Finis les complexes !

[Édito du Biofil 130 – juillet-août 2020]

(crédit : Gerard Lacz)

En France, la barre des 10 % de fermes bio est atteinte ! Et la part des surfaces suit de près… Les derniers chiffres de l’Observatoire de la bio, parus mi-juillet, le montrent : la vague bio des conversions ne s’essouffle pas. Bien au contraire. Même si la proportion de terres conduites en bio dans la SAU nationale n’en est encore qu’à 8,3 %, elle progresse à grande vitesse. Le changement d’échelle est bien là, avec dans son sillage, ses espoirs et ses questions.

Point rassurant, cette croissance bio inédite des fermes et des surfaces va de pair avec celles des transformateurs, des distributeurs, et des consommateurs bien sûr, de plus en plus motivés. Un cercle vertueux, qui s’autodynamise. Fin 2019, le marché bio atteint 12 Md€, un bond de 13,5 % en un an, propulsant la France au même niveau que l’Allemagne, longtemps leader. Et la crise Covid semble renforcer encore cette tendance. Plus de 6 % des achats de Français sont bio.

Cet engouement n’est pas le fruit du hasard. Il résulte de longues années de travail de tous les acteurs de la filière bio, de plus en plus nombreux : ils sont 70300 fin 2019, soit une hausse de 14 %. Une mobilisation motivée par une nécessité absolue qu’on ne rappellera jamais assez : réduire les pollutions agricoles de toutes sortes, pour la santé de la planète, et de ses habitants. Les efforts de structuration des productions doivent se poursuivre, plus que jamais. Pour continuer à développer la bio de façon la plus harmonieuse possible.

Démarches équitables, RSE – responsabilité sociétale des entreprises –, contractualisation, bien-être animal, etc. : partout, les initiatives se multiplient pour éviter les risques de se faire aspirer dans un schéma conventionnel. Certes, la loi de l’o re et la demande n’est pas si facile à éviter : en témoignent les chutes de prix en tomates et courgettes bio cet été… Mais des solutions innovantes existent pour développer de nouvelles façons de mettre en marché, au cœur des territoires. L’équation est d’assurer un revenu rémunérateur aux producteurs, une juste répartition de la valeur tout au long de la filière et une bio accessible à tous. Un défi.

Très peu de producteurs convertis font marche arrière, moins de 2 % souligne l’Observatoire de la bio. Ce n’est pas un hasard. Quand on a goûté à la bio, difficile de repartir en conventionnel, car ce mode de production implique un changement total de vision. Pour autant, la filière doit continuer à se renforcer, se consolider, se sécuriser davantage… sur les plans techniques et économiques. Les attentes sont fortes.

Et finis les complexes ! Longtemps des études d’analyse du cycle de vie – ACV – pointaient les faiblesses de la bio. Elles en dénonçaient les failles vis-à-vis des émissions de gaz à e effets de serre, et des impacts sur le changement climatique, arguant un besoin de plus de terres et de carburant, à cause d’une productivité plus faible. Une nouvelle étude de l’Inrae, parue fin mars, montre les limites de ces méthodes d’ACV qui négligent les aspects essentiels de la bio : la biodiversité, la qualité des sols, les impacts des pesticides ou les changements sociétaux. Intégrer ces paramètres modifie les résultats, prouvant l’intérêt certain de ce mode de production.

Christine Rivry-Fournier

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