Le changement d’échelle, défi de la recherche

[Édito du Biofil 132 – oct-nov-dec 2020]

 

(crédit : Einböck)

Après 20 ans de programmes successifs de recherche, l’Inrae met le turbo sur la bio. Métabio, son premier métaprogramme bio lancé l’an dernier, a l’ambition, sinon d’accélérer, tout du moins d’accompagner, ce changement d’échelle que personne n’ose plus nier. Encore faut-il savoir à partir de quels critères ou quels seuils parle-t-on de ce fameux changement ? Atteindre 6,1 % du marché bio et 8,5 % des terres l’atteste-t-il ?

Lors du colloque digital de Métabio, le 18 novembre, la question se pose (1). Pas de doute, une quinzaine de départements français affichent plus de 20 % de leurs terres agricoles en bio, quatre dépassent les 30 %, et certaines productions, notamment en fruits et légumes, ont un quart, voire un tiers de leurs surfaces en bio. Les conversions continuent, la demande sociétale est très forte. Surtout, comme le rappelle l’Inrae, on assiste à un changement profond de tous les maillons du système agroalimentaire, incluant les politiques publiques. Et les nouveaux arrivants n’ont pas forcément la même vision que les pionniers, ces militants qui ont porté le mouvement…

Pour mieux cerner les enjeux et impulser une nouvelle génération de travaux, en phase avec les attentes actuelles d’une filière en plein boom, Métabio mise sur des programmes transversaux, basés sur des approches interdisciplinaires. Son ambition est de les co-construire avec des partenaires diversifiés et de leur donner une envergure internationale. Le Pacte vert européen visant 25 % des terres agricoles en bio d’ici 2030, tombe à pic. Et ces questions motivent de plus en plus : 25 % des unités d’expérimentation de l’Inrae travaillent désormais sur la bio et 300 chercheurs (EPT) vont se mobiliser sur ces programmes durant sept ans à huit ans.

“La production bio devient majoritaire en France”, telle est l’hypothèse que Métabio explore : quels leviers sont à actionner ? quelles conséquences et quels risques en seront induits ? Et ce, sur les plans environnementaux, sanitaires, sociaux, économiques, et de politiques publiques. Le but est de mieux cerner les impacts, et les stratégies gagnantes et durables à mettre en place, au sein des territoires, cœurs battants du déploiement d’une bio relocalisée. Beaucoup d’initiatives sont déjà en cours, partout, portées par les multiples réseaux bio, si dynamiques, avec des approches si diversifiées. Comment les rendre encore plus cohérentes et pertinentes ?

Il faut faire vite, car la bio manque d’outils et de projections pour continuer à s’inventer et à se structurer : la base est de maîtriser le sol, d’abord par une régulation du foncier en luttant – c’est urgent – contre l’accaparement des terres, et aussi en assurant sa fertilité, pour cultiver des aliments sains et variés. Le tout, en réduisant le bilan carbone au maximum, et en trouvant des solutions face aux défis climatiques. Pour garder la confiance des citoyens, le changement d’échelle de la bio devra conjuguer, de l’amont à l’aval, de la terre à l’assiette, plus d’équité, de traçabilité, de transparence, de qualité, de techniques, de diversité, dans toutes les filières, courtes et longues en complémentarité. Un casse-tête. Métabio s’attelle à y contribuer.

 

Christine Rivry-Fournier

(1) Colloque en replay sur inrae.fr

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