La bio française poursuit son essor : 47 196 fermes, 2,5 millions d’hectares et 12 milliards d’euros de CA

(© C. Rivry-Fournier)

« La croissance de la bio française garde un rythme très soutenu, sur tous les maillons de la filière », se réjouit Philippe Henry, président de l’Agence Bio et polyculteur-éleveur en Meurthe-et-Moselle, en annonçant jeudi 10 juillet, les dernières chiffres – très attendus – de la bio en 2019. « C’est un mouvement de fond, tiré par l’engouement et le soutien des consommateurs, et par la mobilisation et la structuration des filièresC’est cette adéquation entre l’offre et la demande qui propulse aujourd’hui le bio dans une dynamique des plus prometteuses ! »

Philippe Henry

Philippe Henry, président de l’Agence Bio. (© C. R-F)

 

Une consommation qui tire

 

Le marché bio se massifie : il atteint 11,9 Mds€, en hausse de 13,5 % par rapport à 2018, soit 1,4 milliard d’achats bio supplémentaires. « Cela commence à peser. L’alimentation bio, c’est quatre fois le marché des smartphone français, et deux fois le montant des exportations nationales de céréales », tient à souligner le président de l’Agence Bio. Le marché français rattrape celui de l’Allemagne, jusqu’à présent leader dans l’Union européenne.

 

Désormais en France, 6,1 % des achats alimentaires sont bio. La GMS est la grande gagnante de ce boom, avec 55 % de part de marché (contre 49 % en 2018). La part des magasins spécialisés recule à 28 % (vs 34 %), et celle de la vente directe à 11 % (vs 12 %). « La GMS investit de plus en plus dans la bio, car c’est le créneau porteur, commente Christian Weinsberg, de Biocoop. Et les marques leaders en agroalimentaire déclinent toutes leurs références en bio. » La question est de savoir si la crise Covid aura modifié ces tendances, en faisant prendre de nouvelles habitudes d’achats en direct, ou dans les magasins spécialisés ?

 

Les ventes de produits frais – fruits et légumes frais, crèmerie, viandes, mer, traiteur, surgelés et boulangerie fraîche – pèsent plus de la moitié (57 %) du marché bio de détail. Mais les fortes progressions, supérieures à 15 %, vont aux produits transformés : surgelés (+31 %), bière (+24 %), œufs (+20 %), produits laitiers (hors lait liquide) (+18 %), épicerie (+16 %). Le taux d’importation des produits bio demeure stable, se situant à 33,1 %.

 

La restauration collective progresse aussi, avec un marché de 640 M€, en hausse de 16,4 % vs 2018. « Le Covid a un peu stoppé cette dynamique, mais les élus ont pris conscience de l’enjeu de la relocalisation de l’agriculture et d’une alimentation saine pour la vie des territoires, analyse Philippe Henry. C’est positif pour atteindre les objectifs de la loi Egalim, soit 20 % de bio dans les cantines. »

 

Bond des fermes et des surfaces

 

Fin 2019, la bio compte 47 196 fermes, soit 5 573 supplémentaires par rapport à 2018 (+13 %). Ce sont un peu plus de 10 % des exploitations françaises. Dans ce sillage, le nombre de transformateurs progresse de 16 % (19 311), celui des distributeurs de 24 % (8 813), et celui des importateurs de 21 % (662). Pour Gérard Michaut, vice-président de l’Agence Bio et producteur dans l’Yonne, « ce mouvement est vertueux, la croissance se fait de façon harmonieuse entre tous les maillons de la filière, stimulés par le dynamisme de la demande ». D’autant plus qu’avec 179 500 équivalents temps plein en 2019 (+15 %), la bio est pourvoyeuse d’emplois. Un argument massue d’actualité, mis en avant par l’Agence Bio.

 

 

Côté conversions des terres, les surfaces bondissent de 13 % pour atteindre 2,24 millions d’hectares en bio et conversion, soit 8,5 % de la SAU française. « Elles ont doublé en cinq ans, souligne Philippe Henry. Et la tendance se poursuit, signe d’un vrai changement d’échelle. » 1,67 million d’hectares sont certifiés bio et 566 000 hectares sont en conversion, dont 266 970 ha en 1re année. Sur ces nouveaux engagements en 2019, 100 000 ha le sont en grandes cultures. Au total, céréales et oléoprotagineux couvrent 571 000 ha, un bond de 17 % vs 2018. Totalisant près de 5 % des surfaces françaises en grandes cultures, ils conservent une grande marge de progression.

 

Boom des productions végétales et animales

 

Évolution de la part des surfaces conduites en bio par type de cultures.

 

De leur côté, les légumes frais bio s’imposent de plus en plus : ils affichent 20 % de hausse, et approchent 8 % des surfaces dédiées à ces productions. Les fruits bio gardent leur longueur d’avance : ils pèsent désormais 26 % du verger français, et les conversions se font sur un bon rythme (+16 %). La vigne bio continue à s’étendre (+23 %), avec près de 21 000 nouveaux hectares engagés en 2019 – notamment de domaines plus vastes dans le Bordelais et le Languedoc –, pour un total de 112 000 ha en bio et conversion. La bio couvre 14 % du vignoble national. En plantes à parfum, aromatiques et médicinales, 18 % des surfaces sont en bio et la dynamique de conversion perdure (+14 vs 2018).

 

L’élevage de ruminants aussi bénéficie de cet élan, mais dans une moindre mesure : certes, les surfaces fourragères progressent de 10 %, pour atteindre 1,34 million d’hectares, soit près de 11 % de la sole française en prairies. Mais les cheptels des bovins laitiers et caprins présentent une croissance plus contenue que les années passées (+10 % pour le premier, +12 % pour l’autre). Idem en bovins viande et ovins : déjà en retrait en 2018, leur développement est inférieur à 5 % en 2019.

 

En monogastriques, la progression reste très soutenue : en poulets de chair, les mises en place augmentent de près de 10 %, en poules pondeuses, de 18 % et en truies, de 27 %. Si la part nationale en porcins et volailles de chair reste encore très faible (1,5 % et 1,8 % des cheptels de ces espèces), en revanche, 16 % des élevages de pondeuses sont conduits en bio.

 

Les régions du Sud en force

 

Environ la moitié des fermes et des surfaces conduites en bio se situent dans les trois plus grandes régions françaises : Occitanie (10 663 fermes, 503 026 ha), Nouvelle-Aquitaine (6 996 fermes, 289 468 ha) et Auvergne-Rhône-Alpes (6 581 fermes, 274 094 ha). Ces trois régions comptabilisent aussi près des deux tiers des entreprises françaises de l’aval certifiées bio.

En surface bio, les vingt premiers départements sont tous méridionaux, à l’exception de la Loire-Atlantique et de la Haute-Saône, avec des parts supérieures à 30 % dans l’arc méditerranéen pour les Pyrénées-Orientales, les Bouches-du-Rhône, les Hautes-Alpes et le Var.

Ailleurs, la dynamique reste forte : l’est de la France se renforce aussi avec plus de 27 000 hectares convertis à la fois dans le Grand-Est (+19 %) et en Bourgogne-Franche-Comté (+16 %). Et en évolution relative, hormis ces deux dernières régions, ce sont celles avec les plus faibles parts de bio dans la SAU qui progressent le plus : Outre-mer, Île-de-France, Hauts-de-France, et Centre-Val de Loire.

 

C. R-F

 

Plus d’infos : agencebio.org

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