La future Pac doit soutenir une bio durable

[Édito du Biofil n°135 – mai-juin 2021]

 

Les enjeux sont cruciaux, les négociations s’accélèrent, et les tensions montent. La nouvelle Pac – politique agricole commune – 2021-2027, en débat depuis trois ans, et dont l’application a été retardée au 1er janvier 2023, arrive au stade des arbitrages nationaux. D’ici l’été, chaque État membre devra avoir rendu sa copie aux instances européennes, c’est-à-dire son plan stratégique national (PSN). Et ce document doit être conforme aux attentes de la Commission, et aux positions adoptées par le Parlement et le Conseil.

En France, depuis des mois, enquête publique, débats et concertations s’enchaînent malgré le contexte sanitaire. La répartition des 43,7 milliards d’euros de l’enveloppe attribuée par l’UE (2023-2027) est en jeu, soit 9,4 milliards par an. Les partisans de la bio montent au créneau, soucieux de défendre l’avenir de leur mode de production. Hélas, malgré les attentes sociétales et les objectifs de cette nouvelle Pac dont les priorités sont la souveraineté alimentaire et l’environnement – préservation des ressources, restauration de la biodiversité et lutte contre le changement climatique –, la bio peine à faire entendre sa voix.

Si dans le cadre du second pilier (Feader), elle bénéficierait d’un montant à la conversion revalorisé (passant de 250 M€ à 340 M€), il n’en va pas de même pour les aides directes surfaciques du premier pilier. Au contraire, c’est la douche froide. Pour les bio, ce premier pilier est stratégique, notamment son nouveau dispositif, l’écorégime, qui représenterait, selon les dernières annonces, 25 % au minimum de son budget. Défi ni comme une rémunération des
services environnementaux rendus par l’agriculture, l’écorégime joue, pour les bio, le rôle d’aide au maintien, dispositif supprimé en 2017 au niveau national.

Ce soutien est indispensable pour consolider et rendre durables les pratiques bio, les plus respectueuses de la santé de la planète. Pourtant, selon les premiers arbitrages, le montant alloué par hectare à l’agriculture bio ne serait pas plus élevé que ceux décernés aux autres systèmes de production moins contraignants, dont la HVE (lire p. 10), faisant chuter l’aide environnementale pour les bio de 66 %. Si le ministère de l’Agriculture clame qu’opposer les systèmes est contre-productif, sa position nie, voire sabote les efforts réalisés depuis des décennies par les agricultrices et agriculteurs avant-gardistes, soucieux de préserver les ressources naturelles, de ne pas polluer, d’off rir des aliments les plus sains possibles.

Certes, booster les conversions pour répondre aux objectifs de 25 % de bio en 2030 de la Commission européenne est positif (lire p. 12). Mais réduire le soutien accordé au maintien de ce mode de production durable via le premier pilier est désolant. Toutes les fermes bio, quelles que soient leurs tailles, leurs productions, leurs situations, doivent voir leurs efforts et leurs pratiques innovantes reconnus et soutenus. Qu’on l’accepte ou non, elles sont les phares de l’agriculture française et européenne. Depuis plus de 20 ans, votre revue Biofil le prouve dans chacun de ses numéros.

 

Christine Rivry-Fournier

 

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