Se former à la bio : l’attrait du maraîchage

Concentrant la majorité des demandes, la filière maraîchage bio demeure la plus représentée en offre de formations. Le Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) est le plus adapté aux attentes d’un public composé surtout d’adultes en reconversion.

Depuis 2008, l’agriculture bio doit figurer dans les référentiels de formations au même titre que les autres systèmes. Les pratiques agricoles doivent être abordées de manière transversale et cela dans tous les cursus, notamment en formation initiale pour que l’élève fasse son propre cheminement. Il existe également des formations “à orientation agriculture biologique”, où la bio est le support d’étude privilégié. Elles s’adressent surtout aux adultes, Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole (BPREA) en tête, ouvrant la voie à l’installation. Une trentaine d’offres est répertoriée, dont la majorité prépare à installer des maraîchers bio. Car cette profession a le vent en poupe, surtout depuis le succès grandissant des Amap et autres systèmes de vente directe.

BPREA : la voie tracée

“Aujourd’hui, la demande vise surtout des projets d’installation directe en maraîchage bio et le BPREA, formation de niveau IV comme le Bac Pro, le permet tout à fait, explique Jean-Marie Morin, représentant national de Formabio, réseau dépendant du ministère de l’Agriculture, chargé de promouvoir et développer l’agriculture bio dans l’enseignement agricole. Si le diplôme n’est pas obligatoire pour s’installer, il permet l’accès aux aides (DJA, prêts bonifiés…). “ C’est aussi un moyen pour crédibiliser un projet auprès des banques, constate Bénédicte Prats, responsable du BPREA “à orientation production maraîchère bio” au CFPPA de Coutances (Manche). Les coûts de formation sont pris en charge par les Conseils Régionaux, environ 10 000 euros par personne, d’où une sélection à l’entrée. “On compte en moyenne 10 demandes, dont la moitié change d’avis en cours de processus, pour une personne retenue au final, ajoute le représentant de Formabio. Les candidatures écartées le sont soit car leur projet n’est pas assez abouti, soit parce qu’elles ne répondent pas aux critères d’admission.”

Une forte motivation

“Nous recrutons nos candidats sur leur motivation avec un projet déjà un peu défini, souligne Bénédicte Prats, à l’instar des autres représentants de BPREA. Pour postuler, ils doivent posséder une première approche du maraîchage. “Woofing, stages…, il faut en tout cas une aptitude reconnue au métier car celui-ci est très physique, ce n’est pas du jardinage”, ajoute-t-elle. “Nous prenons d’abord logiquement des personnes dans une dynamique d’installation, même si les projets évoluent parfois, explique Michel Manadé, à Ineopole formation, à Brens (Midi-Pyrénées). On conseille à certains de revenir nous voir après un stage de découverte”. “Si la plupart de nos candidats ne sont pas dans le milieu agricole, certains y ont travaillé ; on a besoin à la base qu’ils aiment les plantes”, assure François Pouliquen, àla MFR de Lesneven (Finistère), qui dispense depuis l’an dernier un BPREA orienté maraîchage bio.

 Qui postule au BPREA ?

Le public demandeur est surtout issu d’un milieu non agricole. Ces personnes possèdent déjà un parcours professionnel, éloigné ou pas du secteur visé, avec parfois de hauts niveaux de formation. “Ils sont plutôt dans la tranche 30/45 ans, se posent des questions sur le modèle social, leur mode de vie, ils se projettent sur le bio et la vente directe, plus accessible pour eux en maraîchage, voire en petit élevage”, explique Bertrand Minaud, à Formabio. “Au CFPPA de Rennes Le Rheu, nous avons un fils de maraîcher conventionnel qui compte s’installer en bio, c’est encore assez rare”, confie Jean-Marie Morin. À Lesneven, une seule candidate est fille de producteur. “Elle a 24 ans et un projet avec son père qui vient de passer en bio”, précise François Pouliquen (voir aussi encadré). Le métier attire autant les femmes que les hommes. D’autres filières (bovins lait, viande…) plus gourmandes en foncier et en investissements restent l’apanage de candidats issus du milieu agricole.

Comment ça marche ?

Le BPREA est découpé en 12 unités capitalisables ou UC (générales, pro, techniques), dont 2, d’adaptation régionales (Ucare), au choix. Ces dernières peuvent être un plus pour un projet d’activités diversifiées (cuisine, transformation, tourisme…). Certaines unités, voire la totalité, peuvent être suivies à distance (dispositif Foad), un point à considérer pour construire sa formation au plus près de ses besoins. “Nous étudions les demandes au cas par cas, recherchons les formules les mieux adaptées, cours en présentiel et à distance avec un autre CFPPA, les financements, Région, Pôle Emploi ou autres pour assurer une prise en charge globale de la formation”, explique Bénédicte Prats. Suivant le parcours antérieur du demandeur, des UC peuvent être délivrées d’office. Le diplôme s’obtient avec la capitalisation des 12 UC et le bénéfice de chacune est valide 5 ans. À noter que si le demandeur a 3 ans d’expérience dans le domaine requis, il peut envisager l’obtention du diplôme par la validation des acquis de l’expérience (VAE).

