Interview de Christophe Baron, Président de Biolait

Christophe Baron, président de Biolait

Christophe Baron, président de Biolait

Avec 125 millions de litres de lait collectés en 2013 (103 millions en 2012), forte de 1 300 producteurs présents dans 600 fermes, la SAS Biolait représente plus d’un quart de la collecte bio française, évaluée fin juin 2013 à 458,70 millions de litres (+ 2,9 % par rapport à l’an dernier).

Biofil : Comment évolue la collecte de Biolait ?

Elle est toujours en hausse. Nous étudions à nouveau des candidatures, après avoir marqué une pause durant un an en matière de nouvelles adhésions. Nous avons toujours des demandes, que nous validons au regard des débouchés commerciaux et du renouvellement des exploitations.

Christophe Baron : Pourquoi cette relance ?

Nous avons à ce jour une vision plus claire du marché, après la grosse vague de conversions de 2011. De plus, sur les 6 premiers mois de 2013, la consommation a augmenté de 3 à 4 % en GMS et de 10 % en magasins spécialisés. Cette croissance est continue et c’est plutôt rassurant. Sur cette même période, les fabrications de lait conditionné bio ont progressé de 14 % versus 2012.

Et les marchés extérieurs ?

Je rappelle que Biolait n’importe plus de lait bio depuis 2011. Bien au contraire, nous exportons un peu vers quelques pays de l’Europe du Nord. Nous ne voulons pas dépendre des marchés internationaux, même si nous répondons à la demande des clients en lait, crème, lait en poudre… Nous privilégions les contractualisations, comme avec Biocoop et Système U et surtout avec la cinquantaine de nos clients français, avant tout, des transformateurs en recherche de qualité, de traçabilité et d’un vrai service à la carte, ce que nous savons faire.

Les contractualisations avec les distributeurs sont-elles en hausse ?

Il semble que certains opérateurs tendent à vouloir maintenir la bio dans une niche, sans s’engager réellement sur des volumes et des prix. S’ils ne donnent pas des signaux clairs, cela ne facilitera pas le développement. L’ultrafrais a accusé une baisse en GMS ces derniers mois, sans doute par manque de “réappro” suffisant des linéaires et de signalétique. Si le produit bio n’est pas disponible, le consommateur se rabat sur un autre, non bio.

Comment évolue le prix du lait au producteur ?

Chez Biolait, le prix du lait est déconnecté du prix conventionnel. Il est ajusté régulièrement en fonction des ventes. Il a décroché un peu l’an dernier de 25/€ les 1000 l, pour atteindre annuellement 400 €/1000 l, mais il évolue à la hausse. Notre slogan demeure plus que jamais “la bio partout et pour tous” : nous collectons dans 54 départements, cela a un coût mais nous sommes très attachés à cette démarche pour construire la filière. N’oublions pas que le lait bio ne représente que 1,9 % du marché laitier national. La marge de progression est énorme. Grâce à notre reconnaissance officielle depuis juillet, en tant qu’Organisation de Producteurs Commerciale, nous renforçons nos moyens et nos outils, notamment pour faire face à la fin des quotas. Une charte qualité Biolait est en cours de finalisation (avril 2014), basée sur un contrôle accru de la traçabilité et une optimisation de la qualité, autant d’atouts supplémentaires pour notre développement.

Que va changer la fin des quotas pour Biolait ?

L’Organisation de Producteurs Commerciale a vocation de gérer les volumes existants et de répondre à de nouveaux candidats souhaitant produire du lait. Nous avons d’ailleurs déjà reçu des demandes provenant de céréaliers désireux d’introduire l’agro-pastorisme. La fin des quotas amplifie notre responsabilité d’anticipation sur un marché en croissance. Cependant, nous nous penchons aussi sur le renouvellement des fermes bio existantes, celles de la première génération de bio arrivant à la retraite. À charge pour nous d’agir auprès des lycées agricoles pour sensibiliser les jeunes et les convaincre de l’intérêt du métier d’éleveur bio.

Propos recueillis par Christine Rivry-Fournier

Installé agriculteur en 1988, Christophe Baron est éleveur dans la Morbihan, à Allaire, en Gaec de 4 associés. En bio depuis 2002 avec un système quasiment autonome, la ferme s’étend sur 160 ha, dont 50 en zones humides classées Natura 2000. Le cheptel est composé de 80 vaches laitières de races mixtes Normande et Montbéliarde (400 000 litres de lait) ainsi que de 80 génisses et bœufs à l’herbe, vendus via Bretagne Viande Bio et en vente directe. Un verger de pommes à cidre complète l’activité.

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