Entretien avec Sylvain Roumeau, chargé du dossier « eau et bio » à la Fnab

Depuis 2007, la Fnab coordonne un groupe de travail collaboratif national (1) chargé de dynamiser l’agriculture biologique, une voie à privilégier pour reconquérir et préserver la ressource en eau.

eau et bio

Sylvain Roumeau, chargé du dossier Eau et Bio à la Fnab

Quel bilan tirer de ce travail ?

C’est un énorme chantier car il implique de nombreux acteurs et qu’il se heurte à des résistances, des blocages. Tout était à faire. Cela passe par la sensibilisation des territoires, collectivités, élus, syndicats des eaux, des acteurs de développement, agriculteurs… Ces 7 années ont d’abord permis de valider la pertinence de la bio sur la reconquête de l’eau. Et il a fallu créer ensemble des outils pour favoriser le développement de l’agriculture bio sur les zones à « enjeu eau potable ». 12 territoires pilotes Eau & Bio − composés de communes, communautés de communes, régies d’eau, parcs naturels régionaux, groupes d’actions locales − ont été identifiés dans l’Hexagone. Ils ont permis d’acquérir des références locales sur les leviers à activer pour réussir à faire changer les pratiques, et à implanter durablement l’agriculture bio sur ces zones prioritaires.

Quels résultats ?

L’analyse des dynamiques sur ces sites a montré que les ¾ d’entre eux ont atteint, fin 2012, le fameux taux de 6 % de SAU en bio inscrit dans le Grenelle Environnement, en attendant celui de 12 % pour 2020… Et contre toute attente (notamment d’un pan de la profession agricole), la bio se répand désormais plus vite dans les secteurs stratégiques du point de vue de la ressource en eau.

Quels leviers activer sur ces territoires ?

Ils sont nombreux, et interagissent ensemble. Si la volonté et le portage politique sont un préalable incontournable, la mobilisation des outils du foncier est un levier puissant : incitations fiscales, servitude d’utilité publique, compensation foncière écologique, portage des terres avec stockage en direct par les collectivités, récupération des friches, mise à disposition des terres ou bâtiments, baux environnementaux… L’animation et l’accompagnement technique renforcés sur la bio sont également essentiels, comme l’ont montré les postes spécifiques créés dans le Parc naturel régional de l’Avesnois. Les Agences de l’eau y sont très sensibles. L’appui à la structuration de débouchés de proximité et/ou de filières longues est aussi primordial. Par exemple, Eau de Paris et l’agence Seine-Normandie ont soutenu l’acquisition d’une station de semences bio − Union Bio Semences − projet des coopératives Cocebi et Biocer. Sans oublier l’exemplarité de la collectivité sur le « zéro pesticide ».

Vous évoquez des résistances, des blocages…

Force est de constater qu’une majorité des blocages sur les zones à enjeu eau provient des difficultés à instaurer le dialogue entre les différents acteurs impliqués − usagers, hydrogéologues, techniciens, agriculteurs, élus, etc. Leurs manières d’appréhender le sujet sont variables, et tout changement génère le plus souvent des réticences, surtout quand il est imposé et urgent. Cela constitue un frein à la discussion, et in fine à la mise en œuvre de plans d’actions efficaces. L’impératif environnemental est trop souvent vécu comme une contrainte et non comme une opportunité de développement territorial et économique. De plus, la gouvernance est complexe, et les acteurs sont un peu perdus. Nous avons organisé en février dernier un colloque instaurant le dialogue territorial sur ce thème sensible de la reconquête de la qualité de l’eau. Des pistes ont pu être dessinées pour réussir à dépasser des blocages, et avancer ensemble.

Alors comment avancer plus efficacement ?

C’est un travail à la fois urgent et de longue haleine. De nouveaux outils de diagnostic et méthodologie faciles à utiliser existent désormais pour construire des projets sur les zones prioritaires en lien avec les collectivités et les Agences de l’eau.

Comment évolue le groupe de travail ?

La preuve par l’exemple étant incontournable, nous allons poursuivre la valorisation des dynamiques existantes, entamer le déploiement des sites pilotes Eau & Bio, et mettre en place un site internet de référence sur Eau & Bio. Celui-ci va cartographier les initiatives locales. Un recensement en cours dénombre plus de 200 dynamiques Eau & Bio en France et atteste que développer la bio sur les zones à enjeu eau n’est plus une utopie mais bien l’avenir de nos modèles agricole et alimentaire, de la qualité de notre eau potable et des territoires !

Boîte à outils et fiches téléchargeables sur www.fnab.org

(1) Les membres du groupe de travail Eau & Bio : Ministères de l’environnement et de l’agriculture, Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques), Agences de l’eau, Association des Maires de France, Association des Régions de France, Fédération nationale des parcs naturels régionaux, Fnab, APCA, Agence Bio, Itab, Inra, Piren Seine, Solagro, Terre de Liens.

Une boîte à outils pour les collectivités

La Fnab a noué un partenariat avec l’Onema (Office national de l’eau et des milieux aquatiques) et l’AMF (Association des maires de France). Un guide méthodologique en est issu : il est destiné à accompagner les collectivités dans le développement territorial de l’agriculture bio. L’enjeu ? Leur permettre, lors de la mise en œuvre de leurs politiques territoriales de développement durable, d’avoir une vision globale associant les intérêts écologiques du développement de l’agriculture bio, notamment ses effets sur la qualité de l’eau, et les intérêts économiques avec la création de débouchés.

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