Covid-19 : la chaîne alimentaire bio sur le qui-vive

Le Covid-19 renforce la demande locale et bio.

Alors que l’économie mondiale est quasi suspendue, comment la filière bio traverse-t-elle cette crise du Covid-19 ? Difficile de dresser un état des lieux, tant les situations varient, selon les cultures et productions, les régions, les circuits de distribution. Passée cette première phase d’adaptation, après la ruée dans les magasins et la mise en place de nouvelles organisations de travail, la chaîne alimentaire bio s’organise. Voici quelques exemples à travers la France.

 

Adapter les circuits de vente

La réouverture de certains marchés de plein vent, avec toutes les précautions nécessaires, soulage des producteurs. Mais dans les territoires – surtout dans les zones urbaines – où des interdictions demeurent, distribuer les produits frais reste compliqué. « Tous nos marchés à Nantes et aux alentours sont supprimés, soit quatre par semaine, qui écoulent d’habitude 40 % de nos volumes de pains et viennoiseries tout en bio, se désole Marc Bourgeais, l’un des neuf associés de la Scop Pain Virgule, basée à Le Landreau, en Loire-Atlantique. Certes, nos livraisons aux Amap se maintiennent, celles aux magasins spécialisés ont augmenté, ainsi que la vente directe sur notre lieu de production, mais cela ne compense pas la perte des marchés. D’autant plus que les horaires des magasins sont réduits, donc la vente aussi. » Pain Virgule produit, en période normale, une tonne de pains par jour, à partir de farines de céréales achetées le plus possible en local et écrasées par ses propres meules. « Mais nous restons privilégiés, car nous pouvons continuer à travailler », souligne le boulanger.

 

Fruits et légumes : expéditions en flux tendus

En effet, déjà bien implantés, les magasins spécialisés bio tournent à flux tendus, surtout ceux en zones urbaines, mais plutôt sur les gammes basiques. Les producteurs français sont très sollicités. « Nos livraisons restent soutenues, confirme Jérôme Chardon, producteur et gérant de la coopérative Uni-Vert dans le Gard. Nous finissons la saison des salades, et démarrons celle des courgettes sur un bon rythme de commandes, également en GMS. Même l’exportation des salades vers l’Allemagne n’a pas cessé en mars. La logistique et les transports fonctionnent malgré tout. » Les producteurs d’Uni-Vert compensent la perte du marché en RHD vers la ville de Marseille par la hausse des volumes en magasins. Même transfert pour Bio Loire Océan, implanté en Pays de la Loire, qui décide de suspendre la livraison aux particuliers de ses 2 300 paniers de fruits et légumes en avril : « C’était trop compliqué à gérer, explique Cécile Morvan, directrice de cette association de producteurs. On s’adapte à la situation, pour répondre à la demande des magasins de proximité ou des GMS. Heureusement aussi, nous sommes en creux de production. Les maraîchers sont en pleine mise en place de cultures. » Cela reste compliqué néanmoins pour l’asperge, dont le marché est plus spécifique.

 

Des interrogations sur l’avenir

Les magasins de producteurs essaient de protéger au maximum leurs salariés et leurs clients.

Les magasins de producteurs restent aussi très fréquentés, même si le flux s’est ralenti, après le rush de la mi-mars. « La vente directe se renforce encore, en gagnant des nouveaux clients de proximité compensant ceux venant de plus loin et qui s’abstiennent, reconnaît Guy Grilleau, arboriculteur à St Rémy-La-Varenne en Anjou. Mais cela nécessite une logistique adaptée pour accueillir les clients en toute sécurité, beaucoup de précautions pour le personnel aussi. Hélas, il nous manque les masques. Avec les livraisons, le travail aux champs et les risques de gel, nous sommes sur le qui-vive. » Les nouvelles formules de vente, via les sites internet, drive, click and collect, avec livraisons, se multiplient. Des systèmes s’improvisent répondant aux besoins des consommateurs d’être sécurisés. « L’enjeu est aujourd’hui de savoir comment la demande va évoluer, s’inquiète pourtant Cécile Morvan. Les difficultés économiques et les risques de baisse du pouvoir d’achat vont-ils détourner les consommateurs de la bio ? Quelles seront les nouvelles priorités ? »

 

Une opportunité pour la bio ?

Philippe Henri, président de l’Agence Bio : « Relocaliser l’alimentation apparaît plus que jamais nécessaire ». (© Rivry-Fournier C.)

Pour Philippe Henri, président de l’Agence Bio, « cette crise est aussi une opportunité pour repenser le système alimentaire global, son organisation, les relations entre les opérateurs, la relocalisation, etc. ». Ce polyculteur-éleveur, implanté à Vallois en Meurthe-et-Moselle, constate des prises de conscience croissante sur l’importance de l’autonomie alimentaire. « Est-ce que cela va booster l’essor de la filière bio ? Difficile de le savoir, mais c’est évident que les consommateurs vont revoir leur façon de se nourrir, et que de nouveaux liens vont se recréer entre les villes et les campagnes. » Président de l’usine d’aliments Est Ali Bio, Philippe Henri a toujours défendu le sourcing le plus local possible, avec un approvisionnement en soja français : « certains distributeurs exigent des matières premières françaises, comme Biocoop par exemple, et ils seront de plus en plus à le faire. » Dans sa région très touchée par le Covid-19, l’usine tourne actuellement à plein régime, tirée par le dynamisme exceptionnel de la filière œuf bio. L’activité est possible, en sécurisant un maximum les salariés. « Nous produisons 12 000 tonnes d’aliments par an, avec de très fortes progressions en ce moment. » La preuve que l’indépendance en matières premières alimentaires est un atout.

 

Christine Rivry-Fournier

__________________

Se mettre en lien pour vendre ses productions

Face à la fermeture des marchés, toutes les organisations agricoles se sont mobilisées pour obtenir leurs réouvertures dérogatoires. Des guides de bonnes pratiques sont élaborés pour gérer au mieux l’espace et les gestes de protection. Et de nombreux marchés redémarrent. Les régions, chambres d’agriculture, Gab proposent aussi des outils et des alternatives. La Fnab et la Confédération paysanne listent les plateformes et initiatives locales dédiées aux circuits courts. Les collectivités territoriales sont également sollicitées pour mettre à disposition des moyens dans le but de faciliter les livraisons (en logistique notamment, en utilisant les transports scolaires et les bâtiments publics).

  • Parmi les initiatives, voici la liste des plateformes de vente directe en ligne:

https://www.fnab.org/images/OUTILS_VENTE_DIRECTE.pdf

  • Voici ce que peuvent faire les producteurs + initiatives locales recensées:

https://www.confederationpaysanne.fr/extra/pdf_global/2020.03.26_Doc-FNAB-CONF-Alternatives.pdf

 

 

Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de BIOFIL.