat, directeur de la coopérative. La disponibilité des terres pour ce type de culture restait limitée. Mais 2011 marque un tournant, estime-t-il. Ce n’est pas non plus un hasard ; nous avons un savoir-faire développé depuis 20 ans pour le soja alimentation humaine.” Ainsi, en 2011, Agribio Union a ramassé 5 000 tonnes de soja bio et 2 300 tonnes de soja C2 : c’est sur ce dernier chiffre que réside la nouveauté et les perspectives de développement. Avec pour objectif “de faire entre 10 000 et 12 000 t de soja bio à échéance 2013”. Alors, s’il est vrai que “la croissance est ralentie sur le marché français”, comme l’affirme lui aussi Nicolas Lecat, Agribio Union vise désormais l’export, avec une priorité donnée au soja alimentation humaine.

 Se démarquer

Pour avancer, notamment sur le plan technique, l’association Sojadoc réunit les différents partenaires du soja dans la région. Des actions sont menées tous les ans, sur l’amélioration des variétés, les teneurs en protéines, l’adaptation aux conditions bioclimatiques du sud-ouest, les techniques culturales, l’amélioration des techniques de stockage et de manutention, le tri et le nettoyage des graines… “Nous avons aussi acheté du matériel d’analyses des taux de protéines, relate Bernard Storup. Et puis, à partir de 1997-1998, nous avons vraiment travaillé sur une filière non OGM avec un cahier des charges plus rigoureux. Nous réalisons des analyses PCR sur les résidus OGM, sur la totalité des semences qui vont être semées (semences certifiées et semences de ferme), analyses à la récolte (1). C’est la première filière non OGM en Europe. Tout cela, c’est notre intérêt et celui des producteurs de soja.”

Myriam Goulette

(1) semences : absence de traces au seuil de 0,01 % / récoltes : seuil 0,1 %

 

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