Les nourriciers, ces invisibles en première ligne

Pendant plusieurs nuits, des chaufferettes illuminent les vergers de poiriers pour sauver le maximum de fleurs. (©Luc Rivry)

Vous avez reçu le dernier Biofil, celui de mars-avril 2020, encore tout chaud, fabriqué au temps où le coronavirus n’avait pas encore infiltré nos angoisses, où le confinement n’était pas encore de mise et où le spectre des pandémies avait quasiment disparu de notre inconscient collectif. Une autre époque. Pourtant, c’était il y a à peine quinze jours.

Un cataclysme. Le monde aujourd’hui n’est plus le même : au front, les soignants, les livreurs, les caissières, les agriculteurs et bien d’autres… en sont les héros. Et ces femmes et ces hommes peuvent en être fiers. Ces invisibles sortis de l’ombre. Chacun en a conscience, et espérons que la mémoire des humains ne soit, cette fois, pas trop courte, pour éviter de répéter, encore, les erreurs commises.

La filière bio est aussi en première ligne : producteurs, transformateurs et distributeurs sont mobilisés pour nourrir la population. L’arrêt de la restauration collective, suivi de la suppression des marchés de plein vent sont des coups durs, car il faut réorienter les ventes pour éviter les pertes en produits frais et approvisionner les rayons : magasins de producteurs, distribution spécialisée ou GMS, plateformes numériques ou autres circuits innovants… Chacun est conscient des enjeux et des responsabilités du secteur agroalimentaire, avec le devoir de ne prendre aucun risque sanitaire pour tous les travailleurs fidèles au poste.

En même temps, la végétation est en pleine effervescence. Les cultures n’attendent pas : semis et plantations en grandes cultures, en maraîchage, ppam, conduite des fruitiers, de la vigne… Des récoltes démarrent en asperges, salades, radis… avec du personnel en moins. Dans les élevages, les mises bas et les soins quotidiens ne peuvent s’arrêter. Les usines d’aliments tournent à peu près normalement. Mais  avec les abattoirs en effectifs réduits, la filière s’inquiète. Que faire de l’agneau de Pâques, sans fêtes de famille ?

Nourriciers, les agricultrices et agriculteurs bio sont sur le qui-vive. C’est leur métier. Un métier stressant, quand il s’agit par exemple, en ce moment, de lutter contre le gel qui menace les fleurs des vergers de poiriers, pommiers, pêchers, abricotiers… et aussi les vignes en débourrement… Une végétation en avance de près de trois semaines dans certaines zones. Tous s’activent pour sauver les futures récoltes. Au risque parfois de ne pas assez se protéger pour éviter la maladie. Ce, par manque de masques, de tests, d’anticipation minimale de l’État…

Mais si le printemps 2020 est chargé d’angoisse, avec ce virus tueur qui menace chacun d’entre nous, il est aussi porteur d’espoir. Peut-être que les valeurs défendues par la bio depuis des années – respect de la nature et de la biodiversité, relocalisation et souveraineté alimentaire, équité et juste rémunération –, deviendront enfin une évidence pour tous. À l’échelle de la planète. La santé de la terre et des humains est la priorité. On peut encore rêver, même si l’heure est au pragmatisme. S’organiser, s’aider, soigner, cultiver, se protéger, consoler, guérir, et stopper cette pandémie ensemble.

Christine Rivry-Fournier

Tous les rendez-vous de ces deux prochains mois sont reportés.

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