Congrès mondial de la bio : comment étendre la bio sur toute la planète ?

Autour de Louise Luttikholt, directrice d’Ifoam – Organics international, l’équipe organisatrice représentant une quinzaine d’organisations bio françaises, dont le Synabio, la Fnab, l’Itab, Abiodoc, Ecocert, etc.

Pendant cinq jours, du 6 au 10 septembre, le Congrès mondial de la bio – OWC 2021 – a réuni à Rennes, en formule inédite hybride présentielle et digitale, contexte sanitaire oblige, près de 2 200 participants dont 1 800 en ligne et 400 sur place, pour suivre 80 conférences.

Un exploit technique : les débats par visioconférences ont pu faire participer des centaines d’acteurs de la bio des cinq continents, promoteurs de ce mode de production – producteurs, chercheurs, techniciens, transformateurs, conseillers, élus –, notamment ceux qui n’ont pas eu la possibilité de se déplacer dans la capitale bretonne. « Les participants sont très satisfaits de cette formule innovante. Cela d’autant plus que, pour la première fois, la richesse et la diversité de toutes ces interventions enregistrées vont pouvoir être réutilisées pour servir à toute la filière », se réjouit Julie Boulard, directrice opérationnelle de l’événement.

Tenu tous les trois ans – exceptionnellement quatre ans pour l’édition française reculée d’un an – , le Congrès mondial de la bio, porté par Ifoam-Organic International, est l’occasion de faire le point sur le déploiement de l’agriculture bio, ses forces et ses faiblesses et les moyens d’essaimer dans le respect de l’environnement, des sols, et des êtres vivants. « C’est en France, en 1972, que la Fédération internationale des mouvements de l’agriculture biologique – Ifoam – a vu le jour lancée par un Français, rappelle Véronique Chable, agronome et chercheuse à l’Inrae, co-organisatrice du Congrès mondial de la bio via l’association Voyage en Terre bio. Près de 50 ans plus tard, la France accueille le 20e Congrès mondial de la bio, forte de son dynamisme de développement ».

 

En écho au Congrès mondial de la Nature

Tous les sujets de la filière y sont abordés : génétique, semences, innovations agronomiques, techniques, économiques et sociales, bien-être animal, commerce équitable, qualité sanitaire et organoleptique, réglementation, contrôle et certification, multiplicité des labels, soutiens publics et privés… Si la bio mondiale ne représente que près de 2 % des surfaces agricoles (1,5 % fin 2019 selon le Fibl), elle est considérée comme une voie d’avenir, en plein essor partout dans le monde. Et l’Europe en est l’un des principaux moteurs, notamment certains pays leader comme la France. « Les défis sont immenses pour lutter contre les pollutions, la perte de la biodiversité et le changement climatique », soutient l’Américaine Peggy Miars, présidente de Ifoam – organics international. D’ailleurs, OWC 2021 fait écho au Congrès mondial de la Nature-UICN, tenu en même temps à Marseille, en apportant des solutions agricoles concrètes.  « Les rapports du Giec s’accumulent, mais les mises en pratique ne suivent pas, déplore Karen Mapusua, vice-présidente d’Ifoam – Organics International. La question est de trouver les moyens pour convaincre les décideurs et les citoyens à intégrer cette urgence vite et partout sur la planète. Il faut agir sur les régimes alimentaires aussi, transformer la façon de se nourrir, car tout est lié. Nous avons un rôle important pour contribuer à réduire ce réchauffement. »

De nombreuses conférences digitales se sont succédé, avec de multiples témoignages d’acteurs de la bio, de tous les continents.

 

Diversifier et relocaliser

Dans un contexte économique où la concentration des entreprises s’accentue, même dans le secteur bio, « Il est indispensable aussi de réapprendre à diversifier les cultures, à relocaliser, repenser les semences paysannes, les circuits plus courts, et l’ancrage territorial », appuie Véronique Chable. Le Congrès est aussi l’occasion « de conforter les agricultures vivrières et paysannes, capables de produire beaucoup, selon des méthodes agronomiques adaptées toujours à améliorer, et des circuits commerciaux différents, de proximité », se substituant ou complétant les productions bio à vocation exportatrice. Une des clés pour stimuler la bio dans le monde est « de travailler en réseau, s’interconnecter, partager les connaissances, agir ensemble sur l’agriculture, les régimes alimentaires, et la santé, et répartir équitablement la chaîne de valeur », insiste la Canadienne Ruth Richardson, directrice de Global Alliance for food, regroupant des fondations œuvrant à travers le monde.

 

Former les paysans sur le terrain

La formation des paysans est essentielle. Dans ce but, en Afrique, un programme de Centre de connaissances en agriculture bio 2019-2025, soutenu par le ministère allemand de l’économie, de la coopération et du développement, est déployé sur tout le continent, dans les cinq grandes régions. Présenté lors d’une conférence digitale du Congrès, il vise à collecter les connaissances de terrain, endogènes ou nouvelles et peu ou pas encore documentées, ainsi que les connaissances scientifiques déjà récoltées, pour les valider et les rassembler sur une plateforme digitale collective africaine de partage d’informations. Doté de 23 millions d’euros, son objectif est aussi de former aux méthodes de l’agriculture bio des techniciens facilitateurs, qui eux-mêmes instruiront des multiplicateurs, soit un objectif de 72 000 personnes en soutien aux paysans africains.  « Il faut utiliser au maximum les moyens numériques, pour diffuser les connaissances via les réseaux, les téléphones portables en direct », explique Louise Vaughan, experte en gestion de connaissances en Afrique du Sud, chargée de déployer le dispositif sur tous les pays du sud du continent. Lancé l’an dernier, ce projet ambitieux est l’une des clés d’un développement efficace et harmonieux de la bio. Le prochain Congrès mondial de la bio, programmé en Tunisie en 2024, sera l’occasion de faire le point sur ces avancées et la montée en puissance de la bio mondiale.

 

Christine Rivry-Fournier

Pour en savoir + :  https://owc.ifoam.bio/2021/fr

 

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Nicolas Hulot, parrain de OWC 2021 : « La bio doit devenir la norme »

Nicolas Hulot à l’ouverture du Congrès mondial de la bio au Couvent des Jacobins à Rennes.

« Que de chemin parcouru pour la bio depuis 1972, mais il faut accélérer la dynamique, car le défi est immense », a déclaré Nicolas Hulot, ex-ministre de la Transition écologique en ouverture du Congrès mondial de la bio, le 7 septembre à Rennes. « La bio est la réponse la plus pertinente aux enjeux de la biodiversité, du changement climatique, et de l’eau, avec des solutions fondées sur la nature, rappelle-t-il. Et ce serait une erreur de la considérer comme une solution comme une autre. Elle doit être soutenue et devenir la norme. Mais sans politique publique, on n’inversera pas les tendances. Il faut rééquilibrer la Pac. »

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