Eau et Bio : le challenge de Lons-le-Saunier

Connue comme pionnière en France pour la protection de ses captages par la bio, Lons-le-Saunier fait le bilan de plus de 20 ans d’actions en faveur de l’eau (1). Cette commune du Jura prouve que la volonté des élus, le dialogue et la technique sont les clés pour relever ce défi au long cours.

Lons_le_saunier« Pour avancer, il faut construire une vraie dynamique territoriale, et les programmes d’actions ne sont pas des buts figés. Ils peuvent évoluer en fonction des pratiques, des enjeux et des outils juridiques et financiers disponibles », résume Jacques Lançon, adjoint au maire de Lons-le-Saunier. Grâce à la gestion en régie directe des services de l’eau et de la restauration municipale, la ville a pu garder le cap. L’objectif : restaurer une qualité de l’eau de la ville très dégradée à la fin des années 1980, avec notamment un taux de nitrate, jusqu’à 100 mg/l et la présence de pesticides, d’atrazine notamment. « On a choisi le préventif au lieu du curatif, refusant la facilité d’un investissement dans une station de traitement », explique l’élu, convaincu de l’efficacité de l’agriculture bio pour stopper la dégradation des eaux.

Des analyses révélatrices

Aujourd’hui, grâce aux actions menées sur la zone de captage (6 puits – 1,8 million de m3 d’eau pompés par an) et sur le bassin-versant (au total 5 400 ha de SAU), le taux de nitrate – analysé tous les 15 jours – est tombé en moyenne au-dessous de 20 mg/l. Depuis 2012, les analyses supplémentaires de pesticides dans l’eau (2) réalisées sur la nappe de captage et aussi sur les cours d’eau du bassin-versant établissent des liens entre la présence des pesticides et les pratiques agricoles : « C’est du concret : après les traitements des agriculteurs ou des communes, les taux de certains pesticides augmentent, cela prouve la vulnérabilité de la nappe et permet de mettre tous les acteurs face à leurs responsabilités », explique Christine Combe, chargée de mission environnement à la ville. 418 molécules sont recherchées : en 2012, 37 ont été détectées en eaux superficielles brutes, dont de fortes doses de glyphosate. Pour les élus, « le défi est d’atteindre le zéro pesticide dans les eaux en 2015. »

Gagner la confiance

Au fil des ans, Lons-le-Saunier a fait évoluer ses dispositifs en fonction des possibilités juridiques et des retours de terrain. « Il faut gagner la confiance des agriculteurs, ce qui n’est pas évident, il faut beaucoup de pédagogie », souligne Christine Combe. Au départ en 1990, 15 agriculteurs avaient signé des conventions avec la municipalité, en s’engageant sur des changements de pratiques en contrepartie d’indemnités versées par la commune : abandon du maïs, bandes enherbées, rotations, remise en herbe, maintien des prairies, etc.). Puis, il y a eu les CTE (Contrat territoriaux d’exploitation), suivis des MAE (mesures agroenvironnementales). Si les pratiques ont évolué, seuls 4 agriculteurs se sont convertis à la bio, et entre 2010 et 2012, la SAU bio est passée de 4,5 % à 9,5 %, soit 300 ha.

Aller plus loin

Les élus décident aussi de stimuler les conversions en offrant des débouchés via la restauration collective en gestion directe. Des filières de production sont mises en place : pain, viande, légumes… En 2009, l’aire de captage est classée Grenelle : la surveillance des pollutions diffuses peut ainsi s’élargir au bassin versant. 16 communes et 3 200 ha de SAU sont concernés. Des actions d’accompagnement sont mises en place vers les agriculteurs, et aussi vers les collectivités, les particuliers et les sociétés d’assainissement. Les MAE territorialisées visent à limiter la fertilisation azotée, et les pesticides notamment dans les vignobles. De nombreux acteurs participent à cette dynamique, dont le Conseil général, le syndicat de rivière, l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, la Safer, Interbio France-Comté…

Une déclaration d’utilité publique

Une première : estimant les changements de pratiques trop timides, les élus décident d’avoir recours à une déclaration d’utilité publique (DPU), en place en 2012, pour créer un périmètre de protection du captage de 1 500 ha. Sur les périmètres rapprochés de 228 ha, l’arrêté préfectoral dicte des conditions de culture (voir tableau). 18 agriculteurs sont impliqués. « Tous ces dispositifs sont indispensables mais pas suffisants. Force est de constater que lever les blocages techniques n’est pas si aisé », analyse Christine Combe. Depuis le début, Lons-le-Saunier a privilégié l’écoute et l’accompagnement. Elle décide aussi de renforcer l’approche agronomique. Dans chaque exploitation volontaire, un hectare est rendu disponible pour l’expérimentation : « Les agriculteurs s’engagent à mettre un couvert végétal, à changer la rotation, ou à passer en technique culturale simplifiée, sans pour autant prendre trop de risques. » Ils testent eux-mêmes ces techniques avec l’appui d’un conseil scientifique de l’Isara de Lyon (2), qui valide ces expériences et procède à des analyses de terrain. Pour aller vers une conversion – ou pas.

Christine Rivry-Fournier

(1) Un des 12 sites pilotes Eau & Bio
(2) Analyses et accompagnement financés avec le concours de l’agence de l’eau Rhône-Méditerranée Corse à hauteur de 80 %, le reste par la commune

Retrouvez l’ensemble du dossier Eau et Bio en lisant Biofil n° 94.

 

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