La bio est l’avenir de l’agriculture

Édito du Biofil 113 – sept.-oct. 2017

(© Fotolia)

La filière bio est sur le qui-vive, vigilante plus que jamais. En forte croissance (+ 16 % en surfaces et +21 % en chiffre d’affaires en 2016), pleine de promesses et plébiscitée par les citoyens, elle reste encore fragile avec ses 5,7 % de la SAU. Le retard des paiements des aides 2015 et 2016 à la conversion et au maintien met en difficulté de nombreuses fermes en mutation. Une situation économique aggravée par les aléas climatiques. Certains investissements sont repoussés, voir annulés. Comment créer des ateliers sans savoir si les aides promises et dues seront là ? Malgré un marché porteur, les repères sont brouillés au risque d’essouffler les conversions par manque de visibilité.

Et pour couronner le tout, le financement des quatre années 2017-2020 a du plomb dans l’aile. En cause, le refus du ministre de l’Agriculture français – intervenu fin juillet dans les délais imposés par Bruxelles –d’abonder suffisamment le 2e pilier de la Pac avec le 1er pilier, pour soutenir l’essor de la bio. Ne transférer que 4,2 % du 1er pilier, soit 312 millions d’euros supplémentaires pour 2017-2020, est très insuffisant. Car financer l’essor de la bio et rémunérer le maintien, c’est-à-dire les services environnementaux (1) sur cette période, en absorbe déjà 3 %. Une grande déception, alors que les États généraux de l’alimentation clament haut et fort son ambition d’engager la transition écologique de l’agriculture française ! La bio ferait-elle si peur aux puissants lobbies de l’agriculture conventionnelle ? Au point de la sacrifier sur l’autel de l’agrochimie de synthèse polluante et de l’agro-industrie de la malbouffe. Tout le contraire des attentes citoyennes…

La balle est plus que jamais dans le camp des 13 régions, gestionnaires des fonds Feader du 2e pilier dédié au développement rural. Avec la somme récupérée, comment vont-elles pouvoir financer la bio ? Il leur faut aussi payer les ICHN (indemnités compensatrices des handicaps naturels) – considérées comme prioritaires – et les MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques). Quels seront leurs choix, si l’État ne flèche pas plus explicitement le soutien efficace à la bio – conversion et maintien ? Comment alimenter les cantines et les magasins en bio si la production ne suit pas ? Comment aider les agriculteurs à mieux maîtriser ce mode de culture sans donner de moyens aux structures d’accompagnement et la recherche-expérimentation ?

Le dynamisme de la filière ne doit pas fléchir, même si l’heure est aux désillusions et aussi à la colère. Des agriculteurs lancent des recours en justice contre l’État comme dans le Gers, des pétitions fusent sur le net. Déjà enterrée la bio ? Récupérée ou bradée ? C’est méconnaître la force des attentes de la société et des convictions de la filière, – agriculteurs, transformateurs, distributeurs et fournisseurs – tous engagés auprès de citoyens lucides et exigeants. Les régions doivent en prendre acte et soutenir la bio. Et n’en déplaise à certains, pas question de ne réserver la bio qu’aux nantis en la finançant uniquement par le marché avec des prix élevés. Pas de doute, la bio est l’avenir de l’agriculture…

Christine Rivry-Fournier

(1) Selon la Fnab, la bio a besoin, pour la période 2017-2020, de 570 M€ pour les conversions et 116 M€ pour le maintien, soit 3 % du 1er pilier.

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