Aquaculture : Micro filière pour macro algues bio

Inscrite dans le règlement bio européen, la production d’algues bio a démarré en France. Inter Bio Bretagne (IBB) coordonne la structuration de cette filière naissante, la majorité des acteurs se situant sur les côtes bretonnes. La certification a démarré le 1er juillet 2010.

“Les cultures d’algues produisent 70 % de notre oxygène et absorbent le CO2, ce sont de grandes frayères naturelles, des forêts vierges où la chaîne alimentaire se reconstitue d’elle-même”, affirme avec force Jean-François Arbona qui, tout comme sa compagne Magali Molla, est un algoculteur passionné.

L’algue est récoltée depuis des siècles à l’état sauvage. Son utilisation a évolué au fil des avancées scientifiques, dans l’alimentaire, les cosmétiques, la pharmacie, l’industrie, l’agriculture… Riche en vitamines et oligoéléments, ses qualités nutritives ne sont plus à démontrer.

Si sa consommation est courante dans les pays asiatiques, elle reste encore confidentielle sous nos latitudes, mais séduit de plus en plus. Près de 67 000 tonnes d’algues ont été récoltées en 2009 en Bretagne, une des premières régions productrices d’Europe (2).

Les professionnels misent sur la certification bio, désormais possible, mais les critères d’obtention sont complexes, notamment sur la question du classement des eaux. Si, en Espagne, la procédure est déjà opérationnelle, en France, elle peine à s’étendre. En attendant, des algues bio sont importées de pays hors Union (Chine, Argentine, Chili…), parfois à des prix défiant toute concurrence.

Seules les macros algues, de culture ou sauvages, entrent dans le champ d’application du règlement bio européen. En Bretagne, l’algue sauvage, dite algue de rive, est le domaine d’une cinquantaine de professionnels et près de 500 “occasionnels”. La création d’une filière bio devrait accentuer la professionnalisation du secteur.

Des critères d’éligibilité drastiques

Selon le cahier des charges, un site de production doit être classé en bon état chimique, écologique et sanitaire ; notre matériel est recyclable ou réutilisable ; on n’utilise ni intrant, ni fertilisant ; la peinture du bateau n’est pas nocive ; et nous travaillons moteur arrêté”, énumèrent Jean-François Arbona et Magali Molla, de C-Weed Aquaculture, algoculteurs installés sur l’estuaire de la Rance, près de Saint-Malo, en zone Natura 2000. Ils y cultivent le wakamé, algue brune alimentaire de la famille des laminaires.

Ils sont les premiers en France à avoir obtenu la certification bio, il y a tout juste un an. “Nous sommes ici en zone aquacole et nous n’avons rien eu à changer à notre mode de production”, précise le producteur, en remontant de l’eau les algues qu’il récolte chaque année en mai. Le site de culture de 12 ha est en effet conforme aux critères de l’Inao (3), en charge de l’application du cahier des charges bio, notamment via la rédaction du guide de lecture français. Il cumule un bon état chimique de l’eau et un bon état (ou très bon état) écologique selon les classements de la Directive Cadre sur l’eau (DCE). De plus, il bénéficie du classement en zone conchycole A ou B. Or tous les sites de récoltes bretons ne sont pas logés à la même enseigne. La DCE considère en effet des zones globales : “Pour l’Agence de l’eau qui en a la charge, il est difficile de faire du sur mesure, alors un seul critère peut déclasser une zone entière, c’est un vrai casse-tête”, estime Michaël Böhm, coordinateur du programme Algmarbio à IBB. Autre frein, une grande partie des sites de récolte d’algues n’est pas située en zone conchylicole.

Lever les obstacles

Vingt-six analyses effectuées sur une durée de 13 mois sont nécessaires au classement d’une zone en conchyliculture (règlement CE 854/2004), pour un coût d’environ 20 000 euros. (…)

Frédéric Ripoche

Retrouvez l’intégralité de cet article dans Biofil n° 78.

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