Débouchés : des pistes à trouver

“Au cours du BPREA, nous faisons réfléchir les porteurs de projets à leur futur lieu d’installation, car peu d’entre eux bénéficient de foncier, constate Bénédicte Prats, à Coutances. Nous recevons d’ailleurs des demandes de collectivités en recherche de maraîcher bio.” “L’association éleveur-maraîcher est aussi une voie intéressante”, estime Jean-Marie Morin. “Pour ceux qui n’ont pas de projet imminent, on leur conseille le salariat, 2 ans, 5 ans pour se faire la main”, ajoute Bénédicte Prats. Encore faut-il dénicher une telle offre car elles n’abondent pas forcément. Des pistes sont à défricher : Jardins de Cocagne, chantiers d’insertion, jardins ouvriers en lien avec des collectivités… Certains restaurateurs possèdent eux-mêmes leurs terres en bio. Les couveuses pour tester une activité offrent également des perspectives pour se faire la main. Le CFPPA de Coutances démarre la sienne. Quant au lycée horticole de Blois, pionnier, il en est à sa troisième couvée. “Selon nos statistiques, 60 % des personnes s’installent ou travaillent dans le secteur dans les 3 ans qui suivent leur BPREA, c’est un assez bon taux d’insertion”, conclut Jean-Marie Morin.

Frédéric Ripoche

Le réseau Formabio

Animateurs nationaux du réseau :

  • Bertrand Minaud, EPL Sud Deux-Sèvres – Site de Niort

         Tél : 05 49 73 42 92, 06 83 01 91 38

         conf-formabiocontact@educagri.fr

  • Jean-Marie Morin, EPL Rennes le Rheu

           Tél : 09 62 12 76 86, 06 46 42 77 94

           conf-formabiocontact@educagri.fr

  • Établissement d’Appui CEZ – Bergerie Nationale de Rambouillet

           Nathalie Arrojo, tél. 01 61 08 69 01

           nathalie.arrojo@educagri.fr

www.chlorofil.fr

Ressources et pratiques éducatives/Thématiques

www.portea.fr

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La bio s’impose dans l’enseignement agricole

Désormais, tous les élèves des établissements agricoles reçoivent au moins une formation de base en bio. Il est possible d’obtenir un bac pro ou un BTS à orientation agriculture bio. La licence professionnelle AB conseil et développement a accueilli en septembre sa troisième promotion. En 2010-2011, des journées de formation continue, au niveau national et régional, ont impliqué plus de 200 enseignants et formateurs. La moitié des exploitations des lycées agricoles pratique l’agriculture bio, soit deux fois plus qu’en 2008. Et 13,1 % des surfaces exploitées dans les lycées agricoles publics sont conduites en bio. Les trois-quarts des ateliers de transformation sont certifiés bio.

Comment s’informer ?

Le réseau Formabio dresse la liste en téléchargement des formations à orientation bio et des exploitations proposant des activités bio au sein des établissements d’enseignements. Les structures professionnelles (Chambres d’agriculture, Gab, Interbio…) sont également des sources d’informations, notamment lors de salons ou foires bio, comme “La terre est notre métier/Ille et Bio” en Ille-et-Vilaine, fortes de nombreuses conférences et tables rondes. “L’installation en maraîchage bio” est l’une d’elle, toujours très suivie. De nombreux points sont abordés, foncier, technique, financier ou même familial ; un préalable pour entamer une réflexion ou conforter des choix. “Se former 2 ou 3 ans c’est bien, et le meilleur moyen de progresser, c’est l’échange d’expériences, le contact avec des maraîchers et des structures professionnelles”, estime Julien Jouanneau, technicien au Gab 44, qui l’animait cette année. “J’envisage une reconversion et le métier correspond à l’idée que je m’en fais, alors pourquoi pas une formation via le Fongecif”, explique Ghislain, 33 ans, informaticien. À noter que certaines chambres d’agriculture proposent le cursus BPREA, comme celle de Loire-Atlantique.

Pour ceux qui sont encore dans le doute, l’Adema (Accès des Demandeurs d’Emplois aux Métiers Agricoles) permet de découvrir un métier agricole de son choix, via une formation courte, gratuite et indemnisée de 4 semaines en entreprise.

www.fafsea.com

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BPREA orienté maraîchage bio à Lesneven

Le diplôme draine un public disparate entre 25 et 47 ans. Certains sont enfants d’agriculteurs. Beaucoup ont une expérience hors agricole, parfois un secteur lié (agroalimentaire, production légumière conventionnelle). “Certains ont accès à du foncier, d’autres pas”, précise François Pouliquen, responsable de la formation (à gauche sur la photo). Tous ont des projets précis ou en réflexion. Pour Olivier, ce choix correspond à un retour aux sources, après 20 ans de génie civil. “Je prévois d’être en bio d’ici 2013 sur 3 ou 4 ha repris à mon père paysan, pour faire du légume de saison en circuit court et un élevage d’escargots”, dévoile-t-il. Nolwen, menuisier et fils d’éleveur, reprend une exploitation avec sa femme sur8 ha en maraîchage. Après 30 ans et deux licenciements dans l’industrie, Michel envisage un projet avec un associé. Mélanie, 27 ans, rêve aussi de s’installer en bio, tout comme Delphine qui, après une quinzaine d’années dansla Marine, a préféré la terre ferme. Tous souhaitent créer leur emploi au contact de la nature.

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