La croissance se met au vert !

L’aide au maintien pour tous, c’est pour bientôt ? Une nouvelle enveloppe de 40 millions € sortie tout droit du 1er pilier de la Pac, donc financée par l’Union européenne, va lui être destinée.

Michel Barnier l’a annoncé dans le paquet des nouvelles mesures visant à soutenir la qualité, les secteurs fragiles, les systèmes durables et la prévention des risques.
Cette redistribution des aides, tant espérée et si souvent reportée, ne va donc pas profiter seulement à la bio : les producteurs d’ovins et de caprins, de lait de montagne, de veaux sous la mère, de blé dur, de protéagineux, de viande à l’herbe, de fourrages, de légumes et de pommes de terre en sont aussi destinataires. Et c’est tant mieux, pour parvenir à une meilleure répartition des soutiens agricoles. Pourtant, on aurait pu croire que la bio serait prioritaire, étant donné l’objectif ambitieux de tripler ses surfaces d’ici 3 ans, pour atteindre 1,5 million d’hectares. Or, si elle a la chance de faire partie des heureux bénéficiaires, elle n’est pas si privilégiée que ça !
D’ailleurs, la mesure agroenvironnementale d’aide au maintien existe déjà, inscrite dans le Plan de développement rural hexagonal 2008-2013. Certaines régions, comme la Bretagne ou l’Ile-de-France, ont choisi de la proposer, puisqu’elle fait partie de la prérogative de ces collectivités territoriales. Le département de la Gironde vient également de l’accorder, conditionnée à l’appartenance à une structure technique. Mais non cumulable avec le crédit d’impôt ou une autre MAE, souvent plafonnée selon les productions, elle n’intéresse pas forcément les agriculteurs bio. De surcroît, la majorité des régions ne l’a pas retenue. D’où des distorsions de concurrence : malgré le doublement du crédit d’impôt, certains agrobiologistes de la première heure se sentent un peu délaissés, craignant une rapide saturation du marché comme il y a quelques années.
Certes, le fonds de structuration de filières, abondé de 3 M€ par an gérés par l’Agence Bio, est là pour soutenir des projets de mise en marché basé sur le partenariat et la contractualisation. N’empêche, si les producteurs applaudissent aux nouveaux financements de l’aide au maintien, ils souhaitent que l’effort pour atteindre 6 % de la SAU soit encore consolidé : que les enveloppes régionales pour la conversion financent toutes les demandes en prenant en compte les replafonnements ou déplafonnement total et aussi que l’aide au maintien soit cumulable avec le crédit d’impôt pour que les fluctuations de marché ne viennent pas remettre en cause les pratiques bio. Si la croissance se met au vert, elle doit bénéficier d’abord à ceux qui se sont engagés depuis dans années dans la sauvegarde de l’environnement et de la santé.

Christine Rivry-Fournier

Achetez le Biofil n°63


Inscrivez-vous à la newsletter
gratuite de BIOFIL.