Transmettre sa ferme : les conditions de la réussite

 « Être motivé, anticiper, savoir s’entourer »

 

Il faut sensibiliser les agriculteurs aux enjeux de la transmission (credit : Pencey P.)

L’heure est peut-être pour vous de penser à transmettre votre ferme bio. Mais cela ne s’improvise pas, et doit être anticipé. Surtout si on tient à ce que son outil de travail, construit avec sueur et passion au fil des ans, reste en bio durablement. Aujourd’hui, l’enjeu est crucial, car un agriculteur sur trois prend sa retraite dans les trois ans. Mettre en relation cédants et porteurs de projets est vital pour la filière. La priorité : limiter les démembrements et l’agrandissement pour maintenir un tissu de fermes à taille humaine.

 

INTERVIEW

Dans Biofil 124 (juillet-aout 2019), Léa Radzik, chargée d’études Transmission à l’APCA (Assemblée permanente des chambres d’agriculture) fait le point sur les dispositifs en place, et leur montée en puissance pour accompagner le nombre croissant de futurs cédants.

 

Biofil : Quel est l’état des lieux de la transmission ?

Léa Radzik (credit : Apca)

L. Radzik: Chaque année, la France enregistre environ 14 000 installations pour 20 000 cessations. En 20 ans, le nombre d’installés a chuté de 34 % (chiffres MSA pour 1996- 2017). La population de chefs d’exploitation est vieillissante. Et d’ici 2026, plus de 35 % d’entre eux vont cesser leur activité pour cause de départ en retraite. Ces chiffres témoignent de l’importance de la transmission-reprise pour le maintien du nombre d’actifs agricoles.

 

Comment mieux cerner les besoins ?

L’APCA travaille à la mise en place d’un Observatoire national installation transmission (Onit) visant à effectuer un suivi à différentes échelles territoriales – nationale, régionale, départementale etc. Le but est d’aborder le renouvellement des générations agricoles selon plusieurs entrées : production, profil des chefs d’exploitation, statut de la structure…

 

Comment évolue le profil des cédants ?

Il est en train de changer. Selon la MSA, en 2014, 46 % des cessations n’étaient pas des départs en retraite. De plus en plus d’agriculteurs cessent leur activité pour d’autres raisons : maladie, décès, reconversion professionnelle, difficultés économiques… En parallèle, le profil des porteurs de projet change aussi. En 2016, 47 % de ceux passés au Point accueil installation (PAI) n’étaient pas issus du milieu agricole. Environ un tiers des bénéficiaires de la Dotation jeune agriculteur sont des installations hors cadre familial. Et l’intérêt pour l’agriculture bio augmente de plus en plus, surtout le maraîchage.

 

Quelles régions sont les plus concernées ?

Les départements comptant en juin 2019 le plus d’offres d’exploitations inscrites au RDI – Répertoire départ installation – sont les Côtes d’Armor, l’Ille-et-Vilaine et la Dordogne. Les régions avec une offre d’exploitations disponibles en bio les plus élevées sont Paca, Grand Est et Occitanie. 20 à 30 % de leurs offres sont des exploitations à céder bio.

 

Quels sont les freins ?

Il en existe plusieurs. L’attachement sentimental à son entreprise peut rendre difficile l’accueil d’une personne pendant la période de préparation de la transmission-reprise. Le futur cédant, encore chef d’exploitation, doit se positionner aussi en tant qu’accompagnateur du candidat à l’installation. Or cette période de transition est cruciale : elle favorise le transfert de connaissances et d’expériences. Le repreneur doit pouvoir se projeter. Différents calculs de valeurs d’exploitation donnent des clés pour définir leur prix de vente. L’attachement sentimental provoque un décalage entre valeur patrimoniale et valeur économique de l’entreprise. La transmission est un compromis entre un revenu après cessation d’activité et son exploitation pérennisée… Et malgré cela, le montant de la reprise du capital – foncier, matériel… – reste souvent élevé pour les repreneurs.

 

Quels leviers activer pour faciliter la transmission, et le passage en bio ?

Il faut sensibiliser les agriculteurs aux enjeux. Le maintien d’exploitations sur le territoire répond à des attentes sociétales pour une alimentation de qualité et de proximité. Conserver des emplois locaux, sur les fermes, en amont et en aval, ainsi que sauvegarder les paysages sont des enjeux forts. Cela est d’autant plus marqué pour les systèmes bio. En amont d’une installation, la Commission départementale d’orientation agricole (CDOA) donne son avis sur le projet. Elle peut en prioriser certains. Le but est de mettre en œuvre les orientations fixées par les plans de développement ruraux. Dans certaines régions, le maintien de la production en bio est un des critères étudiés pour prioriser les demandes des candidats à la reprise.

 

Quels sont les moyens nécessaires ?

Il est indispensable de construire une politique nationale sur la transmission avec des financements suffisants pour renforcer l’accompagnement. Des systèmes d’incitation fiscale et des modalités de financement possibles des reprises d’exploitations sont à réfléchir.

 

Quels rôles jouent les chambres d’agriculture ?

Elles accompagnent tous les porteurs de projet depuis la préparation de l’installation jusqu’à la transmission, en passant par la mise en relation entre futurs cédants et repreneurs potentiels.

Ces dernières années, les chambres départementales ont renforcé leurs actions avec les Points accueil installation transmission départementaux ouverts à tous les cédants, et le suivi des agriculteurs jusqu’à la transmission. Des table-rondes, forums et ateliers sont organisés entre les futurs cédants et ceux qui l’ont déjà fait. Des experts -conseillers transmission de chambres, juristes, notaires, etc. – interviennent de façon collective et/ou individuelle selon les besoins. Des formations sont proposées, adaptées au stade de réflexion.

 

Le Répertoire départ installation – RDI – est-il efficace ?

Cet outil clé fait ses preuves : plus de 2 millions de consultations d’offres sont enregistrées par an sur notre site repertoireinstallation.com. Son but est de mettre en relation les exploitants ou des associés avec des repreneurs dans plus de 80 départements. Les candidats à l’installation peuvent consulter des offres disponibles partout et sélectionner uniquement les exploitations en bio s’ils le souhaitent. De plus, les chambres organisent des Farm’dating, proposant aux futurs cédants de rencontrer des potentiels repreneurs lors de moments conviviaux.

 

Quelles autres actions ?

Les chambres départementales proposent le suivi de stages avec un potentiel repreneur pendant 6 mois, avec des aides financières. En cas de départ précipité des cédants, maladie ou décès, une action vise à apporter des solutions pour maintenir l’exploitation et assurer sa transmission. Des guides à l’installation sur les productions bio vont être diffusés – le premier l’est sur le maraîchage.

 

Quels conseils donner aux futurs cédants ?

Pour réussir sa transmission, il faut être motivé, anticiper, et s’entourer. Pour les agriculteurs, c’est le début de nouveaux projets, une opportunité pour transmettre le fruit de son travail, son expérience et ses savoirs.

 

Propos recueillis par Christine Rivry-Fournier

 

Pour avoir plus d’informations, des retours d’expérience, contactez les Point accueil (installation) transmission de votre département.

 

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