À votre santé !

Avec 913 nouveaux engagements notifiés auprès de l’Agence Bio sur dix mois à fin septembre 2018, la viticulture bio française s’envole !

[Edito du Biofil n°120 – nov.-dec. 2018]

Manger bio régulièrement réduirait de 25 % les risques de cancer. Ces résultats tout frais publiés le 22 octobre sont issus de l’étude Bionutrinet de l’Inserm (1). Ils confirment à nouveau l’intérêt d’une alimentation sans pesticides et intrants chimiques de synthèse sur la santé humaine. Lancée en 2009, cette étude porte sur sept ans de suivi d’un échantillon de 68 946 participants. D’où sa crédibilité. Pour expliquer ces résultats, l’étude met aussi en évidence les qualités organoleptique et nutritionnelle supérieures des aliments bio : des teneurs plus élevées en certains micronutriments – antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou prof ls d’acides gras plus bénéfiques.
Cette nouvelle annonce va encore booster la consommation, toujours en hausse. Estimée à environ 17% par l’Agence Bio f n 2017 vs 2016, elle reste très dynamique. Or lors de la première édition à Lyon du salon Natexpo, les 23 et 24 septembre derniers, sous l’euphorie des fabricants se cache une inquiétude réelle sur les positionnements à prendre. Certes, la demande continue à s’envoler, et les distributeurs s’arrachent leurs produits. Mais les grandes enseignes généralistes, déjà implantées, s’engouffrent encore davantage sur ce créneau si attractif, le seul en croissance. Et les réseaux historiques se sentent concurrencés, voire fragilisés par l’avidité des mastodontes. Leclerc, avec son projet de 200 magasins spécialisés – baptisés Le marché bio – lance des opérations de séduction auprès des transformateurs pour référencer leurs marques propres…
Alors ira-n’ira pas ? Le paysage bio est en pleine mouvance. Mais la question cruciale reste les approvisionnements en matières premières. Les conversions sont records, mais non suffisantes. Les aléas climatiques perturbent les prévisions des experts les plus pointus. L’origine française peine. De nombreuses inconnues demeurent. Cet automne, les rendez-vous des producteurs et des filières – La terre est notre métier, le Space, le Sommet de l’élevage, Tech&Bio Méditerranée, Terr’eau bio – confirment l’engouement. Mais les itinéraires techniques ont besoin d’être améliorés, accompagnés… Car les équilibres économiques ne sont pas stabilisés. En élevage bovins et ovins viande, et même en grandes cultures, rien n’est gagné. La suppression de l’aide au maintien pourrait faire des dégâts.
Même si la bio fourmille d’innovations de tous genres, elle attend beaucoup de la recherche. Trouver des alternatives au cuivre par exemple est un vrai défi. La mise en œuvre d’un plan cuivre national est un impératif. Outre la vigne, la pomme de terre, le maraîchage, l’arbo sont concernés. Mais en attendant des solutions de substitution efficaces, le cuivre doit rester autorisé. Et attention aux amalgames : ce n’est pas un produit de synthèse, mais un métal. Vouloir trop réduire les doses autorisées, n’est-ce pas signer l’arrêt de la bio ? Et forcément mettre en jeu la santé des consommateurs et de la terre.

Christine Rivry-Fournier


(1) Étude menée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en lien avec l’Inra, l’université Paris 13 et la Cnam.

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