Ruée sur l’or bio

(Édito – Biofil n°122 – mars-avril 2019)

(crédit : Pablo Boris Debat)

Mac Do monte en puissance – tambour battant –, déclare vouloir proposer ses glaces en bio et s’engage avec Biolait ; Danone fonce, conjugue bio et agriculture régénérative, notamment via sa gamme Blédina – en plus de Les 2 vaches –, et s’enorgueillit d’avoir versé les 5 millions récoltés lors de son “green day” à 300 projets favorisant sols, emploi et bien-être animal ; Fleury-Michon déballe sa stratégie pro-bio, avec les éleveurs de Vallégrain… Voici quelques exemples de la ruée des mastodontes de l’agroalimentaire sur l’or bio. L’appel du marché français, avec sa croissance à deux chiffres – pour atteindre 9 milliards en 2018, soit 4,5 % de l’alimentaire –, est en train de bouleverser les bases de la filière.

La bio s’emballe, et ses historiques se mobilisent pour garder la main. Au cœur des instances bio, Agence Bio, Fnab, Itab, Coop de France, Synabio, Intercéréales, chambres d’agriculture, on réexplique les fondements de ce mode de production, en alertant sur les risques de dérives. Attention, la bio n’est pas un copier-coller du conventionnel sans pesticides ni engrais de synthèse ! Et la juste rémunération des producteurs et la contractualisation sont essentielles. Car même si la loi Egalim en impose le principe, les négociations restent sensibles. Les vieilles habitudes commerciales sont tenaces. Pour les contrer, le mieux est d’allier bio et commerce équitable d’origine France.

Car la tentation d’industrialiser et de conventionnaliser la bio est forte. Ce n’est pas nouveau, mais peut-être le phénomène s’accentue-t-il, avec ces nouveaux acteurs débarqués de structures conventionnelles, pour partir à l’assaut du marché bio. Or la question est de savoir où commence l’industrialisation ? Comment la définir et la limiter ? Ce, tout en gardant la volonté de faire croître les surfaces bio. Le nouveau règlement européen 848/2018, paru en juin dernier, et dont les actes délégués sont en cours d’élaboration, pourrait apporter des réponses. Et il le fait bien sûr, en réaffirmant les principes stricts de ce mode de production. Mais il pourrait aller encore plus loin. En limitant par exemple la taille des élevages, notamment de pondeuses. En imposant un ratio surface et emploi, haies, rotations…

En France, le Cnab – comité national de l’agriculture bio – de l’Inao vient de définir la notion d’effluents industriels. Cette mesure répond enfin à une attente de la profession, soucieuse d’une bio crédible et cohérente. À partir du 1er janvier 2020, les élevages de porcs sur caillebotis ou grilles intégrales et ceux de volailles en cages seront considérés comme des élevages industriels. Leurs effluents seront donc exclus d’un épandage sur parcelles bio. Difficile de connaître l’impact réel de cette décision, mais elle va forcément faire émerger de nouvelles solutions, plus en phase avec les attentes sociétales. La bio est une démarche de progrès. L’objectif est d’en améliorer les pratiques, en défendant son éthique. Le nouveau baromètre de l’Agence Bio le confirme : les jeunes consommateurs, socle de la bio, sont très sensibles – plus que leurs aînés – à ces aspects.

Christine Rivry-Fournier

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