Finie l’utopie : et si la bio était LA solution ?

[Édito du Biofil n°140 – mars-avril 2022]

 

Des animaux dans les vergers : un échange de bons procédés. (crédit : Sylke Heyer)

Rêvons un peu en ces moments difficiles, où les illusions s’effondrent. Ne pas céder au découragement et rester lucide pour défendre l’avenir de la planète, l’enjeu est plus que jamais primordial. Et le nouveau rapport du Giec en remet une couche. Le combat est sur tous les fronts. L’époque est anxiogène, et au Salon international de l’agriculture, début mars, les « retrouvailles » avaient un goût un peu amer pour les bio que certains s’obstinent à vouloir enterrer.

En ces temps de crise attisée par une guerre sidérante aux portes de l’Union européenne, prôner une agriculture réintensifiée comme gage de souveraineté alimentaire est une aberration. On connaît le refrain, et aussi ses dérives : pollution donc coûts sanitaires, dépendance aux engrais, pesticides chimiques, énergie pour chauffer les serres, perte de la biodiversité… Sans compter le risque de disparition de ce métier de la terre qui n’attire plus, dans ces conditions.

Déployée à petits pas, l’alternative fiable – n’en déplaise à certains détracteurs – proposée depuis un demi-siècle par l’agriculture bio, rencontre de nouveaux obstacles : les filières bio le savent, rien n’est jamais acquis. Elles l’avaient peut-être oublié, se réjouissant et profitant d’un marché en essor ces dernières années. Or la bio a toujours progressé par paliers. Quand les feux se mettent à clignoter, la mobilisation s’impose. Si le marché ralentit sa dynamique, attention aux intox sur les déconversions, non confirmées, et qui nuisent au secteur.

Sans être clivants, les bio doivent au contraire, sans cesse, mettre en avant, chacun à leur niveau – producteurs, transformateurs, fournisseurs, distributeurs, formateurs, chercheurs, techniciens, conseillers, élus (surtout eux) – les atouts de ce mode de production agricole et alimentaire, basé sur un socle réglementaire européen exigeant et solide. Il faut le répéter. Avec un pouvoir d’achat malmené et un avenir incertain, les consommateurs ont besoin d’être rassurés : manger moins, mais manger mieux, bio, bon et local, pour l’environnement, la santé, et les conditions sociales.

N’hésitez pas à revisionner la conférence de l’inrae tenue au Sia sur le métaprogramme transversal, Métabio, qui fournit nombre d’études sur l’agriculture bio. Son but est d’améliorer ses résultats, en mobilisant plus de 300 chercheurs. D’ailleurs l’Inrae et l’Agence Bio viennent de signer un accord-cadre pour mieux partager connaissances et données autour des défis et leviers à travailler visant à répondre à la problématique du changement d’échelle de la bio.

Bonne nouvelle : les interprofessions par filières se sont mobilisées sous l’égide du ministère de l’Agriculture, et autour de l’Agence Bio pour consacrer plus d’un million d’euros à une campagne de communication. Celle-ci, qui sera abondée par la Maison de la Bio, démarrera fin mai à l’occasion du Printemps Bio. L’objectif est de stimuler les ventes pour conforter les fermes en bio, et continuer les conversions. Mais le marché peut-il, seul, soutenir l’ambition bio ? La France – présidente de l’Union européenne – doit saisir l’occasion, via la Pac, d’insuffler un nouvel élan à la bio qui conjugue autonomie, respect de l’humain et de l’environnement Les besoins vitaux de la planète.

 

Christine Rivry-Fournier

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